Parti il y a quatre mois de la flambée des prix à la pompe et de son impact sur le pouvoir d’achat, le mouvement des Gilets Jaunes s’est étendu à une myriade de doléances sur fond de contestation d’une économie jugée trop libérale qu’incarnerait la politique du Président de la république. A deux semaines de la clôture de la consultation nationale, quelles sont leurs propositions ? Et quelle issue donner au mouvement ? Témoignage d’un Gilet Jaune de l’échangeur du Magny à Montceau-les-Mines, en Saône-et-Loire, Pierre-Gaël Laveder, qui endossé le rôle d’interlocuteur des médias.

Il s’est fait connaître en Saône-et-Loire pour avoir mené le combat contre la fermeture de l’usine de sanitaires Allia en 2017 qui employait 117 personnes à Digoin. Délégué syndicat CFDT, Pierre-Gaël Laveder était devenu le porte-parole de l’intersyndicale. Aujourd’hui « étudiant » en droit du travail et droit social à l’Université de Lyon, ce quadra s’est naturellement imposé comme l’interlocuteur des médias pour les « Gilets Jaunes du Magny» à Montceau-les-Mines, du nom de l’échangeur de la RCEA (route nationale 19) qui contourne la cité minière et qu’empruntent chaque jour des dizaines de milliers de poids-lourds. Longtemps militant du parti socialiste, sans être encarté, précise t-il, il situe aujourd’hui ses affinités vers la France Insoumise.
Pierre-Gaël Laveder ne fut pourtant pas un Gilet Jaune de la toute première heure. « Je n’ai pas mis tout de suite mon gilet jaune derrière le pare-brise, mais la curiosité d’un mouvement m’a conduit le samedi 17 novembre sur l'échangeur du Magny ; nous étions 600 et j’y ai rencontré des gens formidables, sans parti pris, sur une contestation principale qui était la hausse des taxes, sur le carburant en particulier. »


granvelle

 


Puis, se souvient-il, les revendications se sont élargies, portant globalement sur les injustices fiscale et sociale. Une semaine plus tard, ils étaient le double et le chiffre des 2.000 personnes a été atteint pour l’acte III. « Il faisait très beau, il y avait des familles, des personnes âgées, toutes mouvances politiques, avec pour point commun de constater que les citoyens subissaient les décisions venant d’en haut sans avoir leur mot à dire, et que l’ascenseur social était bloqué. »
Au départ, les revendications, multiples, ont conduit à une belle cacophonie dans une ambiance de fête au village. Entre la démission du Président de la République, l’instauration d’une 6ème République, d'un Référendum d'initiative citoyenne (RIC) « qui existe déjà mais difficile à déclencher », la renationalisation des sociétés d'autoroutes, le recadrage d’un sytème jugé trop libéral, les confusions entre les différents impôts, chacun y est allé de l’expression de ses mécontentements, au regard de sa propre histoire et de ses opinions politiques.
Puis au fil des week-ends, les revendications se sont petit à petit transformées en propositions. « En discutant, les gens se sont mis à réfléchir et à s’informer de la façon dont fonctionnent les institutions et à émettre des solutions solvables.»

Le Vrai Débat, alternatif, a plus de succès que le Grand Débat, l’officiel

gjmagnypont

Récurrente, la préoccupation du pouvoir d’achat débouche majoritairement sur l’idée d’une baisse de la TVA sur les produits alimentaires de première nécessité et l’énergie, principaux postes de dépense des ménages. 
L’augmentation du Smic, réclamée au départ comme un dû, s’est mue en une solution qui « ne coûterait pas plus cher aux entreprises : un abaissement des charges patronales que financerait l’État bien sûr mais qui doperait la consommation avec au final, un retour amplifié de TVA dans ses caisses. »
Tout étant parti de la taxe carbone sur les carburants, si les gilets jaunes la refusent toujours telle qu’elle, ils proposent de revenir au système de la taxe flottante qui maintiendrait un prix à la pompe à peu près stable quelque soit le prix du baril de pétrole. Mais selon eux, ce seraient aux plus gros pollueurs de la payer : les agriculteurs, les aéroports, les industries lourdes, le transport maritime.
Tous ces sujets sont repris dans la consultation initiée par le Président de la République à la nuance près que dans la communauté des Gilets Jaunes, le Vrai Débat, alternatif, a plus de succès que le Grand Débat, l’officiel, tous les deux clos le 15 mars.

 

btdsystem


« En fait les Gilets Jaunes ont rapidement pris le Grand Débat comme une provocation parce que son organisation a été kidnappée par les députés République en Marche, que les maires et les élus locaux s’en sont emparés et tout le monde est entré dans le jeu, y compris les corps constitués, alors qu’il a été établi pour donner la parole aux Gilets Jaunes. » Cela n’a pas empêché les contributions dans les cahiers de doléances dans les mairies, et même sur le site officiel jugé toutefois trop restrictif avec ses questions fermées. 

Sur le site du Vrai Débat en revanche, les Gilets Jaunes de Saône-et-Loire déposent des contributions collectives, synthèses établies rond-point par rond-point (près d’une dizaine sur le département) après un vote. « On prend tout, même une ânerie  et on travaille par groupe au rythme d’une séance par semaine. » Une centaine de personnes y contribueraient régulièrement.


Quelle issue donner au mouvement ?

magny

Pierre-Gaël Laveder est clair : le mouvement va durer au moins jusqu’à la restitution de la consultation et l’annonce des propositions du gouvernement qui en découleront. Dire qu’ils sont confiants serait abusif.
« Emmanuel Macron n’a pas bougé sa feuille de route et s’est moqué du mouvement à ses débuts en l’ignorant. » Sa démission ? « On n’y croit pas. » Une dissolution de l’Assemblée nationale ? Suivie d'une nouvelle élection avec une dose de proportionnelle, oui : ce pourrait être la fin du mouvement. Restent que les Gilets Jaunes ont l’intention de rester tapis, dans l’ombre ou pas, et de devenir un réseau pérenne de citoyens, aiguillons de ce gouvernement et des suivants.
Pas de parti politique en vue, selon Pierre-Gaël Laveder, ni de liste européenne. Il a des mots durs envers certains Gilets jaunes qu’il appelle les « youtuber » qui se sont imposés comme des porte-paroles. Car une constante demeure dans leur communauté : pas de chef. Des leaders se révèlent cependant par leur personnalité ou leur expérience professionnelle. Pour ne pas froisser leurs « camarades », le principe est de se répartir les responsabilités, sans hiérarchie, la sécurité par exemple lors des manifestations, ou encore compter parmi les référents du mouvement, un ou deux par rond-point pour faire le lien au niveau départemental, etc.


négociants

 

Dans l’immédiat, en Saône-et-Loire, est maintenu le rythme d’une manifestation (baptisée L’Éclipse Jaune), systématiquement non déclarée en préfecture, tous les quinze jours, et en alternance dans une des principales villes (ce samedi 2 mars, ce fut Montceau-les-Mines).
Des rassemblements qui se sont déroulés jusqu’à présent plutôt dans le calme, estime Pierre-Gaël Laveder, « les perturbateurs préférant rejoindre les grandes villes et nous en sommes heureux, car ces violences ternissent notre image, ce qui n’empêche pas quelques débordements individuels. » Deux femmes Gilets Jaunes de Saône-et-Loire seront par ailleurs reçues le 8 mars au Sénat qui témoigneront de leurs préoccupations quotidiennes, à l’occasion d’une audition des parlementaires sur le thème de la précarité.

Que disent les cahiers de doléances ?

Le 15 février dernier, le sous-préfet de Montbard, Joël Bourgeot, référent en Côte-d'Or faisait le point sur les contributions écrites dans les cahiers de doléances, déposées sur le site du Grand Débat et exprimées lors des réunions. Selon lui, les thématiques les plus abordées étaient la santé, les mobilités et la ruralité. Elles  relèvent « d'une belle lucidité et d'une confiance en les institutions. » Les contributions écrites seront toutes accessibles sur  la plateforme du Grand Débat d'ici la fin de la consultation. Une conférence régionale aura lieu les 22 et 23 mars à Dijon. C'est la Bibliothèque Nationale de France qui centralisera les données et les analysera avec une société informatique spécialisée dans le traitement des données.
2 commentaire(s) pour cet article
  1. KAPdit :

    Les GJ nous cassent les urnes si j'osais cette métaphore... Ils oublient simplement que la règle en matière de démocratie c'est le vote et qu'une fois qu'une majorité est déterminée par ce vote, ses représentants exercent leur programme, n'en déplaise aux minoritaires. Leurs modes d'actions (blocage rond point - manifestations non déclarées - etc ...) même restylés en mode pacifiste sont en réalité au fond profondément factieux et fascistes car ils ne respectent pas les règles établies, ni la liberté des autres. Les GJ ne sont pas un souffle d'air frais sur la politique. Ils sont l'expression et l'avant-garde d'un cancer de la société qui se développe et amène au populisme. Les recettes sont toujours les mêmes. Fausses nouvelles - désinformation - accusation de bouc émissaires ...les élites ..., et puis un jour on récupère un pouvoir fasciste. C'est le triste chemin que nous prenons. Alors non, je n'ai aucune admiration pour eux

  2. Denis DEJEUdit :

    Merci pour cet article qui place l'information avant le parti pris sur un sujet passionnel. Les gilets jaunes ne sont pas des casseurs, des racistes, des antisémites même si à la marge,ce type de personnages essaie de profiter du mouvement. Ils expriment le ras le bol de voir la richesse se déplacer toujours davantage vers le haut. Ils remettent en cause la volonté de l'Etat de faire payer la transition énergétique et les autres évolutions nécessaires principalement par les classes sociales non favorisées et par les retraités. Ils ne demandent pas moins de service public ou moins d’impôt mais une répartition plus équitable des efforts. Pas sûr que malgré le "grand débat", l'Etat ait bien voulu entendre le message.

Commentez !

Combien font "8 plus 6" ?