Inaugurée hier 15 décembre par la ministre de la Culture Rima Abdul Malak et ouverte au public demain samedi, la Cité du vitrail à Troyes est le point de départ de la « Route du vitrail » tracée par le département de l’Aube l’an dernier. Les 3.000 m2 d’expositions permanentes et temporaires dans l’Hôtel-Dieu-le-Comte sont conçus pour donner envie à découvrir les plus de 200 vitraux classés qui parsèment le territoire du département.


Dire que la « Cité du vitrail », inaugurée hier 15 décembre par la ministre de la Culture Rima Abdul Malak et ouverte au public à compter de demain samedi (*), n’est qu’un alibi à la promotion touristique d’un patrimoine exceptionnel dans le département de l’Aube, serait exagéré. Mais la réalité, dans l’esprit du conseil départemental, maître d’ouvrage, n’est pas éloignée. « La Cité du vitrail n’est pas un musée ; nous n’avons d’ailleurs qu’une petite dotation d’achat ; c’est un point de départ à la découverte d’un patrimoine local largement méconnu qui donne toutes les clés de compréhension au public avant d’aller sur le terrain », explique Anne-Claire Garbe, conservatrice.

Le bon accueil réservé il y a plusieurs annés à l'espace de préfiguration de la Cité, soit quelques dizaines de mètres carrés d’exposition permanente et temporaire, a conforté le conseil départemental dans un investissement de pas moins de 15 millions d’€ (sur une facture totale de 16 millions) pour donner à cet art du verre, l’écrin qu’il méritait : l’aile ouest de l’Hôtel-Dieu-le-Comte de Troyes, entièrement rénovée à l'issue de deux ans et demi de travaux.

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La Cité du vitrail est installée dans l’aile ouest de l’Hôtel-Dieu-Le-Comte à Troyes, ensemble hospitalier du 18e siècle rénové par le Conseil départemental de l’Aube pour 15 millions d’€. © Studio OG


Avec 220 églises et édifices publics classés pour leurs vitraux, ce qui représente 9.000 m2 de verrières antérieures à la Révolution, ce patrimoine est en effet particulièrement abondant à l'échelle d'un département de 450 communes. « Il n’y a pas d'équivalent, sauf en Seine-Maritime », relève la conservatrice. L’an dernier , une « route du vitrail » a devancé la résonance attendue de l’équipement culturel. Une application numérique sur mobile (https://route-vitrail.fr) guide les visiteurs vers les 65 édifices les plus remarquables, dont une vingtaine « incontournables ». Parmi eux, l’église Sainte-Madeleine de Troyes, la plus ancienne de la ville ou l’église Saint-Pierre-ès-Liens à Ervy-le-Châtel qui vient de rouvrir après des décennies de fermeture.

 

Des vitraux monumentaux prêtés par leur propriétaire

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Présenté en triptyque dans les combles de l’hôtel-Dieu, trois panneaux de l’église Saint-Nizier à Troyes, prêtés par la Ville. © Traces Ecrites


La visite des 3.000 m2 d’expositions commence sous les combles de l’hôtel-Dieu, en guise d’invitation à monter et descendre les marches de l’escalier monumental du 18e siècle, au centre duquel trône un gigantesque lustre en verre. Cette étape constitue la première leçon de la fabrication du vitrail. La création d'Alain Vinum, maître verrier troyen jusque dans les années 1980, représente des manchons,  « des sortes de bouteilles soufflées à la bouche qui, une fois déroulées en feuilles, constituent la matière première du vitrail », décrit l'artiste.

Les illustrations de l’histoire du vitrail, développée dans cette première salle, puisent abondamment dans le patrimoine du Grand Est et de Bourgogne-Franche-Comté. Une reproduction partielle du vitrail contemporain de la cathédrale de Strasbourg, commandé par l’Etat en 2015 pour le millénaire de ses fondations, fait face à des morceaux, bien réels ceux-ci, du vitrail de la verrière du transept sud de la cathédrale de Sens, confiés à la Cité du vitrail pendant la rénovation de l’édifice.

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Montage d’une structure métallique qui accueillera tour à tour différents vitraux de grande taille. © Studio OG


Deux étages plus bas, le visiteur saisit le gigantisme des vitraux grâce à des oeuvres originales à hauteur d’homme. Des structures métalliques construites par l’atelier Arts et Forges de La Chapelle-Saint-Luc (Aube) maintiennent debout des oeuvres prêtées par des musées et des paroisses. « C’est la première fois qu’est présenté au public, "L’histoire de la céramique", propriété du musée du Louvre, qui ornait autrefois une verrière du palais du Trocadéro », se félicite Anne-Claire Garbe.

Une technique remontant à l’époque carolingienne

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A gauche, un vitrail cistercien du début du 13e siècle, de l’abbaye de Pontigny (Yonne). Un prêt de la Drac Bourgogne-Franche-Comté. © Archives départementales de l’Aube / Elsa Viollet.
A droite,  « Création des astres » (vers 1500), un détail d’un vitrail de l’église Sainte-Madeleine à Troyes. © Archives départementales de l’Aube/N.M.

L’histoire du vitrail remonte de manière certaine à l’époque carolingienne. Le plus ancien fut retrouvé en 1.574 morceaux (!) dans les fondations de l’abbaye de Baume-les-Messieurs (Doubs). Cet art dut son essor, quelques siècles plus tard, aux écoles monastiques de Cluny et de Cîteaux au 11e siècle qui réalisèrent des vitraux sobres, sans couleur, car celle-ci ne devait pas détourner l’attention des moines.

Vers 1300, la technique du « jaune d’argent » – des sels d’argent qui révèlent à la cuisson une palette de couleurs –  révolutionna le vitrail : on put réduire considérablement les baguettes de plomb qui présentaient l’inconvénient de masquer la lumière.

Puis aux 15e et 16e siècles, grâce à la fenêtre et à la technique de l’émaillage, apparurent des vitraux dans les habitations avec des scènes profanes. Nouvel âge d’or au 19e : « On fait feu de tout bois avec la rénovation et la construction d’églises », narre la conservatrice Anne-Claire Garbe. Enfin au siècle dernier, à l’occasion de rénovations, des vitraux abstraits côtoient les anciens dans les monuments historiques.

 

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Le parcours de visite se termine par la chapelle de l’hôtel-Dieu. Trois des six baies accueillent des vitraux monumentaux qui seront renouvelés régulièrement. © Studio OG


Au rez-de-chaussée, dans la chapelle de l’hôtel-Dieu dont les peintures en trompe-l’oeil ont été magnifiquement restaurées, le même type de support métallique transforme les grandes baies en cimaises. Des vitraux confiés temporairement par leur propriétaire y prennent place. On y découvre ainsi un des « refus du concours » de la restauration de Notre-Dame de Paris après son incendie, signé Jacques Le Chevallier ou encore, un vitrail du 16e siècle déposé pendant les quelques mois de travaux de l’église de Rumilly-sur-Aube.

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Ce vitrail du 12e siècle avait été créé pour l'église romane de Troyes ou sa collégiale Saint-Etienne. Réapparu lors d'une vente aux enchères, il a été acheté par le conseil départemental qui a confié sa restauration à la Manufacture Vincent-Petit à Troyes. © Traces Ecrites


L’oeuvre la plus exceptionnelle, selon la conservatrice, occupe une petite salle à part,
« la salle du trésor » (3e niveau). Il s’agit d’un vitrail troyen de la fin du 12e siècle, réapparu en 2019 lors d’une vente aux enchères. Acquis par le département, le « chef-d’oeuvre » représentant la Transfiguration du Christ a été rénové par la Manufacture Vincent-Petit à Troyes.  « Nous avons effectué une restauration archéologique, c’est-à-dire que nous n'avons pas cherché à reproduire les parties manquantes, qui restent sans motif et sans couleur », explique Flavie Vincent-Petit. Elle dirige l'une des rares entreprises de restauration et de création de vitraux (26 salariés) en France et fait souvent équipe avec son voisin bourguignon Pierre-Alain Parot. Comme en ce moment à la cathédrale Notre-Dame de Paris sur une commande de 22 baies.

(*) Ouverture de 10h à 18h du 1er avril au 31 octobre et de 10h à 17h du 1er novembre au 31 mars. Fermé le 25 décembre et le 1er janvier. Accès : 31, quai des Comtes de Champagne et 1, rue Roger Salengro à Troyes.
Entrée gratuite jusqu’à la fin de l’année 2022, puis 4€ par personne. Gratuit pour les moins de 26 ans, étudiants, demandeurs d’emploi ainsi que pour tous les visiteurs, le premier dimanche de chaque mois. Visites guidées : supplément de 2 €.

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« L’histoire de la céramique » qui ornait l’une des baies du palais du Trocadéro édifié pour l’exposition universelle de 1870,
est montrée pour la première fois au public depuis son démontage entre 1935 et 1937.
© Archives départementales de l’Aube/ Elsa Violet

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