Société indépendante de production d’énergies renouvelables, ce qui la rend atypique, Opale Energies engagées a inauguré son parc d’éoliennes des Trois Cantons dans le Doubs. L’investissement de 33 millions d’€ a franchi les obstacles des contestations qui n’ont pas manqué. La PME poursuit par son projet de Nancray et elle continue de miser sur une autre ressource, la méthanisation à partir de matières agricoles.
Les chemins tortueux d’Opale Energies engagées finissent quand même par arriver à leur but. Malgré les vents contraires, serait-on tenté de comparer. La société franc-comtoise indépendante a inauguré, mi-octobre, le parc éolien dont elle avait posé les jalons il y a pas moins de sept ans, celui des Trois Cantons sur les communes d’Etouvans, Colombier-Fontaine et Ecot (Doubs), entre Montbéliard et Baume-les-Dames.
La longue période de gestation aura été marquée par des oppositions parfois virulentes, au motif surtout de risques présumés sur la source et le captage de la Douve – les installations se situent en partie dans leur périmètre – qu’Opale s’est efforcé de démentir, suffisamment pour obtenir l’autorisation préfectorale de son projet.
Celui-ci aura représenté un investissement de 33 millions d’€, « réparti en 20 % d’apports de fonds propres et 80 % d’emprunts », souligne le président d’Opale EE, Jean-Pierre Laurent (*). Il aboutit à implanter six éoliennes d’une puissance cumulée de 18 mégawatts (MW), « de quoi alimenter en électricité une ville de 21.000 habitants », compare la société.
La PME s’est ainsi donné les moyens de jouer dans une cour de grands, au milieu des groupes énergétiques dans laquelle elle apparaît comme un intrus : elle constitue l’un des très rares acteurs indépendants des énergies renouvelables, œuvrant depuis Fontain (Doubs) en périphérie de Besançon. Une particularité fruit de l’association de quatre personnes en 2008, Jean-Pierre Laurent, Arnaud Grand, Frédéric Beltran et Sébastien Jeangirard, tous experts en énergies qui souhaitaient donner un sens nouveau à leur action. Comptant 55 salariés, Opale EE atteindra un chiffre d’affaires de 6 millions d’€ en cette année 2023.
Avant les Trois Cantons, elle a commencé son aventure en solo par le parc du Mont-de-Villey (Doubs) de 9 MW ouvert en avril 2021, puis par celui du Bois-des-Saulx en Côte-d-'Or pour 18 MW. Elle avait auparavant, depuis 2015, assuré l’ingénierie et le développement de six sites pour le compte de groupes, en premier lieu Velocita. d'un cumul de 262 MW en 96 éoliennes dans le Doubs, en Côte-d'Or et en Haute-Marne. « Nous fournissons aujourd’hui au total 70 % de la puissance éolienne de Franche-Comté », évalue Jean-Pierre Laurent. Cette activité se poursuit avec 6 dossiers en chantier, en instruction ou autorisés pour 146 MW dans le Jura, en Haute-Saône et dans le Doubs et un autre dans les Deux-Sèvres.
Mais « l’éolien-bashing » que fustige le président d’Opale EE reste vivace. Pour la PME, il se manifeste dans son projet suivant à Nancray où 12,6 MW sont prévus. Là aussi, les manifestations se sont succédé par crainte de nuisances sonores et visuelles et de risques d'atteinte à la biodiversité. Jean-Pierre Laurent dit ne pas comprendre : « Il y a 100 kilomètres de lignes aériennes haute tension dans les alentours, et on nous cherche des noises pour 3 éoliennes de 200 mètres de haut », soulève-t-il. L’enquête publique sonnera comme une heure de vérité, elle est programmée début 2024 pour ensuite, dans le scénario souhaité par Opale, entamer les travaux en 2024 et les terminer en 2026.
Appliquer les circuits courts aux nouvelles énergies

Pour continuer à avancer et, dès lors, franchir les obstacles, la société a imaginé plusieurs parades en accord avec ses finalités de toujours. Soucieuse d’une démarche participative qui permet aux salariés d’être actionnaires, elle propose aussi l’association du territoire dans le portage des projets, à 40 % pour les communes environnantes par exemple dans le cas de Nancray. Le « circuit court » appliqué à l’énergie la mobilise aussi. Aux Trois Cantons, les éoliennes se raccordent au poste électrique de Voujeaucourt, ce qui permet à la population locale d’être la première bénéficiaire de la ressource nouvelle, au lieu de faire partir les kilowattsheure un peu partout.
Par ailleurs, « nous prônons la réunion des énergies renouvelables, car elle seule permettra de réussir la transition écologique », expose Jean-Pierre Laurent. Aux Trois Cantons, cette association concerne le photovoltaïque : la société met à l'étude un projet de centrale solaire de 4 MW connecté aux éoliennes qui serait raccordé au même poste de livraison que le parc éolien, afin d'obtenir une alimentation en continu, non dépendante des aléas météorologiques. « On oppose de façon totalement artifiielle éolien et photovoltaÏque », regrette Jean-Pierre Laurent.
Mais ces énergies-là ne constituent qu’une partie de l’activité de la société de Fontain. Celle-ci s’est déployée aussi dans la production de biogaz à partir de la méthanisation, avec succès. Ce développement-là s’effectue hors de Bourgogne-Franche-Comté, dans les régions voisines de Rhône-Alpes et du Grand Est avec par exemple l’an dernier la mise en service du site « Hopla Gaz » à Gommersdorf (Haut-Rhin). « Nous en sommes à 25 installations qui accueillent chacun en entrée 20.000 à 30.000 tonnes annuelles », précise le président d’Opale Energies engagées.
Cette taille, moyenne, est obtenue à partir de déchets agricoles avant tout : « nos méthaniseurs sont le résultat de projets d’agriculteurs ». Une façon de rester en cohérence avec ses valeurs, et de ne pas verser dans les giga-projets, eux aussi en proie à une contestation grandissante.
(*) les prêteurs ont été la Caisse d’épargne et la Banque populaire Bourgogne-Franche-Comté, ainsi que Bpifrance.

avec d'autres experts des énergies renouvelables. © Aurélie Pétri




















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