CHIMIE/MEURTHE-MOSELLE. Le fabricant de carbonate et bicarbonate de soude au sud de Nancy, a eu chaud.  Son projet d’unité de production de vapeur et d’électricité à partir de biomasse devrait toutefois se concrétiser en dépit du coup d’arrêt donné par la non-validation du tarif de rachat de l’électricité « verte ». Des alternatives sont à l’étude pour soutenir l’investissement de 65 millions d’€.

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Six chaudières au charbon consomment 200.000 tonnes de minerai par an pour fournir la vapeur nécessaire aux procédés industriels de Novacarb. © Philippe Bohlinger.

 

Le dernier arrêt de l’usine Novacarb à Laneuveville-devant-Nancy (Meurthe-et-Moselle) remonte à Mai 68. Le fabricant de carbonate et bicarbonate de soude, filiale du lyonnais Novacap, a craint que le prochain arrêt ne soit définitif…  Le site totalise 315 emplois directs et 150 indirects pour un chiffre d’affaires de 149 millions d’€ en 2017. Ses 130 ha de bassins de décantation aux reflets turquoise marquent le paysage préurbain du sud de Nancy, tout comme ses installations industrielles en bordure des réseaux routier et ferroviaire.  

Novacarb lie la survie de son usine mise en service en 1855 à la réussite de sa transition énergétique. La consommation annuelle de 200.000 tonnes de charbon ne serait plus soutenable, indique-t-elle.

 

« Nos quatre usines concurrentes en Europe ont toutes réalisé leur transition énergétique en investissant dans la cogénération avec l’aide de leurs États respectifs. Les deux usines qui n’ont pas fait cette transition en Grande-Bretagne et au Portugal ont mis la clé sous la porte. Ne reste que deux Gaulois, nous et notre voisin Solvay à Dombasle (Meurthe-et-Moselle) », analyse Dominique Jacob, le directeur de l’usine Novacarb.

 

 

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Le contexte économique, plutôt favorable selon l’industriel, ne changerait rien à la donne. « Nous sommes pris en étau : Nous subissons la hausse du cours du charbon et celle des quotas d’émission de CO2. Notre site devra verser 4 millions d’€ au titre des émissions de CO2 pour l’année 2018, soit quatre fois plus que pour l’exercice précédent », s’inquiète Dominique Jacob.

Novacarb s’est donné 10 ans pour arrêter ses six chaudières au charbon. Le projet de cogénération biomasse (Lire ci-dessous) conduirait à remplacer deux d’entre-elle à l’horizon 2022 pour produire la vapeur nécessaire aux procédés. Cette vapeur permet d’obtenir selon un cycle « ammoniac », 540.000 tonnes de produit par an à partir de saumure extraite de la mine Lenoncourt (Meurthe-et-Moselle) et de pierre calcaire extraite de la carrière de Pagny-sur-Meuse (Meuse), deux sites appartenant à Novacarb.

 

Taxe carbone multipliée par quatre

 

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Le site qui totalise 315 emplois directs et 150 emplois indirects, marque le paysage du sud de l’agglomération de Nancy. © Philippe Bohlinger.


Le projet présélectionné en 2016 dans le cadre d’un appel à projet « biomasse » de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) semblait sur de bons rails : Le permis avait été obtenu en 2017 et l’autorisation d’exploiter en février 2018. Mais l’autorisation de mise sur le marché de l'électricité tardait à venir…

Le premier ministre, Edouard Philippe a répondu aux interrogations des industriels le 5 juillet dernier au Sénat. Interrogé par Jean-François Husson, sénateur LR de Meurthe-et-Moselle, il a estimé que l’appel d’offre CRE conduisait à « des résultats où le contribuable et le consommateur en arrivent à payer l'électricité au moins trois fois au-dessus du prix du marché […] ». Le tarif de rachat prévu était en effet de 150 € par MWh sur 20 ans.



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Pour compenser la perte d’une partie de cette aide à l’investissement, le gouvernement s’est engagé à accompagner l’industriel dans la recherche d’alternatives. « Grâce à la mobilisation des élus locaux, nous avons eu une réponse claire du gouvernement, ainsi qu’un engagement fort de l’État à trouver des solutions », se félicite le directeur de l’usine Novacarb.

A titre d’exemple, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) pourrait soutenir l’installation d’une unité de broyage et de préparation de bois chez le fournisseur de Novacarb ce qui abaisserait le prix de cession du bois. Elle pourrait également subventionner une unité de valorisation des cendres issues de la combustion, ce qui réduirait les coûts liés au traitement de ce déchet de classe 1.

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Novacarb a mis en service une unité de cristallisation de bicarbonate en 2011 pour répondre aux besoins des fabricants de poches de dialyse. © Philippe Bohlinger.


Traverses de chemins de fer génératrices de vapeur


Novacarb et Engie-Cofely sont associés au sein de la société Novawood détenue à 49% par la soudière et à 51% par l’énergéticien pour porter le projet de cogénération biomasse. Les deux partenaires prévoient d’y investir 65 millions d’€. La chaudière de 63 mégawatts produira la vapeur nécessaire aux procédés et alimentera une turbine pour générer l’équivalent de la consommation d’une ville de 50.000 habitants en électricité. Le plan d’approvisionnement en biomasse (120.000 tonnes par an) s’appuie pour un tiers sur une filière nationale de valorisation des traverses de chemin de fer SNCF. Les deux-tiers restants proviendront des déchetteries de la région Grand Est. Les deux partenaires estiment que le projet devrait générer 26 emplois directs sur l’installation et 80 emplois indirects dans la filière bois.

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