Le probable futur président de la CGPME de Côte-d'Or défend les circuits courts.
Le probable futur président de la CGPME de Côte-d'Or défend les circuits courts.

COMMERCE. Sauf surprise, Benoît Willot succèdera en juillet prochain à Patrice Tapie comme président de la très bouillonnante CGPME Côte-d’Or.

Au-delà de ses convictions syndicales réaffirmées, ce commerçant indépendant, patron de deux supermarchés à l’enseigne U (*), explique l’évolution souhaitable du commerce d’enseigne confrontée à la concurrence des sociétés de e-commerce.

Il ne mâche pas ses mots, évite de jouer les victimes expiatoires et propose des solutions de rebond.

Cliquez sur les photos pour les agrandir.

• Vous êtes pressenti pour succéder en juillet prochain à Patrice Tapie à la tête de la CGPME Côte-d’Or. Dans quel état d’esprit abordez-vous ce mandat ?

Avec la ferme volonté de défendre les valeurs de l’entreprise qui vit de son travail et rémunère le travail de ses salariés. Tout notre ADN est là. Ce sont nos boîtes. Nous les avons créées ou reprises et nous ne sommes pas des dirigeants salariés d’un grand groupe, les yeux rivés sur la rémunération future des actionnaires. La spéculation financière, l’optimisation fiscale ne sont pas dans nos gènes. Nous préférons développer nos affaires par l’investissement et le recrutement des compétences qui nous font défaut.

• Vos rapports avec le Medef 21 sont pour le moins tendus et c’est une litote. Comptez-vous avoir des rapports plus harmonieux avec cet autre grand syndicat patronal ?

Oui, car j’ai un profond respect pour les femmes et les hommes qui y adhèrent et notamment pour Pierre-Antoine Kern, le président du Medef 21. On peut se retrouver côte à côte pour certains combats comme l’emploi ou le coût du travail, deux engagements forts de la CGPME. Mais qu’on ne se méprenne pas sur mes intentions. Nous ne serons jamais copains et il n’y aura pas avec moi d’alliance toxique avec le Medef.

• Peut-on vous opposer que ce syndicat accueille aussi et défend aussi bon nombre de PME ?

Bon nombre, je ne sais pas, mais il y en a dans leurs rangs. Je pense qu’elles n’ont rien à y faire et que le seul syndicat patronal capable de vraiment les défendre, c’est la CGPME. Grâce au boulot accompli par Patrice Tapie, à qui je devrais succéder en juillet prochain, nous fédérons 800 adhérents. J’ai l’ambition de porter ce nombre à plus de mille si je suis élu président et d’en faire l’une des plus importantes CGPME de France par rapport à sa population d’entreprises.

• Venons en à votre métier de commerçant indépendant au sein de la centrale Système U, où vous êtes associé et administrateur pour la région Est. Quel est l’avenir du commerce d’enseigne face aux sociétés de e-commerce qui grignotent des parts de marché ?

Nous devons prendre en compte dans nos réflexions stratégiques ce nouveau mode d’achat qui représentera dans les 10 ans, 10% de la consommation totale. Par le passé, nous avons déjà eu à souffrir du hard-discount. Aussi, la seule bonne réponse à mes yeux consiste à défendre nos fondamentaux : le bon produit proposé au juste prix dans un cadre agréable. Pour aider les consommateurs à bien choisir, il faut continuer à investir dans l’humain, avec des bouchers, des poissonniers, des boulangers, des charcutiers, des hôtesses d’accueil…

A nous aussi d’amplifier les services complémentaires de proximité pour nos clients qui le souhaitent : l’achat en ligne avec retrait du chariot au magasin, la mise en place de drive avec rangement des courses dans le coffre de la voiture. Le e-commerce nous offre également la possibilité de le concurrencer sur tous les produits que l’on vend peu ou pas du tout en magasin : la hi-fi, l’électroménager, l’informatique, le livre, le bazar, le textile…

Nous ne sommes pas plus bêtes qu’eux et, autre avantage, comme les m2 supplémentaires sont rares à trouver, nous pourrons libérer de la place pour, par exemple, développer les filières courtes. Un véritable enjeu et une tendance de fond pour les années à venir, fortement défendus par Système U.

Benoît Willot dans son magasin d'Arc-sur-Tille au moment des fêtes de Noël.
Benoît Willot dans son magasin d'Arc-sur-Tille au moment des fêtes de Noël.

• N’êtes-vous pas agacé par les aides publiques octroyées pour l’installation d’entrepôts logistiques, comme ce fut le cas avec Amazon en Saône-et-Loire et bientôt Vente Privée en Côte-d’Or ?

Cela flatte l’ego des hommes politiques qui pensent favoriser la création d’emplois en grand nombre. Ces sociétés ne viendraient jamais sans cette carotte. Elles jouent sur l’effet d’aubaine et demain iront ailleurs où on leur offrira plus. Nous, nous sommes là pour longtemps avec des effectifs non délocalisables, alors ils s’en moquent. Lorsque j’investis près de 6 millions d’euros à Sennecey-lès-Dijon, pour créer un magasin de 1600 m2 et recruter 32 équivalents temps plein, je touche zéro euro.

Toutefois, ce qui m’agace le plus ne se situe pas sur ce point, mais dans le fait que ces sociétés ne payent pas ou presque pas d’impôt en France. Nous avons donc l’impression de courir le 100 mètres avec des bottes plombées. Je milite en conséquence pour l’égalité fiscale, droit fondamental de nos valeurs républicaines.

• Question plus locale, y a t-il trop de grandes surfaces sur l’agglomération dijonnaise ?

Oui, notamment au sud de l’agglomération, mais de réelles opportunités s’offrent au nord-ouest avec la mise en circulation de la LiNo. Je pense notamment aux communes de Plombières-lès-Dijon, Ahuy ou Daix.

• On ne comprend rien à la législation sur l’ouverture des magasins le dimanche. Qui peut ouvrir et combien de fois par an ?

La loi prévoit que toutes les grandes surfaces peuvent ouvrir au maximum cinq fois par an un dimanche entier. Sur Dijon, historiquement, l’autorisation délivrée n’est que de deux dimanches. A la CGPME, nous militons pour trois ouvertures par an, après accord avec les syndicats de salariés.

Reste, et c’est cela qui peut perturber la compréhension, que tous les magasins de petite taille jusqu’aux supermarchés où l’alimentaire prédomine, peuvent accueillir de la clientèle tous les dimanches matin jusqu’à 12h30. Pour faire simple, ce sont des commerces de proximité, hors hypermarchés.

(*) Benoît Willot exploite deux magasins à l’enseigne U et emploie près de 120 équivalents temps plein. Outre, Sennecey-lés-Dijon, il possède celui d’Arc-sur-Tille (2480 m2). Cet homme de 42 ans a racheté récemment le magasin rural de Varois-et-Chaignot qui va bénéficier de 400 000 € de travaux. Carburant inclus, son chiffre d’affaires global frise les 50 millions d’€. D’ici un à deux ans, il devrait investir jusqu’à un million d’€ dans son supermarché d’Arc-sur-Tille.

Crédit photos : Traces Ecrites.

               

Commentez !

Combien font "2 plus 7" ?