AVIS D’EXPERT/DÉVELOPPEMENT ECONOMIQUE. Arnaud Marthey, fait le point sur l’activité de l’Agence Économique de Bourgogne-Franche-Comté (AER) qu’il préside. Le 13 juin prochain lors de l’assemblée générale de cette société publique locale (SPL), il rendra officielle la création d’une « task force », ou force d’intervention, uniquement composée de chefs d’entreprise qui seront membres associés de l’agence pour réfléchir et faire des propositions.

 

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Arnaud Marthey, président de l'AER Bourgogne-Franche-Comté. © Traces Ecrites.

 

• Si vous aviez à porter un regard sans langue de bois sur la Bourgogne-Franche-Comté d’un point de vue économique, que diriez-vous ?

 

Que c’est un territoire et une nouvelle région à accompagner dans ses mutations industrielles. L’industrie est son histoire, sa réalité et son avenir. Tout y concourt, grâce à des voies de communication uniques sur un axe européen de transit intense des marchandises et à des filières fortement identifiées pour leur activité.

 

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Je pense évidemment à l’agroalimentaire, à la mécanique nucléaire des composants lourds des centrales, aux microtechniques, à l’automobile, toutes des filières qui travaillent au sein de pôles de compétitivité pour innover, former, œuvrer ensemble.

 

Je constate aussi lucidement nos handicaps, à savoir un PIB par habitant parmi les derniers des régions en France. L’industrie, surtout de sous-traitance, qui représente une grande partie des entreprises régionales, ne crée pas assez de valeur. C’est à nous, AER, d’accompagner aujourd’hui leur transformation.

 

 

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Source : Statista. Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

 

• Comment allez-vous procéder, sachant que les entreprises recherchent presque toutes, avec cette reprise économique de plus en plus affirmée, un personnel qualifié qui n’existe plus, faute de s’être dit que le balancier irait un jour dans l’autre sens et surtout d’avoir laissé se creuser un fossé abyssal entre formations  techniques et besoins en recrutement ?

 

J’entends les chefs d’entreprise qui peinent à embaucher. Il est vrai que les pouvoirs publics dans leur ensemble n’ont pas réagi à temps, que l’industrie à l’heure du tout service a été souvent laissée de côté et, que maintenant la situation de tension dans certains métiers est très pénalisante.

 

Voilà pourquoi le Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté organise une vingtaine de rencontres par an consacrées à l’emploi et aux formations professionnlles dans le but de mieux adapter ses dispositifs de soutien à l’emploi grâce à des cursus adaptés. Mais il faut aller au-delà et convaincre jeunes et parents que l’industrie n’est plus ce que décrit Zola dans ses ouvrages.

 

Les entreprises dorénavant embauchent majoritairement des techniciens supérieurs, bac+2 minimum, pour conduire des équipements de plus en plus sophistiqués, avec des perspectives d’évolution de carrière et de bonnes rémunérations. Nous devons tous prêcher la bonne parole, dès le collège, pour susciter des vocations.

 

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• La création de l’AER, sous forme de société publique locale (SPL), a été mal vécue par de nombreux chefs d’entreprise et leurs représentants qui se sentaient totalement exclus par ce nouveau statut. Pensez-vous mieux les associer ?

 

Il y a eu beaucoup d’incompréhension au départ. Le statut de SPL était le seul qui vaille pour conduire une action efficace et financer une structure comme la nôtre. Il est sécurisant juridiquement. Il associe toutes les intercommunalités qui le veulent et nous en comptons en tant qu’actionnaires déjà plus d’une cinquantaine : communautés de communes, communautés d’agglomération et la métropole dijonnaise.

 

Ces collectivités actionnaires peuvent nous confier des missions particulières et travaillent sous forme de bons de commande. Je précise par ailleurs que quatre dirigeants d’entreprises sont, depuis l'origine, membres associés comme censeurs au sein du conseil d’administration.

 

Nous allons toutefois aller au-delà et le 13 juin lors de notre assemblée générale, je rendrai publique la création d’une « task force », uniquement composée de chefs d’entreprise et qui seront à côté de l’AER pour réfléchir et faire des propositions de nature à affiner notre stratégie.

 

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Les quatre chefs d'entreprise qui travaillent déjà aux côtés de l'AER. De gauche à droite : Philippe Crevoisier, groupe SEB, François-André Allaert, groupe CEN, Monique Mathieu, entreprise Imasonic et Éric Maillard (Groupe Maillard Industrie).

 

• Un bon marketing territorial est aujourd'hui la clé pour attirer. Conduirez-vous une polique novatrice en ce sens ?

 

Novatrice, je l’espère. Pertinente en fonction de notre tissu économique, je le crois. Nos cinq chargés mission, détachés et qui couvrent 90% du territoire, sont en lien direct avec les intercommunalités. C’est d’elles que viendront nombre initiatives concrètes que nous accompagnerons, comme celle baptisée « Welcome in Nevers ».

 

Nous participerons également à des salons, mais ciblés en fonction de notre tissu économique. Un observatoire économique va également se mettre en place par l’entremise de la chambre régionale de commerce pour avoir des données fiables et actuelles. Car vous le savez mieux que personne, que l’information est le nerf de la guerre, surtout en économie.

 

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Qui est Arnaud Marthey ?

 

Le président de l’AER est aussi maire de la commune de Baume-les-Dames (Doubs) et conseiller régional, délégué aux nouvelles ruralités.

Titulaire d’un DESS en management du secteur public, obtenu à l’Institut d'études politiques de Lyon, il passe avec succès le concours de fonctionnaire territorial et travaille à la mairie d’Héricourt (Haute-Saône), ne pouvant être employé dans le département dont il est un élu.

Alors pourquoi s’engager dans le développement économique. « J’ai toujours voulu exercer dans ce domaine, aussi, comme je connaissais l’agence régionale de développement (ARD) de Franche-Comté, à la création de la nouvelle agence qui a fusionné les deux structures des anciennes régions, je me suis porté candidat », évoque-t-il.

Cet homme de 44 ans assume son parcours entièrement public, mais revendique le droit d’être également compétent ailleurs. Il apprend vite, cultive l’empathie et l’écoute, réfute les débats stériles d’opposants et tente de dégager le plus de temps possible pour être sur le terrain. Surtout auprès des entreprises, dont les dirigeants lui réservent, selon lui, « un très bon accueil ».

 

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Source : AER. Cliquez sur l'image pour l'agrandir

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