La société coopérative Mos-Laine, lancée il y a deux ans dans le sud de la Moselle, valorise la laine de mouton d’éleveurs du Grand Est. Les partenariats noués avec des industriels et des pouvoirs publics ont suscité le lancement de produits textiles et d’isolants pour le bâtiment et abouti à redonner une valeur économique décente au produit. Ce travail de plusieurs années permet aujourd’hui à l’entreprise de passer à la phase industrielle, pour laquelle elle investit 3,4 millions d’€ avec un objectif de mise en service en 2024.


Des bonnets et des chaussettes pour se couvrir en hiver, mais aussi des rouleaux de feutre, des panneaux semi-rigides et de la laine en vrac pour bien isoler la maison. Telles sont les multiples transformations de la laine de mouton qu’orchestre la société coopérative Mos-Laine installée à Réchicourt-le-Château (Moselle) à mi-chemin entre Nancy et Strasbourg, à partir de la matière qu'elle va chercher auprès d’une centaine d’éleveurs de moutons du Grand-Est.

« L’objectif consiste à créer une filière pérenne de valorisation locale des laines produites sur le territoire, des Ardennes jusqu’à l’Alsace », résume Stéphane Ermann, éleveur et président de Mos-Laine. En 2022, sept tonnes de laine ont été ainsi collectées. Un tiers a été envoyé dans le Nord chez Union Textile de Tourcoing (UTT) pour revenir sous forme de fils. Ceux-ci ont ensuite pris la direction du fabricant alsacien de chaussettes Labonal (Bas-Rhin) ou du tout récent confectionneur de bonnets Alyeska Industries à Epinal dans les Vosges.

 

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Les deux-tiers de matière première restants ont rallié, quant à eux, la Belgique pour y être lavés et traités dans une unité spécialisée, puis être transformés en matériaux isolants pour le bâtiment, commercialisés par Mos-Laine.

Ce premier bilan est plutôt encourageant pour cette société fondée en juillet 2021, alors que le dernier étage de son projet industriel n’a pas encore été lancé. Ce dernier consiste en un investissement de 3,4 millions d’€ visant à installer en Moselle à l’horizon 2024 la fabrication de feutres et de produits isolants en laine de mouton. Des machines devraient être installées dans des locaux désaffectés de l’ancienne cité-usine des chaussures Bata située en partie sur la commune de Réchicourt-le-Château et labellisée Patrimoine du XXe siècle. Ce projet économique bénéficie de l’appui financier de la région Grand Est, du département de Moselle et de la banque publique d’investissement Bpifrance.

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Des projets pionniers dans l’isolation des bâtiments ont accompagné la création de l’entreprise. © PNR de Lorraine

 

« Les travaux de réhabilitation et de désamiantage des 1.800 m² d’ateliers et 500 m² de stockage devraient démarrer cet été. Ils représentent un investissement supplémentaire de 2,2 millions d’€ pris en charge par l’Etablissement public foncier du Grand Est et la communauté de communes Sarrebourg Moselle Sud », détaille Stéphane Ermann. En attendant, l’éleveur stocke les produits d’isolation thermique et acoustique dans un bâtiment lui appartenant...

 

Filière lainière transfrontalière

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La cité-usine Bataville, vestige de la mythique usine de chaussures dans le secteur de Sarrebourg (Moselle), doit accueillir une première ligne de production en 2024. © Moselle Attractivité


L'initiative est partie en 2016 de l’engagement du Parc naturel régional de Lorraine (PNR) dans le programme européen Défi-Laine destiné à encourager la structuration d’une filière transfrontalière. Jean-Marc Gaulard, chargé de mission au PNR, rappelle que « le sud de la Moselle concentre la plus grande population ovine du Grand Est. »

« Le projet Mos-Laine propose une réponse aux enjeux de maintien d’une économie locale, mais aussi de préservation de la qualité paysagère et de la biodiversité. En effet, la régression de l’élevage de moutons entraîne une diminution des prairies, alors que ces dernières forment un filtre naturel des eaux pluviales », poursuit le représentant du parc naturel régional. C’est pourquoi la coopérative est soutenue financièrement par l’agence de l’eau Rhin-Meuse.

Plusieurs bonnes fées se sont penchées sur le berceau du projet. Le laboratoire d’essais textile Cetelor d’Epinal (Université de Lorraine) a testé l’association de la laine avec d’autres fibres. Le bureau d’études mosellan Ecovert Habitat a expérimenté les produits isolants dans des maisons individuelles. Des mesures acoustiques ont été conduites auprès du centre d’études et d’expertises Cerema à Strasbourg. La mairie de Réchicourt-le-Château a été isolée en laine de mouton, tout comme un bâtiment communal de Mandres-aux-Quatre-Tours (Meurthe-et-Moselle).

 

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La création de la société coopérative Mos-Laine a marqué la réussite du programme Défi-Laine, clôturé en 2021. Elle a été fondée par un noyau d’éleveurs, le PNR de Lorraine, le Syndicat des éleveurs ovins de Moselle, les deux communautés de communes du Saulnois et de Sarrebourg Moselle Sud, la chambre d’agriculture de Moselle et la Banque des territoires.

« Nous n’avons pas l’intention d’inonder le marché de nos produits lainiers, mais celle de produire localement pour répondre aux besoins du territoire. C’est pourquoi nous encourageons les dynamiques similaires dans d’autres régions de France », conclut Stéphane Ermann.

 

Lorsque la Chine bloque ses importations

Le président de Mos-Laine détaille l’état économique de la filière lainière dans le Grand Est. « Au démarrage du programme européen Défi-Laine, les négociants payaient 0,70 € le kilo de laine aux éleveurs. La nouvelle coopérative a fixé son prix du kilo à 2,5 €. L’histoire nous a donnés raison, car avec la pandémie de Covid, la Chine a bloqué net ses importations. Les stocks se sont accumulés. Aujourd’hui, le prix au kg ne dépasse pas les 15 centimes d’euro », détaille Stéphane Ermann. Selon le ministère de l’Agriculture, sur les 14.000 tonnes de laine de tonte brute produites chaque année en France, plus de 7.000 tonnes, soit donc plus de la moitié, étaient exportées en 2019, et 70 % d’entre elles à destination de la Chine. 
1 commentaire(s) pour cet article
  1. gaec HUGOT URBAIN URBAINdit :

    Bonjour ,je suis éleveur et j'ai environ 7 sacs de laine de moutons texel ,est ce que cela vous intéresse ? je suis dans l'aube limite yonne ! tel 06.50.81.84.12 cordialement didier urbain

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