La jeune société bisontine, directement issue de recherches conduites au sein de l'institut Femto-ST, prépare la phase d’industrialisation de sa technologie d’isolation acoustique qui confine les ondes à l’intérieur du matériau. Metabsorber s’apprête à signer des accords de licences pour faire fabriquer des cloisons et panneaux en bois, PVC et polystyrène.


Un an après sa création, début 2020, la SAS Metabsorber, au capital de 5.000 €, est en train de négocier trois accords de licence avec des industriels de Bourgogne-Franche-Comté pour mettre en oeuvre ses technologies brevetées de réduction ou de contrôle du bruit.
Jusqu’à présent, l’isolation acoustique passait exclusivement par l’utilisation de matériaux absorbants (mousse, laine de roche…). L’innovation de Metabsorber donne cette faculté à n’importe quel matériau, même le plus résonnant, et d’en faire des capteurs de bruit très efficaces.

Cette technologie de rupture repose sur l’utilisation de métamatériaux acoustiques – des matériaux artificiels qui peuvent modifier la propagation des ondes –, dont l’intérêt a été démontré par Aliyasin El Ayouch, CEO et cofondateur, lors de sa thèse conduite au sein de l'institut Femto-ST (Franche-Comté électronique mécanique thermique et optique – sciences et technologies, UMR 6174).

 

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« Nous avons mis en évidence une façon de mettre en forme les matériaux à l'échelle macroscopique, pour leur conférer des propriétés d'absorption du son qu'ils n'avaient pas avant », précise le chercheur. En développant des géométries spécifiques aux différents matériaux étudiés, l’entrepreneur de 32 ans parvient à une efficacité de réduction du son considérable, avec des matériaux nettement plus fins qu’avec les technologies classiques.
« Par exemple, nous parvenons à obtenir des réductions de propagation de l’ordre de 90 % avec des sons d’une longueur d’onde de 1 mètre (300 à 350 Hz), en utilisant des parois de 5 cm d’épaisseur. Avec des mousses isolantes classiques, il faudrait au minimum 20 cm d’épaisseur pour parvenir à des résultats similaires », assure-t-il.

L’industrialisation passe par des accords de licences

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C’est dans l’école Fourrier à Besançon, que Metabsorber a mis en œuvre son expertise pour la première fois : une paroi isolante en bois sépare une vaste salle de classe en deux salles autonomes.


La technologie développée nécessite une adaptation selon le type de matériau utilisé, et le type de son à filtrer. Elle permet d’isoler un espace, ou un élément, et / ou d’améliorer le confort acoustique d’une pièce en empêchant la réverbération du son. Metabsorber s’est donc naturellement concentrée, pendant ses premiers mois d’existence, sur la négociation d’accords de licence avec des industriels désireux d’utiliser la technologie pour leurs besoins spécifiques.

« Nous travaillons à des accords de licence avec trois industriels, dans le domaine du bois, de l’extrusion PVC et de solutions en polystyrène. Nous espérons également aboutir à un accord avec une entreprise de fabrication d’aluminium », décrit Aliyasin El Ayouch. 

Ce système de licensing en partenariat avec des industriels a été imaginé au sein de la SATT Sayens, Société d'Accélération du Transfert de Technologies, qui vise à maximiser l'impact socio-économique des résultats de la recherche académique.
Il valorise les deux brevets, détenus conjointement par l’Université de Franche-Comté et le CNRS, directement issus des travaux de recherche de M. El Ayouch. L’innovation académique débouche ainsi sur des potentialités économiques, et, pour les industriels partenaires, des avantages concurrentiels.

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Comme Metabsorber n’industrialise pas directement ses innovations, la jeune entreprise conserve un effectif réduit, les deux cofondateurs, Aliyasin El Ayouch et Mahmoud Addouche, expert scientifique, qui seront rejoints cette année par Abdelkrim Khelif, directeur de recherche CNRS et maître de thèse d’Aliyasin, en qualité de nouvel associé. Pour aborder la phase d’industrialisation et le marketing, la société devrait effectuer ses premiers recrutements dans les prochaines semaines.

La première démonstration commerciale a reçu la complicité de la ville de Besançon, qui avait témoigné d'un vif intérêt pour les recherches d’Aliyasin, en écho aux perturbations liées à la réalisation du tramway. C’est dans une école de la ville, l’école Fourrier, que la start-up a pu mettre en œuvre son expertise pour la première fois. « Nous avons réalisé une paroi isolante en bois pour séparer une vaste salle de classe en deux salles autonomes, avec d’excellentes performances acoustiques. Cette première réalisation nous a énormément apporté en terme de retour d’expérience », précise le CEO.

Forte de celle-ci, et de ses accords de licences, Metabsorber espère transformer radicalement la gestion du bruit, d’abord en mettant en sourdine les bruits dans l’industrie et le bâtiment.

Parcours d’un chercheur entrepreneur

Modeste, Aliyasin El Ayouch dit ne tirer de fierté que de ses réalisations. Son parcours tient de la réussite personnelle autant que de l’illustration de la complémentarité entre la recherche académique et le développement économique.
Soutenant sa thèse en 2015 au sein de l'institut Femto-ST, qui a continué à l’accompagner en parcours post-doctoral avec la mise à disposition de ressources et d’équipements techniques, l’ingénieur a ensuite bénéficié du programme de maturation technique de la SATT Sayens.
Parallèlement, le projet de Aliyasin El Ayouch qui avait présenté son innovation en public en 2018 à la communauté du bâtiment, à Besançon, [ Lire l'article de Traces Ecrites News : Metabsorber efface les bruits ] a été accompagné dans sa phase de maturation économique par l’incubateur DECA-BFC, PEPITE et BGE. « J’ai eu la chance d’être au bon endroit au bon moment, et de bénéficier de dispositifs nouveaux, que j’ai parfois inaugurés. J’espère que mes partenaires de développement trouveront dans mon parcours de quoi enrichir leur accompagnement », note-t-il.

Photos fournies par l'entreprise

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