Faire de l’upcycling (la transformation de vêtements) une activité de production à part entière : Losanje s’est fixé ce défi depuis Nevers, et le relève avec succès. La société a déjà conçu 50.000 produits ainsi revalorisés. Sa récente collecte de 2,7 millions d’euros de fonds lui donne les moyens de poursuivre son chemin de croissance.


L’upcycling, c’est l’inscription dans l’économie circulaire comme contre-modèle à la fast-fashion largement décriée actuellement, à juste titre si on place sur le plan environnemental (*). Le terme désigne la capacité à transformer des vêtements et accessoires en les découpant et en les assemblant sous forme de patchworks, de sorte à créer de nouveaux produits.

Il trouve un porte-drapeau à Nevers (Nièvre), avec la jeune société Losanje. « On vient découper dans la matière telle qu’elle est aujourd’hui, et on assemble. Tout peut se revaloriser, les différentes matières peuvent s’associer ensemble, que ce soit du coton, du polyester», explique Simon Peyronnaud, 28 ans, co-fondateur en 2020 avec Mathieu Khouri, son ami depuis les années de collège. 

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Le concept répond à de fortes attentes environnementales et sociétales, si bien qu’il a capté aussi l’attention du monde de l’investissement. Pour poursuivre ses développements, Losanje a sollicité un tour de table qu’elle est parvenue à constituer l’an dernier : la jeune société a rassemblé 2,7 millions d’euros en 2023, par des apports de fonds directs d'UI Investissement et de la structure Centre Loire Expansion du Crédit Agricole Centre Loire. un prêt de la Caisse d'épargne Bourgogne-Franche-Comté et des subventions ou avances remoursables de l'Ademe, de Bpifrance, et de la région Bourgogne-Franche-Comté.

Les moyens financiers ainsi réunis ont contribué à acquérir une machine spécifique, permettant de passer d’une activité artisanale à la production à part entière. Elle constitue, selon les cofondateurs « la première ligne de coupe automatisée et robotisée dans le monde » pour l’upcycling. Les textiles entrent dans la machine qui coupe des morceaux suivant un patronage défini à l’avance.

Avec ses 20 salariés, Losanje, qui a fait partie de la première promotion du French Tech BFC 2020, est installée à Nevers sur une superficie de 750 m2. L'entreprise externalise aussi une part d’activités auprès d’un réseau d’ateliers partenaires dans la région, ou plus loin en France et en Europe.

 

Un process d’industrialisation

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Simon Peyronnaud et Mathieu Khouri, qui se connaissent depuis le collège, ont fondé de concert Losanje en 2020. © Losanje


Depuis 2020, un total de 50.000 produits revalorisés est sorti de l’atelier nivernais qui espère atteindre le cap des 100.000 dès cette année 2024. Conscients des enjeux, les anciens camarades de classe se sont creusés les méninges avant de se lancer dans cette aventure. « Nous avons étudié plusieurs options. Nous avons d'abord réfléchi à se lancer dans la production de textiles bio, au travail de la matière vierge, au recyclage... Et nous nous sommes rendus compte qu’il y manquait une brique pour réduire les émissions de CO2. Il fallait encore aller plus loin en proposant une solution de valorisation mais aussi de production », relate Simon Peyronnaud.

Les plus récentes grosses commandes émanent du groupe La Poste : 5 tonnes de gilets ont été transformées en 34.000 trousses destinées aux conseillers clientèle. Dans le cadre de ce marché, Losanje a permis une économie de 155 tonnes de CO2 et de 48 millions de litres d’eau (**).

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La PME se fournit auprès d’entreprises qui amènent leur matière première comme La Poste, mais elle répond aussi aux entreprises dépourvues de cette ressource. Dans ce cas, les « upcyclers » travaillent avec des centres de récupération de textiles et d’accessoires : une telle option qui pourra intéresser bien des entreprises dans le cadre de leur politique RSE.

 

Des évolutions législatives favorables 

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La jeune entreprise est installée dans 750 m2 à Nevers, dont 600 m2 dédiés à sa production d'échellle industrielle. © Losanje


L’activité de Losanje s’inscrit en concordance avec les évolutions législatives alors que le gouvernement veut déployer dès le mois de mai un « score vert » sur les vêtements, dans un premier temps, pour les entreprises volontaires. À partir de cette date, les marques qui le souhaitent pourront afficher leur performance, dont le calcul dépend de différents critères comme la durée de vie, la matière et l’origine de production. Par ailleurs, la loi Agec (anti-gaspillage pour une économie circulaire) de février 2020 vise à lutter contre le gaspillage, et va réguler les projets en fin de vie en interdisant la destruction des invendus.

Tout ce contexte laisse à penser que l’entreprise ne rencontrera pas de difficultés à se fournir en matière première. La règlementation favorisera très certainement l’activité de Losanje, une entreprise à suivre de près.

(*) Selon l’Ademe, « 4 milliards de tonnes de CO2 sont émises par l’industrie textile chaque année pour les vêtements et les chaussures. L’industrie textile est responsable de 8% des émissions de gaz à effet de serre en comptabilisant les vêtements et les chaussures .» 

(**) D’après une étude commune aux cabinets Quantis et McKinsey, un produit upcyclé permet de réduire de 90% l’impact de CO2 et l’utilisation d’eau est divisée par un facteur de dix mille.

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