Photo Traces Ecrites.
Photo Traces Ecrites.

CRÉDIT INTERENTREPRISES. Les TPE et PME industrielles sont devenues aujourd’hui un centre de préoccupation pour ceux qui nous gouvernent.

On crée même à leur attention une banque de financement - la BPI, simple fusion d'organismes déjà existants - pour les aider à investir, innover, voire exporter.

Il faudrait aussi se préoccuper d’une question qui devient un problème quasi insurmontable pour beaucoup d’entre elles : le crédit interentreprises, source d’importants problèmes de trésorerie.

Nous publions en ce sens une lettre ouverte d’un patron de PME qui dénonce des méthodes très pénalisantes pour son entreprise.

Nos lecteurs comprendront aisément son désir de rester anonyme.

« Bonjour,

Pour contourner la loi de modernisation de l’économie, dite loi LME (*), voilà ce que certains donneurs d’ordres dirigés par de financiers ont trouvé :

-       On vous consulte pour un marché de 100 pièces : engagement par contrat sur une durée de 12 mois, livraison par lot de 10 pièces.

-       Vous répondez pour un prix X ou Y et un délai de fabrication du premier lot à livrer.

-       On vous passe commande du marché, vous avez besoin de 8 semaines pour produire la série de 100 pièces afin de tenir les coûts économiques préalablement chiffrés.

-       Dès la commande passée, le client supposé bien mieux organisé que vous (!), demande en urgence 10 pièces.

-       Comme vous êtes un fournisseur compréhensif, vous dépannez votre client sous 3 semaines ; aussi vous y êtes largement de votre poche côté rentabilité puisque compte tenu de l’urgence, vous n’avez pu produire que les 10 premières sur les 100 (sans compter un éventuel envoi express).

-       Vous livrez votre client et reconstituez le stock qu’on vous oblige à tenir à disposition sous une semaine, selon le contrat.

-       Le client a moins vendu que prévu, et finalement pendant 6, 7 voire 8 mois ne fait plus d’appels de livraison (n’est-ce pas là une nouvelle méthode d’achat ?). Évidemment, les pièces sont faites, les fournisseurs et les salaires payés.

-       Dans certains cas (20 à 30% des commandes), le client ne commande même plus ces pièces et on s’entend dire par le service des approvisionnements : «pas de besoin pour le moment, on ne va pas rentrer en stock des pièces dont on a pas besoin» (véridique !).

-       Au bout d’un an, vous souhaitez que votre client reprenne le stock. Il vous demande alors encore un effort et de ne livrer que dans 2 ou 3 mois…, faut comprendre, c’est la crise pour lui, mais pas pour nous).

-       Bref, pour des pièces commandées et fabriquées en janvier 2013, vous serez payés en mai 2014 (30 jours fin de mois le 15 après avoir livré les dernières pièces de mars à mars).

Nous avons donc fait le rôle de banquier auprès de notre client pendant plus d’un an.

On aurait des problèmes de trésorerie en France, on a fait une banque pour aider les TPE/PME : pourquoi pas, mais cela ne va pas tomber dans l’oreille «des sourds».

Certains  donneurs d’ordres vont s’empresser de pressurer davantage les  TPE/PME qui ont reçu ce joli cadeau. C’est bien normal que nos clients en profitent (relation gagnant/gagnant).

Ah oui, bien sûr, nous ne sommes pas obligés d’accepter de travailler pour pareil type de marché. Nous n’aurons plus les commandes, mais peut-être auront nous de la trésorerie.

Avant même l’idée d’une banque, ce qu’il faut avant tout, c’est de la déontologie et des bons usages dans les affaires. Mais également des règles strictes pour ceux qui veulent pas comprendre. Et au final, ne demander à ses salariés comme à ses fournisseurs, ce qui est et doit rester raisonnable.

Je n’ai rien exagéré dans mes propos. Ces méthodes se généralisent et deviennent intenables pour les petites structures.

Encore ce matin, on m’a même proposé du stock consigné, c’est-à-dire que je livre les 100 pièces en une seule fois chez mon client.

Cela coûte évidemment moins cher en préparation et transport, mais on ne me paie que lorsqu’on se sert du matériel. Les bras m’en tombent !

Dernier point : quand vous achetez  «moins cher» en Asie, vous payez la facture quand la marchandise quitte les ateliers de production (**).

Il faut bien que quelqu’un en France finance cette avance de trésorerie…

Bien cordialement, »

Signé d'un industriel qui ne peut rester qu'anonyme, car il a une entreprise d’une petite cinquantaine de personnes à faire tourner.

Photo Traces Ecrites.
Photo Traces Ecrites.

(*) Elle impose que les délais de règlement ne dépassent pas 60 jours maximum ou 45 jours fin de mois à compter de la date d’émission de la facture.

(**) Relisons Robert Branche, consultant et ancien commissaire à l’Industrialisation, ainsi que Stéphane Cossé, membre du comité d’orientation d’Europe Nova et maître de conférences à Sciences Po (Les Echos du 31 décembre 2012).

«Il faut changer le droit commercial pour que, à l’instar de l’Allemagne, le transfert de propriété soit effectif au paiement, et non plus à la livraison. Tant que ce ne sera pas le cas, les PME resteront réticentes à se retourner contre un client, car elles savent qu’elles risquent de perdre des marchés à venir".

3 commentaire(s) pour cet article
  1. Robert Branchedit :

    @Patricia Koch Votre commentaire m'amène à préciser mon propos. Je n'ai jamais parlé de pratiques mafieuses, ni appeler au secours des banques. Le crédit inter-entreprises se développent à cause du droit commercial français qui le permet, et de fait l'encourage. On ne peut pas réellement reprocher aux distributeurs et aux grandes entreprises de tirer le meilleur parti d'une loi qui leur est favorable. C'est ce droit qu'il faut changer, et les comportements changeront : la contraction permettra aux petites entreprises de ne plus avoir à demander aux banques des prêts de trésorerie. La solution n'est donc pas de demander plus d'aides, mais de faire en sorte que l'argent gagné par les petites entreprises leur soit effectivement versé par leurs clients, ce parce que le transfert de propriété sera au paiement, et non plus à la livraison.

  2. Robert Branchedit :

    Merci pour ce témoignage qui confirme que le crédit inter-entreprises est bien le cancer des petites entreprises. Il est urgent de faire "masse" pour obtenir la réforme du droit commercial, en passant au transfert de propriété au paiement, et non plus à la livraison. Si vous avez la possibilité de regrouper d'autres témoignages et de les diffuser, ce serait utile pour faire avancer cette nécessaire réforme. Robert Branche, ancien commissaire à l'industrialisation et ancien chargé de mission à la Délégation à la Petite et Moyenne Industrie robert.branche@m4x.org

  3. collectif de défense des PMEdit :

    D'accord pour dénoncer ces pratiques mafieuses ! une honte, je vis cela tous les jours et si par malheur, parce qu'un site lui paraît plus assez rentable , il le ferme et dépose le bilan, vous vous retrouvez avec une ardoise de milliers de pièces qui ne seront jamais payées ! et le tribunal, le banquier, et tutti quanti, vous traiteront de mauvais gestionnaire car vous ne deviez pas faire de stock. Mais si on avait des banques qui fonctionnent, ou un Etat conscient du vrai problème des TPE/PME, au lieu de les traiter de canards boiteux, comme c'est le cas si vous avez lu la prose de sieur Jouyet, patron BPI et gendre d'un milliardaire exilé et qui est censé parler pour nous. Alors qu'on ne rentre même pas dans les sondages, nous les moins de 50. Une solution pour tous : nous réunir, nous lever tous ensemble et, à ce moment-là, on met tout sur la table et on discute. S'ils veulent pas écouter : on instaure le gel du paiement des charges, séquestrées sur un compte jusqu'à ce qu'ils entendent. On n'en peux plus ??? ils ne veulent rien entendre et pas légiférer ? alors , gueulons-leur dans les oreilles à leur crever le tympan bon Dieu : on est 3.5 millions de PME de moins de 50 et représentant 6.4 millions de salariés et ils nous traitent comme des carpettes... Rejoignez-nous , on vous attend : www.collectif-pme .com Patricia Koch : à votre service !

Commentez !

Combien font "9 plus 9" ?