En dépit du quasi-arrêt de la restauration collective, les produits locaux ont trouvé preneur pendant le confinement. Les producteurs de fruits et légumes, fromages et autres produits alimentaires ont néanmoins dû s’adapter très rapidement en faisant évoluer leurs gammes ou leur packaging.


L’alerte Covid-19 a été chaude pour nombre de producteurs locaux de fruits et légumes, fromages et autres produits alimentaires locaux. Du jour au lendemain, ils ont dû faire face à un arrêt quasi complet des services de restauration collective, notamment scolaires, et à la fermeture de la majorité des marchés. Or, il s’agit là de deux de leurs principaux canaux de distribution.

Au sein de l’EARL la Ferme de Ligny, qui produit, à Melin, en Haute-Saône, viande, charcuterie, fromages et laitages, Marion Dlugi, associée à ses trois frères, se souvient d’un conseil de famille de crise : « ça a été un gros moment d’inquiétude, où l’on se demandait quoi faire. Devait-on continuer à produire, de la viande bovine, des volailles ? Arrêter temporairement ? La première semaine du confinement, quatre des cinq marchés où nous sommes présents ont fermé. Heureusement, le principal, celui de Dijon, est resté ouvert, ce qui nous a soulagés. »
La panique des élus locaux fut parfois perceptible. « La mairie de Jussey nous a dit de venir faire le marché, mais finalement, ils ont envoyé les gendarmes pour nous mettre dehors une fois que nous étions installés », regrette-t-elle. La plupart des marchés étant fermés, la clientèle habituelle s’est déportée vers les quelques boutiques et épiceries locales qui vendent les productions de la ferme. « Au final, notre chiffre d’affaires n’a pas bougé. Il a baissé sur les marchés, malgré un panier moyen en hausse, mais la hausse en boutique a compensé », affirme la productrice.

 

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Le son de cloche est voisin du côté du GAEC Colson, à Moloy, en Côte-d’Or, où Matthias élève des vaches, et vend du lait et des produits fromagers. Le groupement d’agriculteurs réalise d’ordinaire 20 % de son chiffre d’affaires avec Agrilocal21, une plateforme de mise en relation entre acheteurs de la Côte d'Or – cuisines de collèges et d’établissements médico-sociaux – et fournisseurs locaux. Celle-ci s’est immédiatement tarie à la fermeture des établissements scolaires. « Heureusement, j’ai un circuit de distribution étoffé, avec de la vente à la ferme, des petites épiceries et un supermarché à Sombernon. Les ventes directes ont doublé pendant le confinement, ce qui m’a permis de faire mieux qu’amortir le choc », se félicite l’exploitant.
Matthias Colson a cependant été très réactif pour s’adapter. Il a cessé de produire des faisselles en contenants de 5 kg, adaptés aux collèges, mais pas aux ménages, pour se reporter sur des contenants plus petits.


Producteurs, mais aussi logisticiens

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Les plateformes numériques de mise en relation des producteurs et des consommateurs ont (re)trouvé un regain d'intérêt pendant le confinement. La chambre d'agriculture et le conseil départemental de Haute-Saône (en photo) ont lancé "J'Veux du local" fin avril. Le Doubs et le Territoire de Belfort ont fait de même, ensemble. 

Ces petites mutations du commerce de produits locaux n’échappent pas au regard scrutateur des autorités consulaires, qui confirment que pour connaître le succès sur ce segment particulier, il faut faire montre de beaucoup d’adaptabilité. « Aujourd’hui, un agriculteur qui veut vendre localement doit non seulement produire, mais il doit aussi transformer quand c’est possible, commercialiser et livrer. C’est difficile de tout faire, et encore plus de tout bien faire », note François Depuydt, directeur général de la Chambre d’agriculture de Côte-d’Or. 
Au sein des conseils départementaux de Saône-et-Loire, de Côte-d’Or, du Doubs ou encore de Haute-Saône, qui font la promotion des plateformes de mise en relation entre producteurs et acheteurs, à destination des professionnels (Agrilocal) ou du grand public (J'veux du local), on réfléchit à la manière de lever un des obstacles qui se dresse devant l’extension du "localisme" : la logistique.

 

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Peggy Le Nizerhy, directrice Agriculture-Environnement au Conseil départemental de Côte-d’Or, résume la problématique. « Le frein pour massifier l'achat local, notamment en restauration collective, est au niveau de la logistique. Il faut assurer un service de livraison, ce qui n'est pas le métier premier de l'agriculteur. Peut-être devrions-nous travailler des groupements d'achat, et conserver une approche développement durable, pour ne pas mettre trop de camions sur les routes. Nous étudions toutes les options et nous proposerons, avant la fin de l’année, un vrai plan d’action pour améliorer cette logistique. »

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Carte géolocalisée des producteurs qui font de la vente directe sur J'veux du local Côte-d'Or, lancée début avril par le Conseil départemental de la Côte-d'Or, en train par ailleurs de développer une marque "savoir-faire 100% Côte-d’Or".

 

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La grande distribution encore timide sur le commerce local

Malgré la multiplication d’accords de proximité de gré à gré, passés entre une grande surface et un producteur, la grande distribution reste encore très timide en matière de vente de produits locaux. Les choses sont peut-être en train de changer, doucement. « La crise a montré que nous avions besoin de mieux travailler avec la grande distribution. Nous avons eu des contacts, nombreux, avec les grandes surfaces, découvert qu’il y avait des synergies à mettre en place qu’il s’agit maintenant de concrétiser », dévoile François Depuydt, directeur général de la Chambre d’agriculture de Côte-d’Or.

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