Les spécialistes de l’extraction gazière 45-8 Energy et La Française de l’énergie visent, tous deux, la barre des 100 millions d’€ de chiffre d’affaires à l'horizon 2030. Le premier démarrera en 2024 une unité pilote de production d’hélium dans la Nièvre, tandis que le second vient d’obtenir le permis d’exploiter le gaz de charbon en Moselle.


Le regain d’intérêt pour les ressources minérales et gazières des sous-sols français dope les perspectives de deux PME lorraines. Basé à Metz (Moselle), 45-8 Energy parie sur l'extraction éco-responsable de l'hélium, un gaz utilisé dans l’industrie du refroidissement et de la fibre optique, et aujourd'hui de provenance fossile. Fondée en 2017 par Nicolas Pélissier et Benoît Hauville, l’entreprise formée de 32 ingénieurs et chercheurs investira 14 millions d’€ en 2024, avec l’appui du fonds Heling, la société de gestion de patrimoine de la famille Bouygues, son actionnaire majoritaire.

Le premier temps de ce programme porte sur la mise en service d’une unité pilote de production d’hélium en mai 2024 à Saint-Parize-le-Châtel, dans la Nièvre. « Ce projet sur un forage d’environ 100 m de profondeur est une première en Europe de l'ouest. Il repose sur une technologie de séparation développée avec le CNRS. Il s’agit d’une étape importante dans notre ambition de produire de l’hélium au plus proche des foyers de consommation européens », détaille Nicolas Pélissier. 
 

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La Française de l’énergie a foré cinq puits d’exploration en Moselle (ici à Lachambre). © La Française de l’Energie


L’enveloppe débloquée l'an prochain va également permettre à la jeune pousse de poursuivre ses explorations via sept forages
 ; trois à 1.300 m sous la surface du sol dans sa concession minière « Fonts Bouillants » dans la Nièvre et quatre à - 600 m sur le site « Avant-Monts franc-comtois », dans l’ouest du département du Doubs.

Troisième et dernier volet de ce programme d’investissement : le lancement, en juillet 2024 à Metz, d’une première unité mobile de recyclage de l’hélium. Alors que seulement 1% de cette ressource rare et critique serait actuellement recyclé, l’entreprise compte faire émerger une économie circulaire pour elle en Europe. 

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En parallèle, 45-8 Energy va continuer d’explorer de nouveaux gisements. « Notre filiale 45-8 Grand Rieu attend la validation de sa demande de permis d’explorer un gisement d’hydrogène naturel près de Pau, en partenariat avec Storengy (groupe Engie). Nous allons aussi prospecter des gisements d’hydrogène et d’hélium en dehors de l'Hexagone, sur trois sites en Allemagne et au Kosovo », complète le dirigeant.

La société table sur un chiffre d’affaires de 125 millions d’€ d’ici à 2030, qui se répartirait entre ses activités de recyclage (15%), d’extraction d’hélium (65%) et d’extraction d’hydrogène (20%). « L’hélium est un marché mature, mais c’est un secteur de niche. A plus long terme, notre business plan est fondé sur la production éco-responsable d’hydrogène, un marché peu développé pour l’instant, mais au potentiel immense » conclut Nicolas Pélissier. En effet, l’industrie française mise largement sur cette ressource pour répondre aux objectifs de la stratégie bas carbone. 

 

Méthane et hydrogène dans le bassin houiller lorrain

FONTS BOUILLANTS
La concession de 45-8 Energy est appelée « Fonts Bouillants » en raison des quantités de gaz qui s’échappent du sous-sol nivernais.
© Guillaume ROBERT-FAMY


De son côté, La Française de l’énergie (FDE) basé à Pontpierre, en Moselle a obtenu, la semaine dernière, la concession minière « Bleue Lorraine » ouvrant la voie à l’exploitation du gaz de charbon jusqu’en 2040 dans l’ancien bassin houiller lorrain. Un décret ministériel publié le 22 novembre dernier au Journal officiel valide en effet la demande déposée il y a cinq ans par l’entreprise.

Le permis porte sur l’extraction de méthane, un gaz emprisonné entre 1.000 à 1.500 mètres sous terre dans des veines de charbon, sur un périmètre de 191 km² englobant 40 communes de l’est de la Moselle. Fondée en 2007, la société a certifié environ 2,1 milliards de mètres cubes sur le périmètre de la concession, soit un peu moins de 5% de la consommation annuelle française. « FDE porte, depuis plus d’une décennie, le projet de valorisation de gaz local, une ressource écologiquement et économiquement compétitive », réagit son président Julien Moulin. L’entreprise lorraine doit présenter début 2024 ses plans pour la concession. 

Son marathon judiciaire n’est cependant pas terminé. En effet, le ministère de la Transition écologique avait commencé par refuser l'autorisation en avril 2023, alors que la France avait annoncé stopper son soutien aux projets d’exploitation d’énergies fossiles. FDE a obtenu l’annulation de cette décision cet été devant le tribunal administratif de Strasbourg. Le ministère a fait appel en septembre dernier. Le recours n'est pas suspensif, mais il augure d’une bonne année encore d’instruction....

 

expertcomptable

 

La société cotée de 34 salariés prend son mal en patience. Elle a déposé cette année une demande de permis dit « Des Trois-Evêchés » en vue de sonder les ressources en hydrogène d’une zone de 2.254 km², toujours dans le bassin houiller lorrain. Les travaux menés par le laboratoire GeoRessources (Université de Lorraine, CNRS) sur un puits de l’entreprise auraient mis en évidence des eaux souterraines « très significativement » enrichies en hydrogène. La concentration mesurée à 1.093 m de profondeur atteint 15%, taux qui grimperait à 98% à - 3.000 mètres.

De prochaines campagnes doivent permettre de mieux évaluer le potentiel de cette ressource stratégique. Avec un chiffre d’affaires de 39,2 millions d’€ en 2023 en progression annuelle de 49%, FDE vise la barre des 100 millions d’€ en 2026.

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