La discrète filature Schappe Techniques à La Croix-aux-Mines (Vosges) joue la carte d’un savoir-faire mondialement reconnu dans la fabrication de fils à partir de carbone, aramides, acier, thermoplastiques, etc. Ses bobines ont récemment remporté des marchés dans le cadre de la mission spatiale Mars 2020 ou encore l’équipement des pompiers britanniques.


Schappe Techniques apporte sa pierre à l’aventure de la mission spatiale Mars 2020 qui, depuis deux mois, abreuve l’actualité de ses découvertes. La filature de La Croix-aux-Mines (Vosges) a produit les fils qui composeront le bouclier thermique de la capsule chargée de ramener sur terre de précieux échantillons de sol martien autour de 2030. L’entreprise de 110 salariés surprend par sa capacité à allier très haute technicité et savoir-faire manuels.
Il suffit, pour s’en rendre compte, de regarder faire une contrôleuse dans l’atelier de fabrication de fils polyesters pour les kimonos, une activité historique. Corinne Philbert, quarante-deux ans de métier, réalise la jonction entre les deux extrémités d’un fil cassé : Elle sépare manuellement chacun d’entre eux en trois brins de 3 dixièmes de millimètre de diamètre qu’elle juxtapose ensuite. Spectaculaire !

 

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A quelques mètres, un atelier bien distinct abrite les lignes qui ont fabriqué les fils composites pour la mission Mars 2020 de la Nasa. Les opérateurs y travaillent en tenues de protection intégrales en raison des irritations que peuvent causer les fibres de carbone sur la peau. « La déformabilité de nos fils techniques est de l’ordre 30%, ce qui conduit à les utiliser dans la fabrication de pièces composites hautement résistantes à géométrie complexe. Nous figurons en effet parmi les rares filatures au monde à pouvoir craquer du fil de carbone avec un tel niveau de performance », insiste Laurent Chaigneau, gérant et principal actionnaire de Schappe Techniques.

Le procédé de craquage consiste à étirer jusqu’à leur rupture les filaments de fils continus en vue d’éliminer leur point de faiblesse et leur apporter de nouvelles propriétés de résistance. Les fibres de carbone longues, intermédiaires et courtes sont ensuite mélangées, associées à d’autres fibres et peignées afin d’obtenir un fil homogène et peu poreux. « Les fibres de différentes tailles glissent entre-elles ce qui permet de courber le fil sans entraîner de rupture », éclaire Laurent Chaigneau.


Un fil anti-feu pour la tenue des pompiers britanniques

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Les irritations susceptibles d’être provoquées sur la peau par les fibres de carbone imposent le port de vêtements de protection. © Philippe Bohlinger

 

Les six tonnes de fibres de carbone livrées en décembre dernier à un sous-traitant de la Nasa entreront dans la composition du bouclier thermique qui permettra à la capsule américaine de traverser l’atmosphère terrestre. Ce marché a permis à Schappe Techniques de sauver les meubles sur l’année 2020 (chiffre d’affaires de 9,5 millions d’€), mais son dirigeant tient à rappeler que son partenaire historique demeure Arianespace, avec lequel l’entreprise collabore depuis vingt ans.

Pour affronter les turbulences de la crise sanitaire, l’entreprise jouit d’une activité très diversifiée. Elle répartit son chiffre d’affaires entre les fils de kimonos pour un client japonais (20%), les fils composites principalement pour le marché nord-américain (20%), les fils pour l’automobile et les chaudières industrielles (15%), pour les équipements de protection individuelle (20%) et les activités diverses (25%).

 

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Dans le contexte actuel, la croissance de Schappe Techniques est portée par le segment des équipements de protection individuelle. Associée notamment à la société Kermel (Haut-Rhin), la PME vosgienne a développé un fil anti-feu qui lui a permis de remporter au premier trimestre 2021 un marché pour l’équipement des pompiers britanniques en partenariat avec un tisseur de Grande-Bretagne.
« La fibre mise au point par Kermel a réussi deux passages en test flash-over simulant un embrasement généralisé éclair. Schappe Techniques a pour sa part associé cette fibre à deux autres matières en vue de mettre au point un tissu combinant résistance au feu, tenue à l’usure, ainsi qu’aux UV et préservant ses couleurs au lavage », conclut Laurent Chaigneau.

 

Des losanges de Burlington au fil de carbone

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Laurent Chaigneau, gérant et principal actionnaire de Schappe Techniques.© Philippe Bohlinger

Laurent Chaigneau a acquis Schappe Techniques il y a six ans, une entreprise à l’histoire séculaire. L’usine de La Croix-aux-Mines (Vosges) a en effet vu le jour en 1835. Elle tire son nom de la « schappe », un textile obtenu par filature de déchets de soie. Rattaché à un groupe genevois, le site vosgien est absorbé en 1967 par l’américain Burlington, célèbre pour ses textiles à losanges. 
Les trois usines qui composent la SA Burlington Schappe basée à Lyon sont rachetées par leur directeur d'usine et leur directeur financier en 1982. « Ces deux cadres dirigeants ont spécialisé les usines, pour une part dans le fil technique, pour l’autre part dans l’habillement, une activité qui a malheureusement périclité. En raison de son histoire, l’entreprise a conservé son siège social à Blyes (Ain), mais l’activité industrielle demeure concentrée sur le site de La Croix-aux-Mines », expose Laurent Chaigneau, gérant et principal actionnaire.

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