L’entreprise produit chaque année 1 800 à 2 000 tonnes de fibres synthétiques antifeu.
L’entreprise produit chaque année entre 1 800 à 2 000 tonnes de fibres synthétiques antifeu, soit 10% du marché mondial.

RECYCLAGE. C’est ce qui s’appelle boucler la boucle.

A Colmar (Haut-Rhin), Kermel fabrique des fibres synthétiques que ses clients pompiers, policiers, militaires transforment en vêtements de protection antifeu après filature, tissage et confection.

A présent, elle va récupérer ces mêmes vêtements une fois hors d’usage pour leur donner une seconde vie très différente.

La filière de récupération-valorisation se met en place depuis le début de l’année dans le Grand Est.

Cliquez sur les photos pour les agrandir.

La démarche est partie du programme d’écoconception CIM-Eco du pôle de compétitivité Fibres Grand Est et du pôle Textile Alsace.

« Deux études préalables cofinancées par Oséo ont validé la capacité technique à recycler ces vieux vêtements sous forme de non-tissés et l’existence de marchés de réutilisation pour la matière ainsi transformée », souligne Christophe Richard, responsable développement des nouveaux marchés.

Pour la récupération des vêtements, Kermel cible en premier lieu les casernes de pompiers ce qui représente environ 100 points de collecte en France pour un potentiel évalué entre 200 et 300 tonnes par an, sachant qu’une partie sera inévitablement inutilisable car trop souillée.

Pour débuter, l’entreprise a acquis 96 conteneurs en février dernier. Elle se propose d’en installer 24 premiers dans des sites-pilotes du Grand Est.

Ces conteneurs sont de même type que ceux utilisés pour la récupération classique de vieux vêtements par des structures d’insertion comme Le Relais, avec lequel Kermel discute d’ailleurs d’un partenariat.

Une fois les vêtements collectés, il s’agit de leur retirer leurs éléments qui ne sont pas en tissu : boutons, fermetures, scratch… Cette tâche serait assurée par des centres d’aide par le travail (CAT). Ensuite le tissu sera effiloché par l’industrie textile - un premier essai a été réalisé dans une usine vosgienne.

« Ces fibres pourront être commercialisées en l’état, ou transformées en des non-tissés de 80 à 1 200 grammes/m2 pour des applications diverses :  automobile (isolation thermique et acoustique sous capot), bâtiment (isolation), protection de toitures ou ferroviaire : ils ont une propriété de retardateur de feu sous les sièges », précise Christophe Richard.

Dans un second temps, Kermel souhaite étendre la récupération aux vêtements de la Police nationale et des Armées.

Christophe Richard, le responsable du développement, avec dans une main un vieux vêtement de pompier, dans l’autre la fibre effilochée qui sera recyclée.
Christophe Richard, le responsable du développement, avec dans une main un vieux vêtement de pompier, dans l’autre la fibre effilochée qui sera recyclée.

Un trophée Alsace Innovation

La valorisation pourra aussi concerner les chutes de tissu au stade de la confection.

Cette filière sera une première. Une fois hors d’usage, les vêtements partent aujourd’hui en enfouissement ou en incinération… où leur combustion est mauvaise. Forcément, puisqu’ils résistent au feu.

Cela évitera aussi le risque que les vêtements se retrouvent entre les mains de plaisantins qui se feront passer pour pompier, policier ou militaire…

L’initiative a valu à Kermel un prix territorial dans le cadre des trophées Alsace Innovation 2012 décernés par l’agence régionale du même nom.

L’entreprise produit chaque année 1 800 à 2 000 tonnes de fibres aramides (synthétiques) antifeu, ce qui représente environ 10 % du marché mondial où ses principaux concurrents sont DuPont, le japonais Teijin et des Chinois. Avec 100 salariés, Kermel réalise 35 millions d’€ de chiffre d’affaires annuel.

Cette ancienne filiale de Rhône-Poulenc et Rhodia devenue autonome du groupe chimique en 2002 a changé d’actionnaire majoritaire depuis mi-2012 : la banque Barclays a cédé ses parts au fonds Qualium (groupe Caisse des dépôts). A l’origine du LBO (Laveraged Buy-out ou acquisition avec effet de levier) il y a onze ans, le management reste au capital.

Kermel s’est diversifiée quelque peu vers des applications techniques comme la filtration de gaz chauds, l’isolation électrique et les circuits imprimés, mais 90 % de ses fibres continuent de se destiner aux vêtements de protection : c’était la volonté du Général de Gaulle de créer une fibre française pour l’Armée qui déboucha un peu plus tard, en 1972, sur la création de Kermel.

Kermel propose d’installer 24 premiers conteneurs dans des sites-pilotes du Grand Est.
Kermel propose d’installer 24 premiers conteneurs dans des sites-pilotes du Grand Est.

Depuis, la clientèle s’est élargie aux pompiers et aux forces de l’ordre. Puis à l’industrie, chimique, pétrochimique et des secteurs divers pour la protection contre les arcs électriques.

Photos : Christian Robischon et Kermel.

 

Commentez !

Combien font "4 plus 5" ?