AVIS D'EXPERT. Les quinze clubs APM de Bourgogne et Franche-Comté étaient dernièrement réunis à la Saline royale d'Arc-et-Senans (Doubs) pour réfléchir sur le processus de décision.

Conseils de Bruno Jarroson, ingénieur Supélec, consultant en stratégie.

 

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Les membres des clubs APM de Bourgogne et Franche-Comté le 10 octobre dernier à la saline royale d'Arc-et-Senans.

 

Pour les deux cents dirigeants d'entreprises de Bourgogne et Franche-Comté, tous membres de l'Association Progrès du Management (APM), réunis le mois dernier à la Saline royale d'Arc-et-Senans (Doubs), prendre une décision fait partie de la vie de tous les jours. Pourtant, une question les taraude presque toujours : est-ce la bonne décision ?

Une préoccupation suffisamment récurrente pour les quinze clubs de l'APM  (Association Progrès du management) Bourgogne et Franche-Comté pour avoir consacré une journée entière à réfléchir au processus de décision.

 

Pour les guider, ils ont choisi Bruno Jarrosson, consultant en stratégie, et auteur d'une pièce de théâtre Le Chemin des dames, jouée par des comédiens devant le parterre de chefs d'entreprise.

 

La pièce narre la réunion historique du 6 avril 1917, dans un wagon en gare de Compiègne, qui devait déboucher sur l'offensive proposée par le général Nivelle, pour rompre le front allemand entre Soissons et Reims. Convoquée par Raymond Poincaré, le président de la République, elle a tenté de mettre d'accord stratèges militaires et dirigeants politiques parmi lesquels le ministre de la Guerre, Paul Painlevé, qui ne croit pas au plan Nivelle et le président du Conseil Alexandre Ribot.

Parmi les personnages, aucun véritable décideur. Pas même Poincaré, qui s’en rapproche, mais ne parvient pas à trancher.

 

jarrossonDécryptage avec Bruno Jarrosson.

 

• Pourquoi est-ce difficile de décider ?

 

D'abord la solitude du décideur. Mais il doit l'assumer : impossible de fuir devant une prise de décision. Il ne suffit pas d'avoir le pouvoir, la fonction, il faut l'habiter.

 

La décision confronte toujours à une incertitude. L'information dont dispose le décideur n'est pas toujours suffisante ou parfaite. Les prévisions, aussi savantes soient-elles, peuvent comporter une marge d'erreur, car personne ne maîtrise l'avenir. Ce serait de l’arrogance de l’affirmer.

Mais à un instant T, il faut avoir le courage de prendre la décision, même si un doute persiste : faire appel à une horde de consultants ou d'experts pour toujours en savoir plus peut révéler au bout d'un moment, une incapacité de prendre une décision.

 

Enfin, toute décision a un enjeu. En avoir conscience conduit à cerner les conséquences de sa décision. Elles peuvent être multiples. Par exemple, dans un licenciement, elles sont à la fois morales, juridiques, financières. Les hiérarchiser aide le décideur à trancher.

 

• Quels conseils donnez-vous pour parvenir à une bonne décision ?

 

Compte tenu de l'incertitude évoquée plus haut, on ne le sait pas, au moment où on la prend, si la décision est bonne ; l'avenir le dira. Au final, une bonne décision est plutôt la moins inacceptable pour le décideur. Cela relève de l'humilité et du courage. Se donner un objectif précis (projet, délai) évite de reculer la prise de décision.

 

La décision n'est jamais totalement rationnelle, même si on l'éclaire avec sa raison en s'appuyant sur une analyse, un raisonnement. Il serait arrogant de dire que les émotions sont absentes du processus de décision, même s'il convient de les maîtriser : par exemple, la colère altère la qualité de la précision.Au final, le courage doit l'emporter sur l'intelligence.

 

Les clubs APM en Bourgogne-Franche-Comté

 

Quinze clubs d’une vingtaine de dirigeants se retrouvent tous les ans pour un séminaire inter-clubs sur un thème en lien avec leur quotidien de chef d'entreprise. Les clubs locaux, eux, organisent une dizaine de rencontres annuelles.

 

Témoignages

 

Jean Genge, P-DG de Cerp Rhin-Rhône-Méditerranée (Alsace)

« C'est un grand bol d’air qui permet de partager avec d’autres chefs d’entreprises qui ont les mêmes préoccupations. Je conçois ces rencontres comme de la formation continue avec comme but de ramener des méthodes dans l’entreprise ».

 

Jean-Yves Cobacho, médecin, centre de radiologie (Dijon)

« Cela me permet de sortir du milieu professionnel et rencontrer des dirigeants d’autres secteurs d’activité. Ces réunions sont de l'auto-apprentissage efficace ».

 

Christine Roslyj, directrice générale de Guillemin (machines outils, Longvic, Côte-d'Or)

« Les échanges restant dans la confidentialité, on peut librement se confier et capter l'expertise d’autres chefs d’entreprises».

 

Prochaines réunions inter-clubs :

Le 27 novembre à Beaune, sur le thème des médias sociaux que beaucoup de chefs d’entreprise refusent d’utiliser faute de connaître les règles du jeu. Avec Christian Dussart, professeur HEC Montréal et Paris.

Le 11 décembre, à Besançon, sur les tribunaux de commerces « Mythes et réalités » avec Pierre Bourgeois, président du tribunal de commerce de Besançon depuis janvier 2014.

 

 

 

 

 

 

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