La carrière alluviale de Marckolsheim, en Alsace.
La carrière alluviale de Marckolsheim, en Alsace.

PORTES OUVERTES. A l’initiative de l’Unicem (Union nationale des industries de carrières et matériaux de construction),  les carrières, gravières  et autres sites de matériaux de construction ouvrent leurs portes au public ce 1er juin.

Zoom sur la filière avec Vincent Tartaglia, président de l’Unicem Alsace et Denis Chevalier, président de Bourgogne-Franche-Comté.

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Les carrières et matériaux, quel poids dans les trois régions ?

Vincent Tartaglia : En Alsace, l'activité représente 2 300 emplois directs dans 149 entreprises pour un chiffre d’affaires de 455 millions d’€ en 2011.

Elles réalisent trois types principaux de production : les granulats (18,7 millions de tonnes en 2011), le béton prêt à l’emploi (près d’1,5 million de m3) et 960 000 tonnes de béton industriel (préfabriqué). S’ajoutent l’extraction du  grès des Vosges (six entreprises) et les carrières d’argile pour la fabrication des tuiles et briques.

Les carrières et matériaux constituent un secteur au poids significatif, insuffisamment connu.

Le Bas-Rhin est par exemple le premier département français producteur de granulats.

Les granulats alsaciens représentent un peu moins de 5 % de la production nationale. Dans le Haut-Rhin, ils sont utilisés à 37 % dans la fabrication des bétons hydrauliques pour le BTP, à 8 % dans les enrobés, le reste étant dédiés aux besoins courants pour la réalisation des ouvrages de génie-civil : canalisations, viabilité urbaine, routes….etc

Denis Chevalier  : En Bourgogne-Franche-Comté, les 384 carrières exploitées par 256 entreprises réalisent un chiffre d'affaires de 677 millions d'€, emploient 3240 personnes et représentent 7600  emplois   induits.

Avec 8,5 tonnes par habitant, la Bourgogne et la Franche-Comté consomment plus de granulats que la moyenne nationale en raison d'un réseau d'autoroutes dense et de grands projets récents comme la LGV Rhin-Rhône.

Des carrières, le public a l’image d’une profession dévoreuse de matière naturelle qui détériore l'environnement. Que répondez-vous ?

Vincent Tartaglia : Que depuis plusieurs années, la profession est entrée dans une gestion bien plus modérée de la ressource minérale. Sa consommation de matériaux naturels a diminué :  en Alsace nous sommes passés d’environ 25 millions de tonnes en l’an 2000 à 16,5 millions de tonnes.

La conjoncture économique a joué dans cette baisse, mais n’est pas le seul facteur. De nouveaux équipements permettent d’optimiser l’extraction en creusant mieux et plus profond pour consommer moins d’espace. Les maîtres d’ouvrages publics veillent à davantage réutiliser des débris directement sur chantier. Et surtout, nous recourrons de plus en plus à la matière recyclée, en valorisant les déchets du BTP issus de la déconstruction en sous-couches routières ou en travaux publics.

Denis Chevalier : La Bourgogne et la Franche-Comté se préoccupent depuis plusieurs années de l'impact des carrières sur l'environnement. Elles comptent parmi les régions qui intègrent le mieux les enjeux patrimoniaux, paysagers et des ressources en eau. La moitié des carrières sont gérées selon une charte environnementale équivalente, voire dépassant l'Iso 14001.

Elle prend en compte pas moins de 80 critères : de la ressource au respect du milieu naturel et, bien évidemment, la restitution du paysage après l'exploitation. Dans les deux régions, les schémas départementaux s'attachent à déterminer les zones à protéger, souvent même au-delà de la réglementation. Celle-ci crée toutefois des paradoxes : par exemple, la substitution des matériaux alluvionnaires par les roches massives va induire un impact CO2 important dû au transport par camions.

Enfin la profession a réalisé des guides sur l'utilisation des matériaux alternatifs avec les syndicats professionnels des travaux publics afin de sensibiliser les maîtres d'ouvrage.

Dans quelle mesure la part du recyclage a-t-elle progressé ? Approche-t-elle de son plafond ?

Vincent Tartaglia : Depuis 2006, la part du recyclage a gagné deux points pour représenter respectivement (fin 2011) 8 et 9 % de la production de granulats dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. L’Alsace se positionne dans le peloton de tête français derrière l’Ile-de-France et Rhône-Alpes. Cette part du recyclé approche même les 20 % pour la valorisation en sous-couches d’enrobés.

L'installation de tri des déchets de déconstruction à la carrière de Merey-sous-Montrond (Doubs).
L'installation de tri des déchets de déconstruction à la carrière de Merey-sous-Montrond (Doubs).

La densité urbaine de la région représente un atout de ce point de vue : les lieux où s’opère une déconstruction sont proches des plates-formes de récupération de déchets du BTP, ce qui incite à recycler. Toutefois, nous approchons effectivement d’un plafond. L’Alsace concentre quelque 80 plates-formes de regroupement-tri-concassage/criblage,  ce qui est déjà beaucoup.

Mais il existe des marges possibles de progression. Sur le plan technique, par de nouvelles valorisations en béton (la profession planche sur le sujet au niveau national avec son projet Recybéton). Et sur le plan administratif, si les donneurs d’ordre publics décidaient de relever le seuil d’incorporation de recyclé dans leurs appels d’offres de chantier. L’obtention, que la profession revendique de longue date, d’un statut de produit de construction au lieu d’un « déchet » ferait grandement avancer les choses.

Enfin sur le plan économique, l’utilisation du recyclé est très sensible à l’évolution du prix du pétrole, matière première de l’enrobé. Et là, nous ne pouvons que suivre ce qui se passe.

La position frontalière ouvre-t-elle l’accès aux gisements des pays voisins ?

Vincent Tartaglia : Le cas reste limité. Dans la relation avec la Suisse, le site Gravières et Matériaux Rhénans - RM3F (Recyclage des matériaux des Trois Frontières) que je dirige à Hégenheim (Haut-Rhin) est à ma connaissance le seul à s’approvisionner en déchets de construction de l’agglomération de Bâle. Nous souhaitons tirer parti du savoir-faire ancien de Bâle dans la déconstruction en milieu urbain. Il a fallu pour cela trouver un mode d’application opératoire de la directive européenne sur les mouvements transfrontaliers de déchets que puissent agréer à la fois la Dreal, les Douanes, les cantons de Bâle et l’Etat fédéral suisse.

Chaque année, nous importons entre 45 et 70 000 tonnes de déchets bâlois du BTP, essentiellement du béton armé débarrassé de son armature en fer et des plaques d’enrobé. Cet apport est significatif en comparaison des 70 à 80 000 tonnes annuelles de sables et graviers naturels que nous consommons. Il a donné au site sa taille critique.

Nous importons via une société suisse de travaux publics, Gschwind qui apporte ses déchets de chantier. Gschwind détient 5 % de RM3F qui est contrôlé pour le reste par Gravières et Matériaux Rhénanes, filiale d’Eiffage.

La valorisation, en revanche, s’opère majoritairement sur le territoire français des Trois Frontières. Le procédé repose sur un concassage à sec pour l’obtention de granulats tout béton ou mix enrobés/béton, utilisés dans les travaux publics.

Les sites participants aux portes ouvertes du 1er juin :

ALSACE

Dans le Bas-Rhin : Bischwiller (avec la centrale à béton prêt à l’emploi et l’usine de préfabrication de béton), Weyersheim, Valff et Marckolsheim.

Dans le Haut-Rhin : Niederhergheim, Herrlisheim-près-Colmar (avec la centrale de béton prêt à l’emploi) et Hégenheim (et son activité recyclage).

La carrière de pierre calcaire de Comblanchien accueille samedi à la tombée de la nuit, un spectacle son et lumière pour célébrer la candidature des vignobles de Bourgogne à l'Unesco.
La carrière de pierre calcaire de Comblanchien accueille samedi à la tombée de la nuit, un spectacle son et lumière pour célébrer la candidature des vignobles de Bourgogne à l'Unesco.

BOURGOGNE

En Côte-d'Or : Pont de Colonne et Comblanchien.

Dans l'Yonne : Pont sur Yonne

FRANCHE-COMTÉ

Dans le Doubs: Merey-sous-Montrond (et son installation de recyclage) et Chemaudin.

Photos : Unicem.

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