jpdAVIS D’EXPERT. Jean-Pierre Deramecourt, président du directoire de la Caisse d’Épargne de Bourgogne Franche-Comté, contredit l’opinion communément admise d’une frilosité bancaire en matière de crédit et s'emploie à le démontrer.

Il explique néanmoins que les normes internationales dites de « Bâle » imposent aux organismes de financement de l’économie des restrictions drastiques en matière de prise de risque.

À l’aube de cette nouvelle année, entretien plutôt optimiste avec ce banquier mutualiste qui assure qu’un bon projet trouve toujours les crédits correspondants. A bon entendeur...

 

• On vous accuse de retarder une relance de l’économie au nom d’une frilosité devenue presque un réflexe. Les banquiers d’aujourd’hui sont-ils de véritables empêcheurs de tourner en rond ?

 

Je m’inscris en faux contre cette opinion communément admise et largement relayée. Les banques prêtent et depuis 2008, leurs encours dépassent largement l’évolution du produit intérieur brut (PIB). Le taux d’acceptation est, en outre, élevé, surtout pour les PME et les TPE : 7/10 pour les crédits de trésorerie et 9/10 pour les crédits d’investissement. En France, la croissance globale des crédits alloués aux entreprises est l’une des plus fortes de la zone euro.  Entre décembre 2008 et mars 2014, elle s’élève à + 1,5%, contre + 0,6% pour l’Allemagne, pays qui nous sert souvent de référence.

 

Je ne veux pas assommer vos lecteurs de chiffres, mais en 2014, 2000 milliards de crédits bancaires ont été distribués, dont 827 milliards aux entreprises (+1,8%) et cela dans une conjoncture où les banques sont en concurrence forte avec les marchés financiers. Car en 2009, les marchés finançaient 30 % de l’économie, aujourd’hui c’est 38 %. Pour terminer sur ce point, j’ajoute que nous pourrions prêter beaucoup plus mais nous ne trouvons pas en face suffisamment de projets d’investissement, tant pour les entreprises que pour les particuliers.

 

acceptation 

 

• Vous ne pouvez tout de même pas nier que vous êtes de plus en plus regardant dans l’étude d’un dossier ?

 

Je vous dirais même, que nous sommes de plus en plus attentifs et parfois de plus en plus exigeants. Tout projet n’est pas forcément viable. C’est notre responsabilité de le dire pour empêcher un porteur de projet d’aller dans le mur et de perdre sa chemise. Maintenant, il faut savoir que les contraintes réglementaires, imposant de plus en plus de fonds propres, nous obligent aussi à cela.

 

Ce sont les fameuses normes Bâle 1, 2 et 3, destinées à éviter une nouvelle crise financière comme celle de 2008. Elles durcissent de plus en plus notre marge de manœuvre en nous imposant, pour emprunter, de le faire en fonction de notre capacité à résister à la gravité et de la durée d’une crise importante.

 

C’est très technique, mais je vais vulgariser l’explication. Bâle 2 demandait aux banques de détenir 8% de fonds propres, dont 4,5% de fonds propres dits très purs. Avec Bâle 3, le ton s’est dorénavant durci à 14,5%, voire 18% de fonds propres. Nous devons donc avoir une couverture du risque plus élevé ou le faire payer plus cher.

 

• Les chargés d’affaires, et notamment les vôtres, ne passent-ils toutefois à pas à côté de bons projets ?

 

Nous ne sommes pas parfaits et des erreurs peuvent être commises. C’est pourquoi, nous dégageons un budget de formation très important pour que nos commerciaux sur le terrain puissent mieux appréhender la réalité d’une création, d’une reprise ou d’un développement d’entreprise, et soit à l’aise en matière d’ingénierie financière pour offrir la meilleure solution.

 

Ceci étant dit, nous ne devons pas être trop mauvais si je m’en réfère à nos derniers résultats connus. Sur le marché des entreprises, la production nouvelle de crédit de la Caisse d’Épargne Bourgogne Franche-Comté à fin octobre 2014 s’élevait à 120 millions d’€.

 

Les encours des crédits court, moyen et long terme sont ainsi passés de 620 millions à 645 millions, soit une augmentation de 4 % sur l’année. Le marché des professionnels aura pour sa part engagé 125 millions d’€ de crédits moyen et long terme. Au 31 octobre 2014, les encours sur ce marché ont progressé de 32 millions d’€, gonflant notre stock à 468 millions, soit une évolution positive de 7.3 % des encours.

 

croissancecredit

 

• Les Caisses d’Épargne sont connues pour financer les collectivités locales. Craignez-vous que ce marché devienne à haut risque en raison de leur fort endettement et de rentrées financières de moins en moins importantes ?

 

Le risque zéro n’existe pas. Avec 30% de parts de marché sur les régions Bourgogne et Franche-Comté qui n’en feront bientôt qu’une, je garde, bien évidemment, un œil sur l’évolution des collectivités locales. Aujourd’hui, je ne suis pas inquiet, elles sont toujours solvables. Reste que les économies doivent être à l’ordre du jour et en premier lieu de fonctionnement, car il est très dangereux de ne plus investir.

 

• Êtes-vous optimiste pour cette année ?

 

Des indicateurs sont très favorables : taux de crédit bas, baisse du prix des matières premières, baisse de l’euro, mais notre économie ne se réforme pas assez vite. Je ne suis pas un politique, mais il est temps d’agir pour la libérer, avec moins de lourdeur administrative, un droit du travail plus adapté, une fiscalité plus claire et des charges moins élevées. Pour conclure, je répète que nous demandons plus de projets solides que nous nous ferons un plaisir d’accompagner.

 

creditpib 

 

Chiffres clés de la Caisse d’Épargne Bourgogne Franche-Comté :

330 millions d’€ de résultat net bancaire (chiffre d’affaires) ; 1700 personnes ; 227 agences et une dizaine de centre d’affaires ; 17 milliards de total de bilan.

 

jeanpierrederamecourtQui est Jean-Pierre Deramecourt ?

 

Nommé président du Directoire de la Caisse d’Epargne de Bourgogne Franche-Comté depuis le 1er février 2012, Jean-Pierre Deramecourt préside, par ailleurs, le Comité des Banques de la Fédération Bancaire Française depuis le 2 avril dernier.

 

Après une maîtrise de sciences économiques, cet homme de 59 ans débute sa carrière en 1981, à la Société Générale. En 1989, il intègre la Kansallis Osake Pankki, banque finlandaise, où il prend la responsabilité de l’activité commerciale des marchés des entreprises et collectivités locales sur le territoire français.

 

Deux ans plus tard, sa carrière évolue au sein de KPMG Peat Marwick Consultants, pour piloter des missions stratégiques dans le domaine bancaire. C’est en 1994, qu’il rejoint le réseau des Caisses d’Épargne, au directoire de la Caisse d’Épargne de Bourgogne où il sera successivement en charge de l’informatique et de l’organisation, de la production bancaire puis des ressources humaines. En 2000, il est nommé au Directoire de la Caisse d’Épargne Île de France Ouest, avant d’en devenir dirigeant exécutif. D’octobre 2007 à janvier 2012, il présidait la Caisse d’Épargne d’Alsace.

 

4 commentaire(s) pour cet article
  1. Predatoutheuredit :

    Ben dites moi, il vaut mieux entendre cela que d'être sourd...! Les banques n'ont pas assez de projets, NON MAIS, de qui se moque-t-on ? Les banques ont tellement mangées les Dépôts à notre insu, qu'elles n'osent plus remettre de l'argent dans le circuit et pourtant c'est la seule solution pour relancer l'économie et l'optimisme des entreprises. Mais lorsque que l'on demande 4 millions d'investissement sur 5 ans avec un cash flow de 1,2 million annuel. Tout payé et à un taux de prêt de 8,25% offert face à un Euribor a 0,271. La seule chose que l'on demande est de mettre sur la table 30% de l'investissement global. ALORS, la désinformation STOP...! Cordialement Arnold

  2. Guyarddit :

    Bonjour, En lisant la réaction de M. Chavand Rollkers, je suis retourné 30 ans en arrière lors d'une discussion avec le fondateur de la société Pavé Daphinois (qui voulait développer la fabrication de fromages par un procédé innovant d'ultrafiltration). Il me disait que toutes les banques lui claquaient la porte au nez. Seul, le petit banquier du coin, qu'il connaissait, avait pris le risque de lui accorder un prêt de quelques dizaines de milliers d'euros. Quand la société commençait à bien marcher (elle existe toujours), les banquiers qui avaient refusé revenaient car ils sentaient le bon filon! Lorsque la confiance locale est remplacée par la norme, les initiatives locales (potentiellement mondiales) peuvent "crever" ou aller là où l'argent tourne plus vite. Dommage pour nous

  3. La rédaction de Traces Ecrites Newsdit :

    Commentaire reçu dans la boîte mail de la rédaction: « Je suis extrêmement choqué par les propos de Jean-Pierre Deramecourt, dans l'article que vous venez de publier: "Les banques pourraient prêter plus, mais il n'y a pas assez de projets d'investissements". Le titre lui-même est à la limite de la publicité mensongère ! En effet, à la suite d'une invention qui s'avère révolutionnaire, j'ai créé en 2012 la société ROLLKERS SAS en Bourgogne, et prospecté intensivement pendant deux ans les nombreux partenaires institutionnels "d'aide à l'innovation" et les banques. Réponses toutes négatives, à l'exception de BPI France qui nous a alloués 50k€ pour un budget de plus de 140k€ à l'époque. ROLLKERS SAS a aujourd'hui un capital propre de 400k€, issus de 22 actionnaires uniquement privés que j'ai réussi à convaincre. Elle doit désormais industrialiser son prototype pour un coût estimé actuellement à 3M€. Au frais de ROLLKERS SAS, ce prototype vient d'être présenté au CES de Las Vegas, où il a fait un incroyable buzz dans la presse mondiale, ce qui est aisément vérifiable simplement en tapant "ROLLKERS" dans Google ou Youtube ou Facebook. A noter que c'est seulement de cette façon qu'il commence à être bien connu en France. Le résultat concret du CES est que nous sommes en contact avec des investisseurs étrangers, avec même une proposition alléchante d'hébergement facilitateur aux USA. Ce projet était pourtant connu depuis au moins un an en Bourgogne, et il s'agit véritablement d'un projet d'investissement. Pourquoi la Caisse d'Epargne Bourgogne Franche-Comté n'a-t-elle pas fait le moindre pas vers ma société ? Pourquoi aucun des acteurs d'aide à l'innovation, que je me suis usé à prospecter, ne m'y a-t-il pas envoyé sur le champ ? Comment une Banque locale peut-elle oser affirmer publiquement qu' "il n'y a pas assez de projets d'investissements" ? Je lui propose bien volontiers mon projet ! Ce que j'ai constaté en revanche, c'est que les projets qui intéressent banquiers et fonds d'investissement, semblent désormais être les projets quasi-financés, sécurisés, et sur lesquels la Banque est sûre de faire de l'argent. Si c'est bien le cas, il vaudrait mieux écrire qu' "Il n'y a pas assez de projets d'investissements sécurisés et rentables pour la Banque", ce qui serait beaucoup plus exact, mais certes moins vendeur. A force de peiner à développer de la richesse dans mon pays, je pense que je vais, comme tant de français avant moi, m'installer en Californie, où je suis cordialement invité, et où les propos des acteurs éminents sont beaucoup plus crédibles. Je serais très honoré que vous transmettiez mon message à Monsieur Deramecourt, et je suis prêt à le rencontrer rapidement si toutefois je me trompe. La suite devrait alors montrer qui a raison.» Très cordialement, Paul CHAVAND ROLLKERS S.A.S.

  4. LGDdit :

    Merci pour cet article bien documenté. Il est parfois nécessaire d'être factuel pour être compris !

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