Nous marquons la première pause de l'année, à l'occasion des congés de cette fin février. Durant cette semaine, nous vous proposons de revenir sur quelques actualités marquantes du début d'année en Bourgogne-Franche-Comté et dans le Grand Est. Aujourd'hui : Sofidel. Le groupe papetier italien a annoncé un investissement dans une seconde chaudière biomasse sur son site nancéien d'un peu plus de 500 salariés. La combustion de 22.000 tonnes annuelles de reliquats de l’exploitation forestière va diminuer les émissions de C02 de ses procédés de séchage pour sa production de papiers d'hygiène.


ARTICLE PARU LE 13 FEVRIER 2024

Les marques de papiers à usage domestique Le Trèfle et Sopalin sont bien connues des Français. C'est moins le cas de l’usine lorraine qui les fabrique. Facilement identifiable par les spectaculaires panaches de vapeur d’eau qui s’en élèvent, le site Sofidel de Frouard (Meurthe-et-Moselle), au nord de Nancy, est considéré comme « intensif » en énergie, à l’image de toute l’industrie papetière, grosse consommatrice de gaz et d’électricité. D’où le projet qu’il engage en vue de réduire sa dépendance vis-à-vis des ressources fossiles et d'abaisser ses émissions de CO2.

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Le process de séchage des machines à papier sera décarboné à 95% à l’horizon 2025. © Sofidel


Sa maison-mère, l’entreprise familiale italienne Sofidel, qui compte une seconde implantation en France à Roanne (Loire), a annoncé investir 12,5 millions d’€ afin de le doter d’une seconde chaudière (8 mégawatts) alimentée en biomasse forestière, à l’horizon 2025. Le projet dont les travaux devraient démarrer à l’automne 2024 est cofinancé par l’agence de la transition énergétique Ademe dans le cadre de l’appel à projets national BCIAT (Biomasse Chaleur pour l'Industrie, l'Agriculture et  le Tertiaire).

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La production de cellulose, première étape de la fabrication de papiers d’hygiène (essuie-main, papier toilettes, mouchoirs, etc.) « nécessite 95% d’eau et 5% de fibres de bois », explique Sylvain Bickel, le responsable opérationnel de Sofidel France. Evacuer cette eau s’avère par conséquent indispensable afin de récupérer la fibre de papier. L’essorage mécanique est complété par des procédés d’évaporation thermique particulièrement énergivores. Les efforts en matière d’efficacité énergétique menés entre 2007 à 2011 ont déjà abaissé la consommation de l’usine de 11 %.

L’investissement dans un première chaudière biomasse de 10 mégawatts, en 2011, a permis de décarboner à hauteur de 65% la vapeur produite par le cylindre sécheur . « Grâce à ce second projet dans une chaudière biomasse, 95% de l’énergie liée au séchage du papier sera désormais décarbonée », se félicite le responsable.

 

Encore 5% de gaz à éliminer

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Les deux chaudières biomasse consomment 22.000 tonnes par an de plaquettes forestières, stockées sur le site de l'usine. © Sofidel


En comptabilisant les deux chaudières, le bilan carbone de l’usine de Frouard se voit soustraire 21.000 tonnes de CO2 par an, en ligne avec les objectifs de son propriétaire transalpin, un groupe de 6.800 salariés (chiffre d’affaires de 2,8 milliards d’€). Sofidel s’est en effet engagé pour la préservation du climat dès 2008, dans le cadre du programme « Climate savers » du WWF (World Wildlife Fund). Il vise la neutralité carbone vers 2050.

Pour l’aider à atteindre ce graal environnemental, le site lorrain puise sa ressource en bois à 80% dans le Grand Est, complété à 15% de la Bourgogne-Franche-Comté et à 5% de l'Allemagne et de la Belgique. L'alimentation des deux chaudières requiert la consommation, chaque année, de 22.000 tonnes de « plaquette forestière », un produit obtenu par broyage de résidus issus de l’exploitation de la forêt, ou de bois de faible diamètre ou de faible qualité.

 

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Reste à gravir une ultime marche : éliminer les 5% de gaz naturel encore nécessaires au process de séchage. Sylvain Bickel envisage, à ces fins, le remplacement de la technologie des brûleurs à gaz utilisée pour faire souffler de l’air chaud sur le papier. Si l’usine de Roanne (220 salariés) a déjà expérimenté le biogaz, l’hydrogène vert constitue « une autre piste sur laquelle nous nous penchons », évoque-t-il.

Ces projets de décarbonation et d’indépendance énergétique doivent contribuer à pérenniser les 503 emplois du site nancéien. Certes, son marché dit des « papiers d’hygiène » demeure particulièrement stable, avec des produits commercialisés en France, au Bénélux et en Allemagne, sous ses marques propres, mais surtout sous des marques de distributeurs. Toutefois, les coûts énergétiques demeurent l'une de ses principales charges, avec les achats de plaquettes forestières et les transports.

 

Une des dernières chaudières biomasse autorisées dans le Grand Est ?

La chaufferie de Sofidel pourrait figurer parmi les derniers grands projets de chaufferies biomasse industrielles autorisés à fonctionner à partir de résidus forestiers dans le Grand Est. En effet, le réchauffement climatique réduit le rythme de renouvellement des massifs régionaux.

Le dernier Inventaire forestier national (IFN) montre que dans le Grand Est, le solde entre la production, les prélèvements et la mortalité est quasi nul sur la période 2013-2021. Or depuis deux ans, les subventions allouées en France aux entreprises et collectivités pour la production de chaleur renouvelable - biomasse, mais aussi solaire, géothermie et méthanisation - ont plus que doublé.

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