L’impulsion de la troisième génération de dirigeants familiaux incite Chêne de l’Est, situé à Hambach (Moselle), à franchir le cap d’une implantation aux États-Unis. Le groupe familial de 180 salariés vient de racheter son homologue, le parquetier Authentic Reclaimed Pine à Atlanta. L’entreprise investit parallèlement 2,8 millions d’€ en Moselle.


Les lames de parquet sont exposées dans une penderie, telles des chemises sur leurs cintres, dans le hall d’entrée de Chêne de l’Est à Hambach (Moselle) ; manière de rappeler que l’entreprise entend tenir son rang de reine du « prêt-à-poser. »  Sûr de ses atouts, le groupe familial de 180 salariés est parvenu à s’implanter récemment aux Etats-Unis, marché où il exporte ses produits depuis une quinzaine d’années.

En effet, Chêne de l’Est annonce avoir pris au premier trimestre une participation majoritaire dans Authentic Reclaimed Pine une entreprise de parqueterie basée à Atlanta (Virginie). « Nous recherchions un partenaire industriel et commercial outre-Atlantique. Le hasard nous a mis en relation avec cette entreprise familiale de 25 salariés dont la vision est proche de la nôtre, mais dont la capacité de production nettement moindre que celle de Chêne de l’Est (400.000 m²). Notre stratégie va consister à nous appuyer sur les réseaux commerciaux d’Authentic Reclaimed Pine aux Etats-Unis pour augmenter nos exportations », expose Raymond Bach, le directeur général de Chêne de l’Est.


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L’export demeure le principal levier de développement de Chêne de l’Est qui y réalise 40% de son chiffre d’affaires. Après avoir tenté de conquérir les marchés russe et chinois, sans succès, l’engouement des Américains pour le luxe à la française a convaincu l’industriel mosellan de s’engager dans une opération de croissance externe.

Le responsable des achats de bois, Didier Daclin, explique que « jusqu’à présent nous répondions à des marchés au coup par coup. Chêne de l’Est a par exemple fourni plus de 3000 m² de parquets pour un grand hôtel de Las Vegas ! ». L’entreprise qui fabrique ses parquets à la demande, s’est fixée comme objectif d’envoyer un à trois conteneurs par mois outre-Atlantique où elle peut désormais établir un stock avancé.

Cette opération de croissance externe préparée de longue date résulte de l’arrivée de la troisième génération de dirigeants familiaux représentée par Sébastien Bach, 36 ans. Le jeune directeur financier est revenu en France en janvier 2020 afin d’apporter sa pierre à l’entreprise familiale après dix années passées dans une banque d’affaires au Luxembourg. Il est appelé à succéder à Raymond Bach, qui dirige la société avec ses trois frères et sœurs.


Pétition contre l’appétit chinois pour les chênes français

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Le soutien du plan de relance permet à Chêne de l’Est d’intégrer un nouveau logiciel de gestion (ERP) comprenant le pilotage de la production. © Philippe Bohlinger

 

La transmission de l’entreprise fondée en 1960 par Joseph Bach se dessine également à chacun des pôles stratégiques de l’entreprise. Thierry Bach, autre représentant de la troisième génération, est d’ores et déjà responsable qualité, ainsi que Cynthia Bach qui a vocation à reprendre le pôle comptabilité et Julien, le pôle des achats de bois.  

Le seul obstacle aux projets de Chêne de l’Est se situe en amont de la chaîne de valeur, au niveau de la disponibilité de sa matière première, les « grumes », autrement dit les troncs d’arbres. Selon un rapport de la Fédération nationale du bois, la disponibilité de grumes de chênes pour les scieries françaises a été divisée par deux entre 2007 et 2020, en raison de l’action conjuguée de la baisse de la récolte et de la hausse des exportations.

L’inquiétant appétit des importateurs chinois a conduit récemment Chêne de l’Est à signer aux côtés de 3.500 professionnels du secteur, une pétition pour « Sauver la scierie française ». Les représentants de la filière ont d’ailleurs été reçus le 10 juin dernier par le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie.

 

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« Nous disposons d’un stock tampon de six mois à Hambach et Rambervilliers, ce qui nous permet de ne pas subir les problématiques de disponibilité des grumes et de fluctuation des prix. Nous avons également noué un partenariat avec la coopérative forestière Forêts et bois de l’Est et l’Office national des forêts (ONF) qui assurent 20% de nos besoins. Nous signons un contrat de sécurisation en septembre avec un prix fixe par catégorie de produit », conclut Didier Daclin.

Dans ce contexte, l’entreprise peut se permettre d’accélérer son développement, ainsi qu’en témoigne l’investissement de 2,8 millions d’€ en cours à Hambach dans l’agrandissement de ses bureaux, le renouvellement d’une chaudière, la construction d’un bâtiment de stockage, l’installation d’une nouvelle chaîne de finition et le renouvellement de son ERP.

 

Un groupe familial de 5 entreprises dans le Grand Est


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Une partie de la famille Bach : au centre, Brigitte et Raymond Bach, les dirigeants actuels, entourés du frère de ce dernier Jean-Michel, directeur commercial et son épouse Elisabeth (communication, promotion) ainsi que du responsable des achats de bois, Didier Daclin (tout à gauche). © Philippe Bohlinger

Le groupe familial de 180 salariés (chiffre d’affaires de 30 millions d’€) est composé d’une mosaïque de cinq entreprises dans le Grand Est qui lui permettent de couvrir l’ensemble des opérations : sciage, fabrication de parquets massifs/contrecollés et finition. Il s’agit de Chêne de l’Est à Hambach (Moselle), d’Industrie Vosgienne du Bois à Rambervillers (Vosges), de France Finition à Servigny-lès-Sainte-Barbe (Moselle) et de Parquets Lemoine à Darney (Vosges).
La dernière opération en date, avant le rachat de l’Américain Authentic Reclaimed Pine cette année, a été la reprise en 2017 de Huot Parquets à Troyes (Aube), dans le cadre d’un dépôt de bilan. La production de cette entreprise est pour sa part destinée aux grands chantiers.

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