A Nancy, le dernier fabricant français de matériel de soudage au gaz Hampiaux innove en proposant de former les distributeurs, mais aussi les utilisateurs de ses équipements. Ce service incarne la dynamique impulsée par Alexandrine Charonnat depuis la reprise de cette entreprise familiale en 2020.


« Il faut sortir de l’âge des haut-fourneaux et ne plus se contenter de fabriquer des biens manufacturés sans regarder au-delà », martèle Alexandrine Charonnat, directrice générale des établissements Hampiaux à Nancy (Meurthe-et-Moselle). L'énergique entrepreneuse de 39 ans s’applique ce principe à elle-même, en cultivant l’innovation à tous les étages de sa société, dernier fabricant français de matériels de soudage au gaz.

Alexandrine Charonnat se savait attendue sur le terrain de la recherche-et-développement lorsqu’elle a pris les rênes de la société en avril 2020, en pleine pandémie de Covid. « Le marché exigeait de notre part un effort sur l’innovation. Les distributeurs de nos chalumeaux, raccords rapides et systèmes de détente et de distribution du gaz, ont attiré mon attention sur le fait que notre catalogue avait vieilli. Mais il est impossible de lancer un nouveau produit en six mois ! Nous avons donc commencé par ce qui fonctionne à court terme : l’innovation non technique, dans les services », éclaire la directrice générale.

 

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L’entreprise acquise par son père Thierry Chapusot - président d’Equasens (anciennement Pharmagest), un éditeur de logiciels de santé basé à Nancy - s’est mue ainsi en organisme de formation reconnu via la certification ad hoc Qualiopi. Hampiaux propose quatre cursus à l’attention des utilisateurs de ses produits mais aussi de ses clients, les distributeurs de fournitures industriels.

 « La quasi-totalité de nos insatisfactions clients est liée à une mauvaise utilisation. C’est pourquoi, nous proposons à nos clients de commencer par une visite préventive de leurs ateliers. Nous partons du gaz conditionné pour aller jusqu’au chalumeau », décrit Alexandrine Charonnat.

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Hampiaux est positionné sur un marché mondial composé seulement d’une dizaine d’acteurs, celui du soudage au gaz. © Philippe Bohlinger


Cette partie « services » constitue également un moyen de se distinguer de la concurrence dont les tarifs seraient en moyenne 10 à 20% inférieurs. Hampiaux est en effet positionné sur un marché mondial réduit à une dizaine d’acteurs  par ailleurs polonais, italiens, turques, mais aussi asiatiques.

« Nous tirons notre épingle du jeu en apportant un service, un accompagnement, une expertise. Mais le combat reste difficile face à des produits turcs dont les prix sont équivalents au coût de notre matière première ! », pointe la dirigeante. Malgré ce contexte concurrentiel, Hampiaux a fait passer la part de ses ventes à l’export de 15 à 35% depuis son arrivée il y a trois ans.

Pour l’entreprise de 35 salariés (chiffre d’affaires de 10 millions d’€ en 2022), le fait de développer de nouveaux produits présuppose  d’arriver à maintenir sa compétitivité. Alexandrine Charonnat œuvre actuellement en ce sens au sein de l’association européenne de soudage EWA (European Welding Association). Elle participe au montage d’un dossier « anti-dumping » visant à rétablir une concurrence loyale avec les produits importés de pays tiers.

En mars dernier, elle a également alerté le cabinet du ministre délégué à l’Industrie Roland Lescure sur l’inexistence de laboratoires français capables de certifier ses produits commercialisés sous la marque « Le Lorrain ». « Nous faisons actuellement certifier nos gammes aux Etats-Unis, ce qui augmente de 5% le prix de revient d’un produit », regrette-t-elle.

 

Féminiser les métiers du soudage

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L’entreprise fabrique des chalumeaux, des raccords rapides et des systèmes de détente et de distribution du gaz. © Philippe Bohlinger


En termes d’innovation « produit », Hampiaux a développé un détendeur à débit très faible, un produit adapté aux besoins de la lutte contre le moustique par pulvérisation. A côté de ses marchés traditionnels (métallurgie-sidérurgie et chantiers navals), l’entreprise détentrice de quatre brevets veut également se diversifier dans le secteur du traitement de l’eau ou encore de l’aéronautique. Au niveau de sa production, elle a investi dans l’automatisation du contrôle rapide des fuites avec l’appui de France Relance. Cette vérification était jusqu’à présent réalisé manuellement.

C’est enfin dans les ressources humaines que la directrice générale, passée par le fabricant d’autoradios Clarion, la direction des programmes e-santé d’Equasens et l’assureur Allianz, prolonge sa politique d'innovation. Alexandrine Charonnat encourage les profils féminins au sein d'Hampiaux, via la mise en place d’un comité de direction mixte, le doublement du nombre de femmes dans ses ateliers et la sensibilisation des sociétés d’intérim. Du chemin reste cependant à parcourir, juge-t-elle, depuis l'événement que constitua en 2020 la première désignation d'une femme comme Meilleur ouvrier de France en soudure.

 

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L’entreprise collabore également avec un établissement et service d’aide par le travail (Esat) de l’agglomération nancéienne sur la partie d'assemblage de ses produits, avec l’objectif de faire venir les travailleurs en situation de handicap au sein même de ses ateliers.

Cette attention au facteur humain se révèle payante, selon Alexandrine Charonnat. « Sans nous en rendre compte nous avons développé une image, une marque employeur comme on dit dans le jargon, qui facilite notre recrutement. Des candidats viennent à nous parce qu’ils ont vu les publications en ligne où nous mettons en avant nos salariés, où nous valorisons le made in France, etc. »

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