L’industrie cimentière génère 7 à 8 % des émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2). La technologie développée par JPS Granulats réduit cet impact de 15 à 30 %. Mais il faut faire valider la nouvelle « recette » de ciment par l’Europe. Pour la petite entreprise de Nuits-Saint-Georges, la procédure a déjà nécessité 6 millions d'€ d’études et d’investissements.
Les bureaux de JPS Granulats occupent un petit bâtiment blanc avec vue sur les vignes, au pied d’une ancienne carrière calcaire. Cette entreprise basée à Nuits-Saint-Georges (Côte-d'Or), fondée en 2003 par Olivier Stocker – 26 salariés et un chiffre d'affaires de 10 millions d'€ de chiffre d’affaires en 2022 – mène pourtant, sans relâche depuis plusieurs années, un combat pour faire évoluer la réglementation et abaisser l’impact environnemental de l'industrie du ciment.
Au départ, JPS Granulats était simplement exploitant de carrières, son premier site se trouvant à Villers-la-Faye, le second, qu’il a racheté en 2008, à Plombières-lès-Dijon. Mais depuis 2009, la société s’est lancée dans la production de béton prêt à l’emploi, dans trois unités situées dans le Dijonnais et le Chalonnais. Ses matériaux ont servi à construire, entre autres, le tunnel de la Lino la liaison nord dijonnaise, l’hôpital privé de Valmy, le Muséoparc Alésia ou encore l’hôpital de Chalon-sur-Saône.
« Le problème du béton, c’est que sa fabrication génère en amont une forte émission de CO2, souligne Olivier Stocker. Pour en produire 1 mètre cube, il faut en CO2 l’équivalent des émissions de 75 litres de diesel. » En cause : le clinker, matière de base qui entre dans la composition du ciment, lui-même composant du produit final à hauteur de 300 kilos environ pour 1 mètre cube de béton.

Le clinker constitue une colle très prisée, car elle permet de travailler le béton par tous temps, entre - 5 et + 30 degrés. Pour le produire, il faut cuire à plus de 1 400 degrés un cocktail composé de 20 % d’argile et de 80 % de calcaire. Problème : il est polluant. Le clinker représente en effet la quasi-totalité des rejets de CO2 occasionnés par la production du béton. La clé pour réduire l’impact environnemental du béton réside donc dans le remplacement d’une partie de ce clinker par un autre matériau.
JPS Granulats a trouvé une solution : un calcaire micronisé, c’est-à-dire un granulat réduit en poudre de 80 microns. Mais si l’idée est belle, sa concrétisation est un défi. « Ce n’est pas un obstacle technique, car nous savons parfaitement produire un ciment aussi efficace et moins polluant, mais un problème administratif, car il faut homologuer ce ciment à l’échelle européenne, et là c’est un combat ! », explique Olivier Stocker.
Plusieurs certifications décrochées

La première bataille, JPS Granulats l’a gagnée en construisant une usine à Villers-la-Faye, reconnue cimenterie par le label CE en 2015 puis par la certification NF pour les cimenteries par mélanges en 2018. « Cette année-là, nous avons fait bouger les lignes : c’était la première fois qu’un producteur de granulats et non de clinker pouvait obtenir ce label pour fabriquer du ciment. »
La PME nuitonne gagne une deuxième partie en décrochant une autre certification NF qui l’autorise à introduire 30 % de granulat micronisé dans son ciment. « Mais nous avions la conviction qu’on pouvait aller plus loin, indique Anna Laure Pato, responsable qualité de JPS Granulats. En six mois seulement, entre janvier et juin 2022, notre équipe a mené l’étude, en lien avec le Laboratoire d’essais des matériaux de la Ville de Paris et le Syndicat français de l’industrie cimentière (SFIC), sur la base de 23 compositions », relate son dirigeant.
Cette étude, l'entreprise en a porté le coût de 500.000 € – plus précisément par la start-up 2170 créée et dirigée par Olivier Stocker –, ce qui fait bondir son dirigeant : « Nous n’avons pu obtenir aucune subvention alors que notre projet relève de l’intérêt public. Si le ciment à faible teneur en clinker était généralisé, les rejets de CO2 mondiaux diminueraient de 2 % ! Nous agissons concrètement contre le changement climatique, dans l’indifférence générale ».
Le député du Doubs Éric Alauzet a bien interpellé le gouvernement sur le sujet, mais sans obtenir une seule réaction de celui-ci. Les études indiquent qu’il est possible de fabriquer un ciment intégrant 50 % de calcaire micronisé en remplacement du clinker, pour obtenir un produit fini de même qualité et au même prix sur le marché. L’Europe reste pourtant bloquée à 35 % dans sa toute dernière norme prEN 197-6 pour les ciments à base de matériaux recyclés. Et encore a-t-il fallu batailler au printemps 2022, au cours de plusieurs réunions de commissions, pour obtenir cette avancée.
Or, dans le même temps, le Centre d’études et de recherches de l’industrie du béton (Cerib) indique que le taux de matériaux de substitution comme le calcaire micronisé pourrait être porté à 75 % sans conséquence sur la qualité du ciment.
L’innovation continue

Olivier Stocker, qui a tout de même obtenu le soutien d’organisations environnementales comme le Réseau Action Climat, est donc persuadé que l’on pourrait aller beaucoup plus loin. « Notre technologie coche toutes les cases : un impact environnemental réduit, une économie de la ressource, la valorisation de produits jusqu’à présent considérés comme des déchets, une qualité et un prix de marché équivalents. »
Il peut se réjouir que la France ait porté en Commission européenne, grâce aux travaux de R&D de ses équipes, une teneur de 50 % de substituts au clinker ce qui, si le procédé était généralisé dans le pays, entraînerait une diminution des rejets de CO2 de 1,5 million de tonnes par an, soit l’équivalent de 417 millions de litres de diesel. Rien que dans les deux carrières de JPS Granulats, 100.000 tonnes de fillers calcaires de substitution pourraient être produites, permettant la fabrication de 200.000 tonnes de ciment bas carbone, représentant une baisse des émissions de CO2 équivalent à la combustion de 17,3 millions de litres de diesel.
Et la PME bourguignonne continue sur le terrain de l’innovation au service de l’environnement : elle a mis au point un nouveau matériau pour ciment, composé de calcaire et de recyclés industriels issus d’une fonderie locale. Cette fois l’Agence de la transition écologique (Ademe) a apporté son soutien financier à hauteur de 150.000 € à ce projet qui va permettre la substitution de 60 % du clinker et sera soumis à certification courant 2023.




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