A Nancy, SFE Process fabrique des machines d’extraction au CO2 supercritique de dimension industrielle, une solution alternative aux solvants pétrochimiques. La PME innovante de 45 salariés se donne un coup d’accélérateur en 2024, en développant une technologie capable d’isoler un composant de la taille d’une molécule.
Utiliser du dioxyde de carbone pour abaisser l’impact environnemental des process industriels dans la chimie, la pharmaceutique ou encore l’agroalimentaire. Cette solution, contre-intuitive au premier abord, émane de la société innovante SFE Process à Tomblaine (Meurthe-et-Moselle), dans l’agglomération de Nancy.
La PME de 45 personnes pour un chiffre d’affaires de 6,3 millions d’€ en 2022 conçoit et fabrique des machines capables d’extraire des composants grâce au CO2 à l’état « supercritique ». Maintenu à une température de +31°C et une pression de 74 bars, il affiche alors en effet des propriétés intermédiaires entre celles respectives d’un gaz standard et d’un liquide.
L’entreprise connaît une accélération exponentielle depuis sa création en 2015. Cette croissance a encore été boostée en 2023 à la faveur d’une levée de fonds de 6 millions d’€ auprès de Crédit Mutuel Equity, de la banque publique Bpifrance, du fonds d’investissement régional ILP et de Gilles Caumont, le président du Medef de Meurthe-et-Moselle, par ailleurs ancien président du groupe lorrain Adista. SFE Process vise désormais un chiffre d’affaires de 40 millions d’€ et une centaine de salariés d’ici à cinq ans.
La technologie qu’il applique remonte à une quarantaine d’années. Jérémy Lagrue et Brice Sarrail, respectivement président et directeur général, l’ont sortie des armoires des laboratoires. « La recherche d’alternatives aux solvants pétrochimiques (éthanol, acétone, toluène, etc.) relance cette solution. En effet, le CO2 supercritique bénéficie des mêmes propriétés qu’une matière d’origine pétrochimique, ses inconvénients en moins. Si la dépense d’investissement dans une machine d’extraction demeure plus importante, les coûts d’exploitation sont dix à trente fois moins élevés. Et c’est sans compter les gains en matière de transition écologique ! », argumente Brice Sarrail.
Les équipements de la jeune société peuvent traiter de petites quantités de matière sèche ou liquide (100 millilitres) jusqu’à des volumes d'échelle plus industrielle (1m3). Les machines sont employées dans de nombreuses applications comme le nettoyage des paillettes de bouteilles plastiques recyclées, afin de supprimer leurs impuretés et les rendre « aptes au contact alimentaire. »
Extraits non contaminés
L’expertise de SFE Process tient dans sa capacité à ajuster les paramètres (température, pression, débit) et utiliser au besoin des co-solvants, de sorte à sélectionner les bonnes molécules. « Notre technologie est en mesure d’extraire les composants en préservant l’intégrité des molécules et sans contaminer l’extrait obtenu », pointe le directeur général. Le dioxyde de carbone utilisé par les équipements d’extraction a été capté sur des installations de production d’engrais, d’hydrogène ou de bioéthanol par les géants Air Liquide ou encore Messer.
Après extraction des composants, le gaz est rejeté en partie dans l’atmosphère. « Il est toutefois possible de le récupérer et de le recycler en totalité. Mais cela nécessite un investissement complémentaire. Tout dépend, dès lors, du prix du CO2. En Nouvelle-Zélande, c’est une option rentable, moins en Europe », explique Brice Sarrail.
L’entreprise, qui exporte déjà 80% de sa production, va intensifier son développement à l’international, aux Etats-Unis notamment, grâce à sa levée de fonds de l'an dernier. Cet apport financier lui donne également les coudées franches pour fabriquer des machines en préséries, en anticipation des commandes, et réduire ainsi ses délais à trois voire deux mois, contre un semestre à un an auparavant. De plus, cette prise de participation minoritaire sert à engager l’industrialisation d’une seconde solution : la chromatographie au CO2 supercritique. Alors que les machines d’extraction livrent des groupements de molécules, cette technologie isole ces molécules. « C’est le fleuron de notre savoir-faire », s’enthousiasme Brice Sarrail.
La montée en puissance de la société se fonde sur l’innovation, mais aussi sur deux piliers incontournables, un service après-vente et un service de recherche-et-développement (trois personnes chacun) qui accompagnent les projets des clients de SFE Process.
un duo particulièrement complémentaire. © SFE Process
Comme les atomes d’une même molécule, le duo de dirigeants de SFE Process affiche une solide complémentarité. Brice Sarrail est ingénieur en mécanique. En 2018, il a rejoint Jérémy Lagrue, l'ingénieur spécialiste des procédés qui avait fondé la société trois ans auparavant…dans son garage !
Les deux actionnaires majoritaires se connaissaient bien pour avoir travaillé côte à côte chez feu Separex. Cette entreprise lorraine liquidée en 2016 avait développé une expertise dans le montage d’équipements utilisant les fluides supercritiques.
















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