L’entreprise alsacienne spécialisée dans la conception et la production d’équipements de chaudronnerie industriels est durement pénalisée par le conflit russo-ukrainien. Par manque de matières premières, elle a dû se résoudre à mettre une grosse partie de ses salariés au chômage technique.

 « Nous sortons de deux ans de crise sanitaire, où nous avons réussi à maintenir le cap, mais là, cela devient difficile. Maintenant, c’est très tendu au niveau de la trésorerie », confie André Rinner, le dirigeant de Koehler Bosshardt. Installé à Kirchberg (Haut-Rhin), en fond de vallée vosgienne, le chaudronnier conçoit et fabrique des cuves, des échangeurs thermiques, des réacteurs de process, des agitateurs, etc. pour des industries du secteur pharmaceutique (80% de ses clients), de la chimie, de l’énergie, de l’environnement… Elle emploie 20 salariés et réalise un chiffre d’affaires compris entre 2,3 et 2,5 millions d’€, dont environ 30% à l’export. Cette année, le carnet de commandes est plein, mais la production est fortement ralentie faute de matières premières.



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En juin dernier, la société avait refait ses stocks, mais aujourd’hui, ils sont épuisés. Des ruptures d’approvisionnements dues au conflit russo-ukrainien. « Nous achetons une grande part de nos matières premières en Chine. En février, nous avons passé une commande qui devait transiter par train. Mais la guerre a éclaté et la marchandise a été perdue. Nous ne l’avions pas payée mais nous serons quand même pénalisés financièrement car nous avons passé une nouvelle commande qui arrivera cette fois par avion, donc le coût de transport va augmenter. Et surtout, le délai va s’allonger de 2 ou 3 mois. Ce qui se traduit par une insatisfaction du client et par un manque de trésorerie pour nous », déplore André Rinner. Les clients qui ont passé des commandes au début de l’année ne sont guère montrés compréhensifs, ajoute t-il. Les industries du secteur pharmaceutique notamment, à cause de leurs impératifs de production.


Une quinzaine de ses salariés au chômage technique faute de visibilité

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Koehler Bosshardt a dû mettre en chômage technique 15 de ses 20 salariés. © Julie Giorgi


C’était sans compter que Koehler Bosshardt s’approvisionne aussi en Russie, premier pays producteur de titane dans le monde et l’un des principaux producteurs de nickel et de silicium : autant de métaux et d’alliages qui entrent dans la composition des métaux spéciaux utilisés par l’entreprise. En plus de risques de pénuries, apparaissent des problèmes de transport et de spéculation. Depuis début mars, le prix de l’inox et de l’acier qui a doublé et celui des métaux spéciaux qui a triplé provoquent de lourdes tensions sur la trésorerie, souligne André Rinner.

Après avoir sondé tous ses fournisseurs, faute de matières premières, depuis début avril, le dirigeant a dû se résoudre à mettre une quinzaine de ses salariés au chômage technique. Et sans pouvoir offrir de nouvelles perspectives. « Au moment de la crise du Covid, on savait un peu où on allait, mais là on n’a plus de visibilité et plus de bas de laine », confie le métallurgiste.


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La PME alsacienne a déjà consommé une partie du Prêt Garantie par l’Etat (PGE). Quant au Plan de résilience économique annoncé par le gouvernement, André Rinner reste sceptique. « Pour le moment, il n’y a rien qui est en place et puis c’est comme le PGE : après il faut rembourser », observe-t-il. Même si le conflit s’arrête, selon lui, la spirale inflationniste et spéculative ne prendra pas fin pour autant. Engagée depuis 2019 dans la démarche Industrie du futur, Koehler Bosshardt qui investissait tous les ans environ 100.000 € pour moderniser l’usine, a dû cette année freiner ses investissements. Les recrutements se poursuivent néanmoins pour pallier les départs à la retraite. Depuis janvier, trois personnes ont été embauchées et deux recrutements supplémentaires sont nécessaires.

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« Nous sortons de deux ans de crise sanitaire, où nous avons réussi à maintenir le cap, mais là, cela devient difficile.
Maintenant, c’est très tendu au niveau de la trésorerie »
, confie André Rinner, le dirigeant de Koehler Bosshardt. © Julie Giorgi

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