Crise sanitaire ou pas, le dernier moutardier indépendant de Bourgogne croit en ses process, sa R&D, ses équipes et ses produits. Il boucle un investissement de 4,3 millions d’€ pour fluidifier sa logistique, améliorer sa productivité, mieux loger ses services administratifs et commerciaux et réduire sa consommation énergétique. Tout d’horizon avec Marc Désarménien, le dirigeant.

 

Les cycles importants d’investissement se succèdent tous les dix ans à la Moutarderie Fallot, dernier fabricant indépendant de Bourgogne implantée à Beaune (Côte-d’Or). L’entreprise, fondée en 1840 et dirigée depuis 1994 par Marc Désarménien, le petit-fils d’Edmond Fallot le fondateur, vient de réinjecter 4,3 millions d’€ dans son outil de production qui font suite aux 3 millions dépensés en 2009 pour muscler la production.

 

coupdeconte

 

Cette fois-ci, la surface des bâtiments a été multipliée par deux, passant de 4.000 à 8.000 m2. Cette extension permet d’avoir des bureaux dignes de ce nom pour héberger les équipes commerciales et administratives.  « Ce n’est pas un luxe car nous étions logés à l’étroit et nous pouvons aujourd’hui recevoir dans des conditions plus agréables », glisse le dirigeant.

conditionnementfallot
L'entreprise vient d'acquérir une nouvelle ligne de conditionnement. © Traces Ecrites

Le moutardier a aussi revu ses flux logistiques à l’aune d’un nouveau bâtiment de stockage et de préparation de commandes doté d’un système automatisé sur rail de navettes pour la gestion des palettes. « Nous devrions gagner jusqu’à 10% en productivité sur ce volet stratégique de notre activité », souligne Marc Désarménien.

 

Une forte empreinte touristique

Coté production, l’industriel s’est offert un nouveau silo de stockage et une ligne de conditionnement pour 300.000 €. En outre, l’ensemble du site s’est vu habillé de panneaux photovoltaïques. « Cela couvrira un tiers de nos besoins énergétiques et contribuera à répondre à la nécessité de préserver notre environnement. »

 

dieman

 

L’année 2020, crise sanitaire oblige, est à oublier pour la Moutarderie Fallot empêchée pendant le confinement de vendre ses produits en HORECA, acronyme désignant les HOtels, REstaurants and CAtering (traiteur). L’activité touristique avec la visite de l’espace muséographique, crée en 2003, et le parcours de visite, datant de 2009 et expliquant de visu la fabrication, a aussi logiquement souffert de la crise sanitaire.

marcdesarmenien
Marc Désarménien, troisième génération aux commandes de l'entreprise familiale, prépare, comme tous les visiteurs de son espace muséographique, de la moutarde en écrasant les graines à la main. © Traces Ecrites

Mais les visites à l'espace muséographique reprennent très fort depuis le début de l’été. En témoigne le jour de notre reportage, la longue file d’attente qui patientait sagement à la boutique. « La clientèle a changé et s'est réduite en nationalités. Elle n’est plus asiatique, américaine ou brésilienne, mais européenne - allemande, suisse et néerlandaise - et surtout française », commente le fabricant, par ailleurs président de l’association Vive la Bourgogn -Franche-Comté qui fédère une trentaine de PME agroalimentaire, porte-drapeaus des produits du terroir.
Cette année, il misait sur l’accueil de 50.000 personnes contre 45.000 en 2019, toutes les visites étant faites par de vrais guides-conférenciers.

 

bpbfcvirus


Dans le monde des moutardiers, dominé par les goupes Unilever (Amora-Maille), Khüne (Européenne de condiments) et Develay (Reine de Dijon), tous les trois installés avec des usines près de Dijon, le Beaunois Fallot réussit plutôt bien, revendiquant une croissance annuelle de 5 à 7%.
Sa grande spécialité réside dans ses vingt références de variétés de moutardes au saveurs originales et goûteuses : truffe, bière, piment d’Espelette, pain d’épices, miel et figues…

potsdemoutarde
Quelques-uns des condtionnement proposés à la vente. © Traces Ecrites
 L’entreprise en produit 7 millions de pots par an, conditionnés à partir de 25 g et jusqu’à 5 kg. Ainsi que des vinaigres élaborés sur ses propres cahiers des charges, au cassis, jus d’échalote, cépage chardonnay, noix…
La Moutarderie Fallot emploie 22 personnes, en fait travailler une trentaine d’autres comme prestataires et a réalisé en 2019 un chiffre d’affaires de 9 millions d’€, dont plus de la moitié à l’international.
fallotboutique
La boutique sur le site des ateliers de production à Beaune. © Traces Ecrites

 

Une culture aussi locale

fleursmoutarde
Fleurs de moutarde. © Moutarderie Fallot

La moutarde (brassica juncea) ou sénevé, est une plante annuelle de la famille des brassicacées (un oléagineux) cultivée pour ses graines servant à la préparation de condiments.
Sa culture réintroduite en Bourgogne il y a près de 30 ans sur plus de 4.000 hectares permet d’élaborer une  moutarde purement de Bourgogne, qui depuis 2009 bénéficie d’une identification géographique protégée (IGP).
Contrairement à la Moutarde de Dijon qui n’est qu’une simple appellation de process, en clair une recette que l’on peut faire partout dans le monde. Il se produit plus de 90.000 tonnes de moutarde par an en France, à près de 90% produites en Bourgogne.

 En savoir plus sur la filière agroalimentaire en Côte-d'Or avec

invest

Commentez !

Combien font "8 plus 9" ?