Situé dans l’Yonne non loin de Sens, le manufacturier de lunettes s’est trouvé une place dans un marché de créateurs. S’appuyant sur des connaissances qui trouvent ses origines dans le Jura, l’entreprise cherche à développer son autonomie et ses spécificités, notamment en fabriquant elle-même certaines de ses machines.


Quel est le point commun entre Lady Gaga, Michel Polnareff, le footballeur Ronaldo, Hillary Clinton, ou encore Selena Gomez ? Ces célébrités ont toutes porté, un jour, des lunettes fabriquées dans l’Yonne. L’entreprise Lunetterie de Villeroy, qui collabore avec des opticiens de marque, s’est fait connaitre par son savoir-faire et sa capacité à répondre aux besoins les plus spécifiques de ses clients, pour des petites séries de l'ordre de 600 pièces en moyenne.

 

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Aujourd’hui, elle travaille exclusivement avec les entreprises, dont une dizaine de débouchés réguliers, comme Naoned, Thierry Lasry, Eyewear collection, Henau, Sabine Be ou encore Friendly French. Et nul besoin pour elle de démarcher : les clients s’adressent spontanément à elle.

Fondée dans les années 1980 par l’artisan Hubert Midoux, l’entreprise familiale est remarquée pour ses montures de lunettes à base d’écailles (matière qui ne peut plus être utilisée aujourd’hui car protégée). Puis elle a choisi de faire appel aux services de José Simoes.

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Les plaques d'acétate de cellulose viennent d'Italie. Cette matière est assemblée ensuite par un centre d'usinage à 5 axes simultanés.  © Sabrina Dolidze


En deux ans, ce consultant en lunetterie développe la société dont le nombre de salariés passe de 8 à 12 personnes, première étape d'une croissance qui mène aujourd'hui l'effectif à environ 40 personnes
(chiffre d'affaires non communiqué).

La gestion étant devenue plus complexe, Hubert Midoux décide de vendre la lunetterie à José Simoes, qui s’associe à son ami d’enfance Luis Godinho.

 

Travailler l’acétate de cellulose et l’acier en toute autonomie

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Gravage au laser au CO2 de l'acétate de cellulose. Un équipement de même type grave l'autre matière-clé, l'acier. © Sabrina Dolidze


Lunetterie de Villeroy est reconnue par les créateurs particulièrement pour son savoir unique autour du collage
, c’est-à-dire la capacité à fusionner différentes plaques d’acétate de cellulose dans une seule et même monture (*). Ce savoir rare constitue une opportunité pour les créateurs qui ont besoin de renouveler leurs oeuvres en permanence.

Et l’imagination n’a pas de limites ! Un jour, un Breton est venu voir l’entreprise avec l’idée de confectionner des lunettes à base de coquillages. Aujourd’hui, la PME fabrique des montures avec de la poudre de coquillage associée à l’acétate de cellulose. Elle fonde son expérience sur le fait de transformer elle-même les matières « Nous maîtrisons à la fois la fabrication de montures en acétate de cellulose mais aussi de lunettes en métal », précise fièrement son président-directeur général.

Les manufacturiers qui utilisent les deux matières externalisent souvent une partie de leur travail. Tel n’est pas le cas dans l’atelier de Villeroy, où acétate de cellulose et acier sont travaillés sur place ; seul le traitement galvanique et les laques proviennent du Jura.

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Un salarié travaille un morceau de métal à la fraiseuse pour fabriquer de nouveaux outillages. © Sabrina Dolidze


Cette double compétence offre à l’entreprise une autonomie financière. Elle constitue aussi une source de créativité qui permet à l’entreprise de mettre au point en permanence de nouvelles techniques d’assemblage des matières. Au cours de leur fabrication, les montures peuvent connaitre en moyenne 80 opérations différentes. Il faut donc du temps. L’entreprise produit environ 80.000 montures par an. Le chiffre est faible en rapport au nombre de salariés, mais il s’explique par le caractère non standardisé des tâches, renouvelées à chaque création.

 

Un dirigeant mécanicien, créateur de machines

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Jose Simoes, président-directeur général de Lunetterie de Villeroy, est venu du massif jurassien apporter son expérience du métier en général et de la technique de collage en particulier. © Sabrina Dolidze


Pour comprendre la spécificité de cette entreprise autour de la technique de collage, un détour s’impose par le parcours de son dirigeant. José Simoes est « tombé dans la lunetterie » après avoir suivi des études de mécanicien outilleur. Ce fils d’horloger a quitté l’école à 18 ans pour rejoindre l’entreprise Optic 2R à Censeau dans le Jura, petite société de 12 personnes.

Il a chance de rencontrer des personnes juste avant leur départ en retraite qui lui transmettent « le métier à l’ancienne ». Il exerce ensuite chez Roussilhe à Oyonnax. Il a appris le travail de l’acier dans le Jura et celui de l’acétate de cellulose dans l’Ain.

 

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Un temps, il a décidé de tout quitter pour devenir consultant auprès des lunetiers. Cette phase n'a pas duré longtemps puisqu’il s’est laissé vite tenter par la reprise de la PME de Villeroy. Le savoir-acquis par José Simoës et ses connaissances en mécanique, l’amènent à créer des équipements spécifiques à Lunetterie de Villeroy. « J’ai toujours appris à tout faire. Quand j’ai besoin d’une machine, souvent elle n’existe pas sur le marché, alors je la dessine, j’en conçois le process », témoigne-t-il. Ainsi, pour la fameuse mais bien gardée recette de collage, le PDG construira lui-même 4 machines avant de parvenir à ce qu'il recherchait.

À Villeroy, tous les matériels ne sont pas construits par José Simoës, mais le dirigeant aime régulièrement les transformer et les modifier. Pour trouver le patron de la lunetterie de l’Yonne, inutile d’arpenter les bureaux. C’est inévitablement dans l’atelier mécanique qu’on pourra le rencontrer. 

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Une machine, fabriquée par l'entreprise elle-même, permet de travailler le métal afin de le rendre plus souple lors de l'étape suivante de pliage. © Sabrina Dolidze

(*) cette technique est différente de celle plus courante du placage qui superpose une plaque sur une autre

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