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GRANDE DISTRIBUTION/BOURGOGNE. Le groupe familial bourguignon demeure aujourd’hui le dernier des « Mohicans » de la grande distribution.

Alors que son partenaire Auchan, de la famille Mulliez, se rapproche du coopérateur Système U, l’entreprise de l’Yonne multiplie les initiatives personnelles.

A sa tête, Vincent Picq, un quinquagénaire qui lance avec Bi1 une nouvelle enseigne axée sur le bien acheter et le mieux consommer. Et investit 20 millions d'€ dans une nouvelle plate-forme logistique.

 

Un village gaulois de Bourgogne résiste encore et toujours au phénomène de concentration dans la grande distribution. Il se situe dans l'Yonne, à Avallon, et a pour chef de tribu Vincent Picq, patron du groupe Schiever. Les mauvaises langues peuvent toujours continuer d’affirmer qu’il est marié avec le groupe Auchan. Certes, mais avec communauté réduite aux acquêts offrant tous les gages d’une totale indépendance.

 

Car lorsque le groupe Mulliez acquiert la centrale d’achat Paridoc en 1996, dont Schiever est actionnaire, ce dernier demeure au capital de la nouvelle société baptisée Eurauchan. Un tour de force ? Pas vraiment pour Vincent Picq.

 

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« Nous avions un territoire géographique complémentaire, partagions les mêmes valeurs judéo-chrétiennes, le même respect de l’entrepreneuriat, et Auchan développait une stratégie de développement international », explique-t-il.

 

Cette considération réciproque a permis une forte croissance du groupe régional de distribution qui réalise aujourd’hui 1,15 milliard d’€ de chiffre d’affaires et emploie environ 6000 personnes dans 160 magasins, dont quatre hypermarchés Auchan en Pologne, et sans doute des implantations à venir au Tadjikistan.

 

logistiqueschiever20 millions d'€ dans une nouvelle plate-forme logistique

 

Au-delà de ces relations humaines, le dirigeant de Schiever cultive aussi un individualisme économique affirmé. Il maîtrise toute sa logistique et son transport.

 

Une flotte de 57 semi-remorques et 84 véhicules légers livre quotidiennement ses magasins, mais aussi de nombreuses épiceries indépendantes, témoignage du premier métier de l’entreprise : grossiste alimentaire.

 

Un nouvel entrepôt de 20 000 m2 pour produits frais verra le jour à Avallon en façade de l’autoroute A6. L’investissement s’élève à 20 millions d’euros et sera opérationnel en juin 2016.

 

Vincent Picq innove aussi. Avec sa nouvelle enseigne Bi1, il se lance dans " le mieux acheter et le bien consommer " en proposant des produits naturels, ancrés dans les terroirs. La clientèle est guidée dans ses choix et peut s’inspirer de recettes.

 

Quant à la question de savoir si le rapprochement entre Auchan et Systeme U va modifier à terme la configuration de son groupe, le commerçant n’est guère inquiet. « L'interrogation est légitime mais nous verrons, car il est encore trop tôt pour le dire. Sachez toutefois que nous saisirons toute bonne opportunité de croissance à condition de rester nous-mêmes », confesse-t-il.

 

Quelques chiffres clés

Création de l’entreprise : 1871 ; premier supermarché : 1969 ; nombre de magasins : 160, dont quatre à l’étranger, enseignes représentées : Auchan, Kiabi, Weldom, Maximarché, Proximarché, Atac, Flunch, Bricoman et Bi1 ; chiffre d’affaires : 1,15 milliard d’€ ; effectif total : 6000 salariés ; 20 000 km parcourus par jour ; 300 000 tonnes livrées à l’année.

 

vincentpicqQui est Vincent Picq ?

 

Un passionné de voile de 53 ans qui avoue avoir acquis l’esprit d’équipe dès son plus jeune âge à l’école des Glénans. De formation ingénieur en électronique et physique du solide, rien ne prédestinait cet adepte de la mécanique quantique à rentrer dans l’univers de la grande distribution.

 

Rien, sauf d’avoir épousé une petite fille du fondateur de l’entreprise, d'y être entré en 1988 et d’avoir pris les commandes opérationnelles en 2001.

 

À écouter longuement Vincent Picq, on ressent une fibre très humaniste en lui. Il répète sans cesse son attachement aux hommes : collaborateurs, clients et fournisseurs.

 

D’où, avec ces derniers contrats sur le long terme, comme celui signé récemment avec le franc-comtois Coquy pour la livraison annuelle de 10 millions d’œufs pondus au sol.

 

Très enthousiaste, on a un peu de mal à le faire sortir de ses gonds. Sauf pour une seule chose : l’instabilité fiscale et juridique qui plombe, à ses yeux, le redressement  économique de notre pays.

 

Photos fournies par Schiever.

 

Lire sur le même sujet Les Echos du 16 février 2015 en page 26.

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