Les années se succèdent avec leur cortège de grèves et de protestations, faisant apparaître la France comme un pays morose et en perpétuelle ébullition. Si l’on s’en tient à quelques indicateurs économiques, nous avons pourtant de bonnes raisons d’espérer. En premier lieu, les indicateurs macro-économiques français sont stabilisés ou en amélioration. Ils se traduisent dans une dynamique économique réelle, touchant la plupart des secteurs d’activité et toutes les régions de France. Enfin, la réforme des retraites paraît en bonne voie, le statu quo n’étant plus supportable. Par Bruno Duchesne, directeur général de la Banque Populaire de Bourgogne Franche-Comté.

 

• Des indicateurs macro-économiques français stabilisés ou en amélioration

Alors que depuis une dizaine d’années, la France était à la remorque de l’Allemagne, pour la première fois en 2019, la croissance de son produit intérieur brut sera supérieure à celle de son principal partenaire en Europe. En incluant les prévisions 2020, ce sont ainsi 7 années de croissance entre 1 et 2 % qui se sont succédées (cf. graphique).

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Elles permettent le plafonnement de la dette publique à un niveau légèrement inférieur à 100 % du PIB, et amène un déficit public en forte diminution, de 4.3 % du PIB en 2013 à 2.2 % en prévision pour 2020.

Bien sûr, les esprits « chagrin » affirmeront que cette dette publique est élevée et que le déficit n’a pas diminué au rythme des taux d’intérêt payés par l’Etat. Cette remarque trouve sa limite dans le fait que, tant que les taux d’intérêt sont inférieurs à la croissance du PIB, l’effet de levier de l’endettement public est positif. L’Etat aurait tort, sur le fond, de se priver d’une ressource aussi peu chère afin de soutenir l’activité.

 

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• Une dynamique économique réelle

Derrière ces indicateurs macro-économiques globaux, se cachent des réalités concrètes positives. Le rythme de création d’entreprises a été très élevé en 2019, 800.000 entreprises ont été créées l’année dernière, ce chiffre étant en croissance de 18 % par rapport à celui de l’année précédente.

demandeursemploisLe chômage revient à son niveau de 2012 (cf. graphique).

L’amélioration touche tous les secteurs et tous les territoires. Et même si le taux de demandeurs d’emplois reste encore élevé : 8.1 %, l’objectif d’atteindre 7 % d’ici trois ans paraît atteignable. Les formes accélérées d’accès au marché du travail progressent, en particulier l’apprentissage qui accueille 500.000 salariés en 2019, avec une progression de 16 % par rapport à l’année précédente.

Enfin, le climat des affaires, qui se mesure à travers des indicateurs qualitatifs avancés, se stabilise à un niveau positif, alors même que l’environnement social se détériore.

 

• Une réforme des retraites nécessaire

Ces indicateurs correctement orientés pourraient ne pas avoir de lendemain, si la réforme structurante des retraites n’était pas engagée. En effet, le système de retraite dans lequel nous vivons est globalement hérité de l’après seconde guerre mondiale.

Or, les paramètres actuels sont fondamentalement différents de ceux de l’époque. En 1960, le ratio était de 4 cotisants pour 1 retraité. Il est, en ce moment même, de 1.8 cotisant pour 1 retraité, et sera de 1.2 cotisant pour 1 retraité en 2050.

L’espérance de vie à l’âge de la retraite a pratiquement doublé en France, entre 1958 et 2020. Il est passé d’un peu plus de 15 ans pour les femmes à 27 ans, et d’un peu plus de 12 ans pour les hommes à 22 ans. Enfin, le taux des dépenses publiques de retraites, en pourcentage du PIB, s’élève à 14 % en France pour 10 % dans le reste de la zone euro.

 

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Il n’est pas besoin d’être un économiste de renom pour comprendre que les déséquilibres actuels ne feront que s’accentuer. Une réforme est donc éminemment nécessaire. Mais elle est surtout très complexe, car la voie choisie : celle de l’universalisation, inquiète évidemment ceux qui disposent d’un régime spécifique. Ils en maîtrisent les paramètres et redoutent que l’absorption par un régime universel leur soit défavorable.

Ces indicateurs économiques plutôt positifs, s’appuyant sur une réforme de structure nécessaire, devraient nous rendre optimistes pour l’avenir. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que de constater que la réalité sociale ne reflète pas cette amélioration.

Cela montre tout simplement que la politique ne se réduit pas à l’économie. La nécessité d’une réforme ne la rend pas nécessairement populaire, et la pédagogie de l’action est indispensable à toutes les transformations. Acceptons donc ce paradoxe et faisons chacun l’effort de la pédagogie des bonnes nouvelles : ce sont souvent celles qui sont le moins partagées.

1 commentaire(s) pour cet article
  1. Hervé OBRECHTdit :

    De nombreux économistes ont annoncé une crise économique en 2020. Je constate, dans l'activité industrielle de l'Est de la France, une baisse très importante des affaires, et un ralentissement de l'activité. Quelqu'un pour m'éclairer ? Tout ce que je vois, j'entends, dans les médias, ne reflète absolument ce que je vis au sein de mon entreprise, et dans mon quotidien de gérant de PME dans l'industrie.... Le ralentissement est bien présent pour beaucoup de sociétés, et tous les indicateurs sont au vert ?

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