Dépollution. Deux importantes dépollutions d’anciennes décharges chimiques démarrent en Alsace, en zone frontalière, pour un montant de 20 millions d’€ chacune. A la frontière suisse, celle du Letten incombe à la chimie bâloise. Tout au nord de la région, l’américain Dow/Rohm & Haas assainit son site de Lauterbourg au bord du Rhin.

Le Letten désigne la petite colline nichée dans un discret coin de forêt, au sortir de la petite commune de Hagenthal-le-Bas (1.000 habitants dans le Haut-Rhin) que les prédécesseurs de Novartis, Ciba-BASF et Syngenta avaient trouvé pour déverser quelque 3.500 m3 de résidus de leurs productions dans les années 1950 et 1960. Dans cet endroit bucolique rattrapé par l’habitat pavillonnaire à quelques mètres de la frontière suisse, ils ont mélangé leur cocktail de solvants, goudrons et autres dérivés du benzène avec des gravats d’origines très diverses. Pas dans l’ignorance totale, mais sans opposition particulière, jusqu’à la fin des années 1990 lorsque Greenpeace a procédé à l’exhumation médiatique du site.

Les choses se sont alors accélérées : le Letten a été placé sous surveillance étroite de la Drire et les entreprises bâloises ont constitué un groupement d'intérêt dédié à sa résorption, le GI-DRB. C’est sous ce couvert qu’elles débloquent les 20 millions d’€ destinés à sortir un par un les volumes, depuis février et jusqu’à la fin de l’année. Ils seront acheminés en conteneurs par rail jusqu’en Allemagne pour leur incinération dans des sites spécialisés. «Bien que nous ne représentons que 10 % du contenu de la décharge, nous avons décidé d’en assumer la totalité du coût de traitement», souligne Günter Fritz, responsable du projet au GI-DRB, qui passe à présent le relais à un collègue.

150.000 tonnes à dépolluer autour de Bâle

Greenpeace Suisse, par la voix de son spécialiste de la question Matthias Wüthrich, salue «l’application du principe pollueur-payeur» et «un premier pas». Car, selon l’organisation, il reste 150.000 tonnes à dépolluer en plusieurs décharges autour de Bâle, entre France, Allemagne et Suisse, sans parler de celle de Bonfol déjà en cours et classée hors catégorie avec ses 114.000 tonnes de déchets chimiques, dont l’excavation et incinération mobilisent près de 300 millions d’€.

A Lauterbourg, la dépollution se passe à l’intérieur du site Dow. Elle consiste à diminuer la quantité de résidus et rebuts toxiques de la production de fongicides et d’additifs qui se sont accumulés sur 30.000 m3 dans la partie la plus ancienne de la décharge, exploitée de 1960 à 1997. Les particules fines contenant les polluants seront triées, lavées chimiquement et stabilisées par leur mélange à du ciment, avant de retourner «propre » à leur point de stockage. L’opération débute ce mois de mars et va durer deux ans.

Dans les deux cas, il s’agit de «réduire les polluants à la source» de façon volontaire, sans qu’un risque nouveau surgisse», soulignent les entreprises. Les deux sites touchent la nappe phréatique, mais ils ne menacent pas en l’état l’alimentation en eau potable, assurent les pouvoirs publics.

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