Deux ans après sa reprise par ses salariés sous la forme d’une Scop, la charcuterie alsacienne retrouve une rentabilité. Maurer Tempé qui a maintenu ses objectifs de progression malgré la crise économique, se redresse grâce à une politique d’investissements dans l’outil de production et de marketing, distinguant désormais les marchés de la grande distribution et de la charcuterie traditionnelle.

 

Maurer Tempé poursuit la série des "Best of 2021" qui ont fait l'actualité de Traces Ecrites News depuis le début de l'année et va vous accompagner jusqu'à fin juillet.

Article déjà publié le 9 février 2021. Deux ans après sa renaissance sous la forme d'une société coopérative (Scop), consécutive de la liquidation judiciaire de l'ancienne société, le charcutier Maurer Tempé à Kingersheim (Haut-Rhin) a réinstallé solidement l’historique charcuterie alsacienne dans les rayons de la région. « Malgré la Covid-19, nous avons atteint en 2020 l’objectif minimal de chiffre d’affaires que nous nous étions fixés, soit 23 millions d’€, contre 21,3 millions en 2019. Et pour cette année, nous visons a minima une nouvelle croissance de 5 % », déclare le président-directeur général Mathieu Rouillard.

Les résultats sont bénéficiaires après avoir été impactés en 2019 par la flambée du cours du porc. Les effectifs ont suivi la même courbe ascendante, passant de 103 à 123 salariés depuis la reprise, avec là aussi l’intention de poursuivre sur un rythme similaire. Le chiffre d’affaires se répartit entre 50 % de produits de charcuterie, 25 % de salaisons et 25 % de produits traiteur.



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Ce bilan vient saluer le travail de remise à plat générale entreprise par le nouveau management.
Originaire de l’encadrement précédent, celui-ci avait eu tout loisir d’identifier les failles qui avaient entraîné le fabricant vers le redressement judiciaire en 2018, venant à la suite de plus de 15 ans de restructurations, plans sociaux, dépôts de bilan et changements de propriétaires.

Le constat dressé par Mathieu Rouillard est sévère, mais semble juste au regard du déclin de Maurer Tempé : management trop vertical sans place laissée pour le participatif, déficit d’investissements, « stratégie commerciale déconnectée de la stratégie d’entreprise », doublons entre les marques, manque d’écoute du consommateur.


Investissements de modernisation et nouvelle politique de marques

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Le chiffre d’affaires de Maurer Tempé se répartit entre 50 % de produits de charcuterie, 25 % de salaisons et (en photo) 25 % de produits traiteur.


Tous les points ont été traités, assure les nouveaux dirigeants. Au chapitre de la gouvernance, la coopérative signifie une vraie révolution culturelle, à laquelle la grande majorité des salariés a adhéré. Sur 140 salariés, 103 sont revenus devenant sociétaires de la Scop (société coopérative ouvrière de production).

Les cadres candidats repreneurs demandaient aux volontaires d’investir la moitié de leurs droits au chômage et de la prime de licenciement – celle-ci provenait de la liquidation débouchant immédiatement sur la création de la nouvelle société, avec réembauche à la clé – et une participation « même symbolique. » « Au total, ce sont 2,2 millions d’€ qui ont été injectés », calcule Mathieu Rouillard.

 

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Les investissements de modernisation ont repris. Ils se montent à 1,6 million d’€ depuis le redémarrage et «  il reste un million à engager pour boucler la mutation », selon le dirigeant.  La politique commerciale, domaine de prédilection  de Mathieu Rouillard, a été revue  « pour reposer sur les marques avec chacune leur spécificité. »

Plus de confusion possible désormais : Tempé se vend dans les rayons libre-service des grandes surfaces, et Maurer, pour l’essentiel, en boucherie-charcuterie traditionnelle. L’une et l’autre marques sont proposées à des prix volontairement un peu supérieurs à la moyenne du marché, ce qui va là aussi à l’encontre de la politique précédente qui aboutissait à accepter de tirer les prix et donc les marges vers le bas.

Outre la grande distribution dominante, le fabricant s’est fixé l’objectif de développer ses ventes en restauration hors foyer, voire dans l’export proche (Allemagne, Benelux), mais toujours via des distributeurs (grossistes de la bouche-charcuterie). « Notre métier, notre force c’est la fabrication, nous ne sommes pas des logisticiens », appuie Mathieu Rouillard.

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Maurer Tempé souhaite devenir un acteur des circuits courts en se rapprochant de fournisseurs plus locaux.


L'année 2021 a démarré avec la sortie d’un nouveau packaging chez Tempé, la célébration du centenaire de Maurer par une saucisse viennoise réduite en additifs et des viandes de porc et de veau français.

Coller aux aspirations changeantes du consommateur, vers plus de proximité et de naturel motive l'évolution de la politique d'approvisionnement et la stratégie marketing du charcutier. Acheteur de porc un peu partout en Europe, Maurer Tempé souhaite devenir un acteur des circuits courts en se rapprochant de fournisseurs plus locaux.
Sur l’autre point, son cap n’est pas le bio dont le fabricant s’estime trop éloigné des cahiers des charges, mais au moins l’évolution des recettes pour aller vers « des produits plus sains » : moins d’additifs, moins de sels nitrites. « Nous ne sommes pas là pour pousser le consommateur à la consommation. Mais on ne veut ni le culpabiliser, ni l’infantiliser », estime le dirigeant.

Qui est Mathieu Rouillard ? 

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Maurer Tempé a été reprise en 2019, par 103 des salariés, devenus sociétaires d'une Scop que gère Mathieu Rouillard (tout à droite).

Originaire de Beauvais (Oise), le multi-diplômé en management et commerce (IAE Paris, master d’économie-gestion de l’université Panthéon-Sorbonne, global executive MVA de l’Institut français de gestion, General managament de l’université américaine de Georgetown) a rejoint Maurer Tempé en 2015 comme un « nouveau challenge, en choisissant la proposition la plus difficile » parmi les nombreuses que lui ouvrait son parcours dans l’agro-alimentaire.
Mathieu Rouillard avait occupé des fonctions de vente auprès d’une coopérative des Pays-Bas, puis poursuivi au sein du groupe Bel pendant 12 ans à différents postes de responsabilités en commercial ou en marketing pour la distribution en grandes surfaces et en restauration gros foyer.
Directeur commercial et marketing de Maurer Tempé au moment du redressement judiciaire, il a porté l’offre de reprise avec ses collègues cadres Jean-Noël Pourprix, Analito Gomès et Bruno Chatelet.

 Photos fournies par l'entreprise.

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