Pour illustrer la thématique de son université d’été, « Effondrement et émergence, la jeunesse comme levier de changement » a choisi la formule des pitchs, à laquelle s’est brillamment défendu Sébastien Bricout, dirigeant du Domaine du goût. Les présidents Geoffroy Roux de Bézieux et David Butet constatent la résilience des entreprises, mais encore des nuages à l’horizon dont la galère du recrutement.


Si la Covid-19 n’avait pas arrêté nette son activité en mars 2019, Sébastien Bricout, président du Domaine du goût ne serait jamais allé aussi vite sur le marché international. Créateur deux ans plus tôt, d’une offre de cadeaux d’entreprises basée sur la dégustation de vins de Bourgogne majoritairement,  dont le produit vedette est un calendrier de l’Avent rempli de mignonnettes, et aujourd’hui un format XXL composé de 14 à 18 bouteilles, il se voit privé d’animer ses séances de dégustation en entreprise.

Comme les réunions, il les adaptent au format digital : une fois les colis réceptionnés, le client  se connecte avec Zoom et la dégustation se déroule à distance avec un sommelier. A sa grande surprise, cela fonctionne plutôt bien. Le chiffre d’affaires en apporte la preuve, en doublant en 2020. Mais surtout, le format digital lui permet de franchir les frontières hexagonales : 60% des ventes se sont à l’étranger.
« Si j’étais resté sur mon concept initial, l’évolution n’aurait pas été si rapide », assure le jeune chef d’entreprise installé au Village by CA à Dijon. Y compris côté effectif qui a grimpé à 8 personnes à temps plein depuis l’an dernier. Le marché international étant captif, il s’apprête à lancer une formule sans alcool pour le Moyen-Orient.

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Ce témoignage fut l’un des cinq présentés à l’Université du Medef de Côte-d’Or hier 9 septembre, sous la forme de pitchs (des présentations de 5 mn) et celui-ci a séduit le jury eu égard à la thématique, de circonstance, qu’avait choisi le syndicat patronal pour se retrouver en présentiel à son grand rendez-vous annuel : « Effondrement et émergence, la jeunesse comme levier de changement ».

Le choix d’un lauréat s’est doublé d’un coup de coeur du jury à Clément Leroy, psychologue à Velars-sous-Ouche (Côte-d’Or) dont le chiffre d’affaires généré par des animations et des conférences sur le stress et la motivation en entreprise qui, « démarrait en 2020 sur les chapeaux de roues « s’est effondré.
Son pitch prononcé en équilibre sur son vélo a sans doute apporté une bonne humeur communicative avec le jury. Sa résilience aussi puisqu’il a investi, moitié avec un PGE (Prêt Garanti par l’Etat) dans un studio vidéo à distance. Il n’a pas retrouvé le niveau de chiffre d’affaires d’avant crise mais « les signaux sont au vert. »

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Clément Leroy, psychologue, peut tenir 24 heures en statique sur un vélo, alors la résilience à toute crise, il connaît. © Traces Ecrites


Président depuis une trentaine d’années de l’agence de communication JPM Partner à Talant, dans l’agglomération de Dijon, Jean Laurenti se demande quant à lui s’il aurait réellement engagé un travail de refonte totale de sa méthode de prospection si cette crise n’avai pas existé.
« Du jour au lendemain, ce fut la chute libre avec moins 80% de prises de commandes », se souvient-il.
D’abord motivé, raconte t-il, par la volonté de conserver son équipe d’une quinzaine de personnes, tout le monde s’est mis autour de la table pour construire une méthode de prospection entièrement digitale. Un investissement de 2000 heures de travail, précise Jean Laurenti. Cette méthode est basée sur un travail de référencement sur Internet avec les mots clés correspondant aux secteurs d’activités qui correspond aux envies et aux compétences de l’entreprise.

Un site web dédié recueille les demandes de contacts constituant un porte-feuille de prospects que le dirigeant dit n’avoir jamais pu constituer avec la bonne vieille technique téléphonique, de l’e-mailing de masse ou encore du réseautage.  Le résultat est inattendu. Sur 100 contacts, assure t-il, 50 sont « productifs » et la moitié de ces derniers aboutissent à une commande à l’issue d’un contact cette fois physique. Les premiers effets se sont sentir, « mais ils ne font que compenser le résultat de chiffre d’affaires perdu. »



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Le premier confinement a été carrément une douche froide pour Carole Ravera qui avait créé son entreprise, un mois plus tôt. Camcha repose sur un constat d’inégalité entre les salariés des petites et des grandes entreprises, les premières n’ayant pas l’obligation légale de proposer des avantages sociaux.
Hormis les classiques offres de loisirs (parcs d’attraction, voyages etc.), Camcha qui se présente comme « un comité d’entreprise externalisé » propose des chèques cadeaux sous la forme d’un crédit versé sur le compte en banque du salarié qui peut le dépenser dans n’importe quel commerce. « Cela permet d’avantager les commerces locaux », assure t-elle.

Les chefs d’entreprises, pendant la crise sanitaire, ayant d’autres préoccupations, Carole Ravera a profité de cette parenthèse pour construire un réseau de relations en intégrant d’abord un groupe de chef d’entreprise locaux et en a créé un dans le Val de Saône, sa région d’origine. Elle a  peaufiné son offre et sa communication avec l’aide de stagiaires et d’une apprentie en communication pendant un an.

Créatrice de Metiway l’hiver précédent le premier confinement,  Barbara Chevret a quant à elle profité de cette période inédite pour renforcer son business plan et chercher des partenaires financiers. Elle avait effectué une reconversion à 360 degrés quittant son métier de conductrice de travaux dans le bâtiment pour créer une plateforme de promotion des métiers, connaissant (déjà) les difficultés de recrutement dans certaines activités liées à la méconnaissance du travail de celui-ci.
Pour aider les jeunes à s’orienter, elle invite les entreprises à présenter leurs métiers à travers des témoignages et des petits films mettant en scène le travail quotidien. La création d’une fiche métier est gratuite pour qu’elle soit accessible aux TPE et devient payante dans le cadre d’une campagne de recrutement.


La galère du recrutement

La série de pitchs, suivie d’autres témoignages de chefs d’entreprises nouvellement et anciennement installés, fut l’illustration des discours tenus par les présidents, national et local du Medef, sur la situation conjoncturelle  après 18 mois de crise et qui veulent croire davantage à l’émergence d'un nouveau monde qu’à un effondrement, pour reprendre la thématique du jour.

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Geoffroy Roux de Béziers, président du Medef pense que le phénomène télétravail est durable mais on ne connaît pas encore ses conséquences à long terme réelles sur l'organisation des entreprises : "Les jeunes de moins de 35 ans ont été les premiers à vouloir retourner au bureau pour travailler en équipe." © Traces Ecrites

« Pratiquement le seul à être optimiste il y a un an, je suis aujourd’hui un peu plus prudent sur la reprise car il y a des nuages encore sur certains secteurs en panne, comme l’événementiel ou l’hôtellerie, auxquels s’ajoutent des problèmes d’approvisionnement en matières premières qui renchérissent les coûts de production », expose Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef.
Au niveau territorial, relève David Butet, président du Medef 21, le ressenti des entreprises de Bourgogne-Franche-Comté s’exprime  principalement par des difficultés de recrutement, « y compris dans des métiers qualifiés. »
Et de citer comme voie possible, les 6% de chômeurs en Côte-d’Or «  soit 41.000 personnes employables », indique-il.  Un constat qui appuie l’adhésion du Medef à la réforme de l’assurance chômage, suspendue à cause de la crise du Covid-19, mais que le Premier ministre a qualifié ces jours-ci de « absolument indispensable. »

La résilience dont on fait preuve les entreprises depuis le début de la crise a été communicative. Si le président du Medef national note la réactivité de l’administration pour satisfaire les demandes urgentes, le président local fait savoir que « pour la 1ère fois le Medef et les autres syndicats patronaux, les CCI, chambre de métiers ont dialogué avec les collectivités – il cite notamment Dijon Métropole comme cela n’avait jamais eu lieu avant la crise. »
Tous les deux sont bien conscients qu’un nouveau chantier s’ouvre, celui de la transition énergétique et qu’il n'annonce  pas forcément des jours meilleurs. « La rapidité à laquelle on doit avoir pour sauver la planète va faire des dégâts sur l’emploi car des métiers vont disparaître », prévient Geoffroy Roux de Bézieux.

A court terme, une satisfaction cependant. Les représentants des patrons constatent l’explosion de l’apprentissage passé de 300.000 à 400.000 contrats par an à 526.000 en 2021. Evolution qui leur laisse espère qu’il soit enfin reconnu comme «  une voie de réussite ».

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