Le séminaire Vinosphère, organisé fin février par le Bureau Interprofessionnel du Vin de Bourgogne (BIVB) à Beaune, a fait l’apologie des vins, sinon bios, au moins produits dans le respect de l’environnement. Un bon signe pour les marchés qui accueilleront dans quelques années la génération Z, celle des moins de 20 ans.




La narration d’une dégustation à l’aveugle par Yann Raineau, de l'Université de Bordeaux, au séminaire annuel Vinosphère qui a réuni le 18 février à Beaune, les professionnels du vin à l’initiative du Bureau Interprofessionnel du Vin de Bourgogne (BIVB) sur la thématique « Quel avenir pour les vins de Bourgogne », est riche d’enseignements.
Si aucun type de vin – les conventionnels, les vins à faible teneur en SO2 (soufre ou sulfite) et les bio –, n’est sorti vainqueur de cette dégustation anonymisée, les vins sans intrant ont largement reçu l’approbation des dégustateurs dès lors qu’ils ont su, après coup, qu’ils avaient été produits en respectant l’environnement. Les consommateurs n’ont pas atténué leur adhésion en répondant oui sans hésiter, à la question « Etes vous prêts à payer plus ? ». Leur approbation concernait tout autant les vins produits avec la méthode conventionnelle ou affichant un label bio.

 

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« Les consommateurs sont prêts à revoir leurs préférences gustatives en faveur d’un niveau élevé de qualité environnementale », confirme Yann Raineau, alertant les producteurs sur l’importance d'informations détaillées sur les étiquettes pour orienter le choix des consommateurs. Restent que la réglementation a encore beaucoup d’efforts de clarification à faire pour éviter qu'ils se perdent dans les sigles et certifications.


Les valeurs d’achat de produits sains et durables de la génération Z

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Le travail de la vigne en bio demande 37% de temps en plus, selon le BIVB. © BIVB / Joel Gesvres

Pour enfoncer le clou, Philippe Longepierre, directeur des marchés et  du développement au BIVB détaille une enquête d’Opinionway réalisée en septembre 2019. 41% des consommateurs français font du bio un critère d’achat et aimeraient en trouver davantage dans leurs lieux de vente habituels. Le marché traduit cet engouement : en un an, à fin juin 2019, les vins bio AOP ont progressé de 14% en volume et de 22% en valeur.
Cette tendance à la hausse est particulièrement intéressante dans un contexte de baisse de consommation mondiale du vin. À relativiser toutefois car les vins bio représentaient à peine 4% des ventes en 2017, mais elles devraient doubler en 2022. Les circuits de la distribution vont devoir s’organiser : les vins bio sont encore peu présents dans la GMS.
Si les consommateurs sont prêts à mettre le prix dans un vin produit sans intrant, les viticulteurs peuvent avoir de bonnes raisons à hésiter à se reconvertir. Les coûts d’exploitation de la vigne en bio sont bien supérieurs, +33% (hors récolte et foncier). L’entretien des sols demande un travail plus régulier qui mobilise plus de main d’oeuvre. « Le travail de la vigne en bio demande 37% de temps en plus », précise Mathilde Fonteneau, chargée d’études technico-économiques au BIVB : 422 heures par hectare et par an dans des vignes bio contre 300 h pour les vins conventionnels.

 

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La préférence donnée aux vins bios est particulièrement prometteuse pour les consommateurs de demain, ceux de la génération Z, portraitisée par Eric Brionès, auteur d’un ouvrage sur les idéaux et les valeurs des moins de 20 ans, « Choc Z ». Leur consommation d’alcool est nettement en retrait par rapport à leurs aînés, car elle « induit une perte de contrôle » – et n’est pas bonne pour la santé. Le vin, pour eux, accompagne un moment de détente, une parenthèse agrémentée d’une notion de bon goût et de culture. De surcroît, les vins bio correspondent à leurs valeurs d’achat de produits sains et durables.
Cette tendance positive est la traduction du nouveau pacte avec la nature, qu’évoquait en conclusion du séminaire, Brice Lalonde, l’ancien ministre de l’écologie (1991-1992), soulignant que « l'on ne connait pas les conséquences à long terme des molécules chimiques qu’on utilise. » Un discours qui ne déplairait pas à la génération Z.

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Oenotourisme : une fabrique de souvenirs

Une communication était tout à fait de circonstance alors qu’aboutit le projet des cités du vin de Bourgogne (Lire ici l’article de Traces Ecrites News) : comment s’adresser aux oenotouristes, un public qui n’est pas forcément grand connaisseur mais séduit par la culture du vin. « Il se moque des propriétés organoleptiques du vin, ce qu’il cherche est une émotion qui se transformera en souvenir », explique David Martin, directeur général de Ted Conseil.
Si la qualité de l’accueil et un pré-requis, il faut, estime t-il, raconter une histoire qui aiguise les cinq sens. Et ceci peut se faire, précise t-il, sans forcément mobiliser de gros moyens.
En attendant l'ouverture des cités des vins, pas avant 2021, c’est le Guide des Caves touristiques labellisées qui donne envie aux visiteurs de découvrir le vignoble. La nouvelle édition, bilingue (français, anglais), en deux versions, papier et numérique, que vient de publier le BIVB, répertorie 371 domaines, maisons et caves coopératives adhérentes à la charte de qualité d’accueil, repérables par le panonceau « De Vignes en Caves ». 166 caves portent également le label national « Vignobles & Découvertes »
Le guide est gratuit et disponible sur simple demande auprès du BIVB ou auprès de 400 points en Bourgogne-Franche-Comté et Auvergne-Rhône-Alpes (offices de tourisme, comités régional et départementaux du tourisme, hôtels, campings, gîtes, points d’information sur autoroute)

Photo ci-contre : Les domaines ouverts aux visiteurs sont repérables par le panonceau « De Vignes en Caves ».© BIVB / Les Créations de l'Etoile / Barillec Louis
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Dégustation au caveau. © BIVB / Image & Associés


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