L'actualité d'Albizzati Père et Fils, c'est la rénovation du Lion de Belfort et les 100 ans de l'entreprise. Les frères Alain et Jean-Louis Albizati veillent sur l'esprit de l'entreprise familiale préservé depuis l’installation en France de leur l'arrière grand-père italien, tout en recourant à l’innovation, notamment à la maquette numérique 3D, pratiquée depuis plus de cinq ans.

On ne pouvait rêver meilleur symbole pour une entreprise du BTP belfortaine que de rénover le Lion de Belfort l'année de son centenaire, cette sculpture monumentale de l’Alsacien Auguste Bartholdi, posée au pied de la falaise de la citadelle et devenue l’emblème de la cité (*). Le niveau de technicité du chantier n'est pas des plus complexes, contrairement à ce que la PME familiale a l’habitude de faire. Il n'en demeure pas moins que c'est celui qui fait parler en ce moment : « Au moins vingt fois par jour », sourit Jean-Louis Albizati, directeur général de l’entreprise Albizzati Père et Fils (**) qui co-dirige l’entreprise avec son frère Alain, PDG.
Ce chantier d’environ 40.000 € consiste en un nettoyage du grès rose des Vosges dont est faite la sculpture, par la technique de l’hydrogommage (pulvérisation de micro-granulats mélangés à de l’eau) et la réfection des joints, selon un cahier des charges très détaillé de la Drac (Direction régionale des affaires culturelles) et des Monuments Historiques.

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Le grès des Vosges, dont est faite la sculpture du Lion de Belfort, est nettoyé par la technique d'hydrogommage, mélange de micro-granulats et d'eau.

Le montage et le démontage représentent à eux seuls une semaine entière sur les trois semaines consacrées à la réfection de l’œuvre de Bartholdi. L'entreprise a choisi de ne pas prendre appui sur la statue, d'où la mise en œuvre assez complexe de l’échafaudage, ancré dans le sol et à l’arrière, dans la falaise. Ses dimensions expliquent aussi le temps d’installation de l’échafaudage : le Lion mesure 11 mètres de hauteur et 22 mètres de long. Le chantier qui démarré la semaine dernière doit s'achever début juin. L’emblême de la ville pourra assister au départ de la 7e étape du Tour de France, le 12 juillet, qui relie  Belfort à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire).



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Libérer les savoir-faire des tâches administratives

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Le chantier de la fondation Seydoux-Pathé à Paris, une coque de cinq étages en béton projeté sur une charpente métallique, réalisé en 2013-2014 en partie grâce à la maquette numérique 3D (BIM). © Albizzati.

Si l'entreprise installée à Danjoutin, aux portes de Belfort, fait figure d'institution dans le paysage économique nord franc-comtois, elle n'en est pas moins à la pointe des innovations technologiques. Elle affectionne d'ailleurs les chantiers « un peu particuliers » qui demandent la mise en oeuvre de techniques spécifiques de gros oeuvre et de terrassement, comme elle l’avait montré au début des années 2010 en réalisant les bâtiments semi-enterrés du couvent des Soeurs de la chapelle de Le Corbusier, à Ronchamp (Haute-Saône).
« La richesse du maçon, c'est son savoir-faire. Nous avons cherchons à le libérer de la paperasse pour lui permettre de mettre en œuvre ses compétences. » Aussi, après le premier ordinateur installé au début des années 1970 pour gérer les paies, Albizzati Père et Fils a doté ses chefs de chantiers de tablettes numériques en 2011 : ils accèdent et transmettent au plus vite les informations relatives au chantier, allégeant le poids des tâches administratives.

 

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La 3D est venue presque dans la foulée, suivie par le BIM (pour Building Information Modeling) ou maquette numérique 3D, qui donne accès à tous les intervenants d'un chantier (de la maîtrise d'oeuvre à tous les corps de métiers de la construction) à une banque de données contenant les différents éléments du chantier et caractéristiques des matériaux employés. Cette technologie a été utilisée pour la première fois pour la fondation Seydoux-Pathé à Paris en 2013, bâtiment conçu par Renzo Piano, avec lequel Albizzati avait déjà travaillé pour le couvent de la chapelle Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp, en Haute-Saône.
Des chantiers comme la fondation Seydoux font la fierté d'Albizzati : de grands groupes avaient alors préféré s’abstenir. « On ne s'adapte pas à l'informatique, explique Jean-Louis Albizati. C'est l'informatique qui doit s'adapter à nous, de façon simple et ergonomique. »

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Parmi les chantiers qui exigent un savoir-faire particulier – le revêtement devant être parfaitement lisse –, ce skate-park réalisé au Luxembourg. Albizzati Père et Fils a réalisé aussi celui de la place du Prado, à Marseille. © Albizzati.

Après un creux entre 2014 et 2017 où le chiffre d'affaires est retombé à 10 millions d'€, l'entreprise qui fête cette année ses 100 ans retrouve ses niveaux du début des années 2010, avec un chiffre d'affaires estimé à 15 millions d’€ pour l'exercice qui vient de s'achever, fin mars. Les dirigeants se félicitent d’avoir traversé ce ralentissement sans dommages : « Nous n'avons pas eu à débaucher. » L'entreprise compte aujourd'hui un peu plus de 80 salariés (jusqu'à 90 en comptant les intérimaires).
« Le chiffre d'affaires n'est pas notre objectif, explique Jean-Louis Albizati. Notre stratégie, consiste à ne pas casser l'outil de travail. Nous avons une responsabilité vis-à-vis des salariés : leur fournir du travail et leur assurer de bonnes conditions pour le faire. Nous restons une entreprise familiale où tout le monde se connaît et se côtoie. »
A cet égard, les dirigeants suivent avec attention le devenir de GE à Belfort : « C'est un gros pourvoyeur, avec un impact non seulement sur les chantiers industriels, mais aussi sur le logement. »

(*) Le Lion de Belfort commémore la résistance de la ville assiégée par les Prussiens durant la guerre de 1870-1871, ce qui lui permettra de rester française, contrairement aux communes alsaciennes avoisinantes. Auguste Bartholdi le réalisa en 1880.

(**) L’entreprise Albizzati Père et Fils s’écrit avec deux Z, le nom de famille avec un seul. L’absence d’un Z remonte à l’époque de l'arrière-grand-père italien des dirigeants actuels qui n'avait pas bien orthographié son nom à l’état civil.


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L’histoire d’une centenaire

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Jean-Louis Albizati, directeur général, dirige l'entreprise avec son frère aîné Alain, PDG. © Pierre-Yves Ratti.
C'est l'arrière grand-père des actuels dirigeants, Maxime, arrivé d'Italie en 1901, qui crée l’entreprise en 1919 avec son fils, Louis. L'entreprise prospère tranquillement jusqu'au coup d'arrêt de la seconde Guerre mondiale. En 1946, l'entreprise artisanale devient une Sarl et prend part à la reconstruction post conflit mondial. Elle atteint l'effectif de 80-90 salariés dans les années cinquante, ce qui reste sa jauge depuis.
Claude Albizati, fils de Louis, intègre l'entreprise familiale en 1959. Ingénieur en génie civil de l’Ensais de Strasbourg (aujourd’hui l’Insa), il apporte son expertise dans le domaine du béton armé, qui ouvrira de nouveaux marchés à partir de 1965. Devenue SA en 1962, elle se développe et construit des ateliers pour réparer et entretenir son parc de véhicules et de matériel.
Dans les années 1970, elle se diversifie dans le terrassement de grande masse et la démolition, puis le désamiantage et plus récemment la taille de pierre, pour répondre à la fois à des chantiers patrimoniaux locaux et à une volonté de prendre part à l'insertion, via des chantiers mis en place par la Ville de Belfort pour rénover les fortifications de Belfort.
Alain Albizati, l’aîné  est devenu PDG de l'entreprise en 1987 et son cadet, Jean-Louis, directeur général dix ans plus tard. Le premier a plus particulièrement en charge la gestion des chantiers ; le second la partie commerciale et les études. Quant à leur père, Claude, âgé de 82 ans, « il vient à 5 h 30 tous les matins et s'occupe de la comptabilité et de la gestion, explique Jean-Louis. C'est rassurant pour nous de pouvoir aussi lui demander son avis, d'autant qu'il ne s'offusque pas si on ne le suit pas toujours. »

 

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Albizzati Père et Fils s'est aussi positionnée sur le marché du désamiantage, avec des exigences très strictes en matière de protection du personnel. « La sécurité des salariés n'est pas négociable », explique Jean-Louis Albizati. © Albizzati.

 

2 commentaire(s) pour cet article
  1. Frédéric Peduzzidit :

    Félicitations à nos "voisins" de l'autre côté du ballon d'Alsace. Encore une histoire d'entrepreneurs venus de loin pour faire ensuite gagner leur territoire. Bonne continuation.

  2. Jeanmarie EGLINGERdit :

    Je connais la maison Albizzati depuis de nombreuses années car étant né a Belfort et ayant habité sous le mont jusqu’à mon mariage en 1973. Je suis très fier pour eux qui ont été choisis pour la rénovation de notre emblème belfortain. Longue vie a la maison Albizzati

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