Pilotée par un nouveau dirigeant, Khalid Chabi, ayant succédé au fondateur en 1990, l’entreprise de Thann (Haut-Rhin) injecte 1 million d’euros pour moderniser ses outils de confection orientés vers le sur-mesure et amorcer un élargissement d’activité, vers la publicité sur le lieu de vente ou encore les dispositifs médicaux.
C’est le premier acte majeur de Khalid Chabi à la tête de De Fil en Aiguille. L’ancien banquier, devenu chef d’entreprise il y a deux ans par la reprise de cette PME textile à Thann (Haut-Rhin), a engagé pour celle-ci un investissement d’1 million d’€ jusqu’en cette année 2023. Le programme de modernisation vise à consolider les positions conquises dans le sur-mesure de l’habillement sportif.
Si la société a grandi en effectifs depuis 2020, en passant de 18 à 30 salariés, et en chiffre d’affaires avec 1,8 million d’€ en 2022 en comparaison du niveau d'1,5 million d’€ l’exercice précédent « qui dépassait déjà celui d’avant le Covid » selon le dirigeant, elle n’a pas atteint une taille qui lui ferait prétendre jouer dans la cour de la grande série pour les marques internationales. « Notre raison d’être… et de vivre réside dans la personnalisation des équipements. Le segment pertinent pour nous va jusqu’à la petite série de 100 articles », analyse Khalid Chabi.
Typiquement, De Fil en Aiguille confectionne des maillots d’équipes sur lesquels vont s’imprimer le logo du ou des sponsors, ou encore des tee-shirts pour des manifestations spécifiques. La PME trouve alors sa clientèle directement auprès de clubs ou associations, de magasins d’articles de sport, ainsi que pour une marque de renom.
Ces gammes sportives représentent 85 % de son chiffre d’affaires. « Nous continuons ainsi à baser l’activité sur le pilier du B to B. Mais la vente directe au particulier constitue pour nous un relais de croissance, que nous actionnons avec la mise en place récente de la vente en ligne, sous notre marque propre, Defil », commente le dirigeant.

Les 15 % restants résultent aussi d’un début de diversification, vers la PLV (publicité sur le lieu de vente) - kakémonos, drapeaux, bannières… - et vers quelques autres niches comme le linge de maison ou des dispositifs médicaux (des gilets orthopédiques par exemple).
La mise en œuvre, quant à elle, repose sur un mariage soigneusement pensé entre automatisations et interventions manuelles. La découpe, par exemple, passe d’abord par une machine à pilotage numérique, avant une finition à la main. Le tissu est transmis ensuite à des couturières – ce métier-là reste exclusivement féminin dans l’atelier de Thann – réparties en deux lignes de confection, et enfin au poste de contrôle qualité. « Celui-ci passe en revue toutes les pièces, sans exception, on n’est pas dans l’échantillonnage », relève le président de De Fil en Aiguille.
L’art de la sublimation

L’équipement-phare se situe en amont de ces étapes : la calandreuse applique le procédé de sublimation qui aboutit à rendre les couleurs plus ou moins vives en jouant sur des variations de température au sein de la fourchette de 180 à 200 degrés.
L’établissement thannois en a été le précurseur, il y a trente ans, grâce à la vision avant-gardiste du fondateur de la société en 1990, l’ingénieur textile Vincent Brunner, resté à sa tête jusqu’au passage de témoin à Khalid Chabi. « Il a pris tout de suite le virage de l’impression numérique qui en était alors à peine à ses débuts », salue son successeur. Celui-ci a hérité de Vincent Brunner un projet de digitalisation lancé peu avant la crise sanitaire avec l’aide financière de la région Grand Est.
Labellisée Alsace Terre Textile, la PME se déclare prête à pousser plus loin vers l’amont les justifications d’appartenance à cette initiative collective qui est animée par le Pôle Textile Alsace. « Nos tissus formant la matière de base proviennent aujourd’hui d’Espagne principalement, ou encore d’Allemagne et Belgique. Mais nous recherchons des fournisseurs de proximité », souligne son président.

Le patron de De Fil en Aiguille menait depuis 25 ans une carrière bien remplie dans le secteur bancaire. Elle l’a menée au comité de direction du Crédit Foncier Communal d’Alsace et de Lorraine, où il était en charge de l’informatique, des risques et des finances. Mais voilà que « l’envie de se lancer dans l’entrepreneuriat » l’a gagné. « Je produisais quelque chose, d’une certaine manière, mais c’était de l’abstrait. J’avais envie d’entrer dans un univers où l’on touche physiquement le résultat d’une fabrication ». L’intermédiation d’un cabinet de fusions-acquisitions a provoqué sa rencontre avec le dossier de la PME textile de Thann. « Il m’a plu, pour son potentiel, et pour la nature même de son activité », témoigne-t-il. Celle-ci a rejoint la passion de Khalid Chabi : le sport.

































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