Ces 19 et 20 mars, le grand rendez-vous économique annuel de la capitale comtoise et troisième du nom, co-organisé par Le Grand Besançon et la CCI du Doubs, place l’humain au cœur des évolutions économiques avec pour thème prospectif, le travail, ses nouvelles formes d’organisation, les nouveaux modes de recrutement, les outils qui y sont liés, ou encore la transformation des métiers. Dominique Buccellato, directrice du développement économique, de l’enseignement supérieur et de l’emploi à la Communauté d’Agglomération du Grand Besançon (CAGB) soulève le voile.

• Comment sont nées les Journées Granvelle ?

Notre réflexion initiale découlait d’une volonté de se détacher du quotidien de l’économie, d’ouvrir pendant deux jours un espace de réflexion socio-économique et non d’affaires. Il y a trois ans avec la CCI du Doubs et plusieurs fédérations professionnelles, nous avons voulu qu’interviennent sur la thématique proposée, des philosophes, des sociologues, des enseignants, autant que des chefs d’entreprise ou des scientifiques.
Il s’agit lors de ces journées de croiser des regards, d’apporter des questionnements nouveaux, pour qu’au final il y ait, à l’aune de la propre expérience des 1.000 à 1.200 participants, d’autres pistes à explorer. Toute proportion gardée, nous fonctionnons sur le modèle des Journées de l’Économie à Lyon.

 

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• Pourquoi cette troisième édition aborde-t-elle le travail et ses évolutions possibles ?

Ce thème directeur procède en partie des deux premières éditions qui, je le rappelle, étaient plus techniques et traitaient de l’industrie du futur et de l’intelligence artificielle. Pour chacune d’elle, le travail n’a toutefois jamais été absent. La place de plus en plus présente des nouvelles technologies l’impacte forcément dans son quotidien. Tout comme l’intelligence artificielle oblige à repenser la fonction du manager ou de l’encadrant. A titre d’exemple, dans une usine, le rôle du chef d’atelier évoluant avec une équipe qui peut, grâce à l’intelligence artificielle, fonctionner avec une très grande autonomie, en matière de qualité, d’ergonomie, de gestion des commandes…, se trouve complètement bouleversé.

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Le philosophe Luc Ferry intervenait l'an dernier lors des Journées Granvelle consacrées à l'intelleigence artificielle. © Grand Besançon.

 

• L’édition 2019 veut donc replacer l’humain au sein d’un monde économique en constante évolution et rapide, voire trop rapide...

Oui, c’est bien l’idée fondatrice : et l’humain dans tout cela ? Quelle place occupera le travail dans la société ? Sera-t-il demain un facteur d’épanouissement, d’intégration ou au contraire une nouvelle forme de sujétion ? Voilà pourquoi, nous avons voulu que la conférence d’ouverture : « Travail du futur, futur du travail, décryptage et enjeux »,  pose le cadre avec pour intervenants, le philosophe Raphaël Enthoven et Danièle Linhart, directrice de recherche et sociologue au CNRS, auteur d’un livre que je recommande, La comédie humaine du travail.

• Pour en dire un peu plus du futur du travail, quelle forme peut-il  prendre  demain ?

Avec les contraintes de plus en plus lourdes du temps perdu dans les transports, on peut d’entrée évoquer le télétravail, mais aussi l’intrapreunariat qui permet de valoriser la prise d'initiative des salariés dans des projets innovants à l'intérieur même de leur entreprise, ou encore l’ubérisation. Et que dire de l'holacratie, système d'organisation de la gouvernance entièrement axée sur l’intelligence collective.
Le travail se fait alors au sein d'équipes auto-organisées et en totale autonomie. A l’opposé, il faut aussi considérer que des métiers aujourd’hui menacés, disparaîtront. Le champ des réflexions est donc très vaste.

 

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• À vous entendre, l’entreprise doit nécessairement repenser une grande partie de son organisation...

À n’en pas douter, surtout en termes de management et de recrutement. Le management de proximité, où l’on devient plus formateur et détecteur de talents cachés, que répartiteur de tâches risque de devenir la règle. En matière de recrutement, c’est la même chose. Je connais des entreprises qui markètent leurs offres afin d’attirer des candidats sur des métiers en tension payés au smic.
Le salaire ici est complété par l’accès à une crèche, à une ambiance de travail différente, à une salle de détente, à des massages offerts… D’autres utilisent des serious game pour présélectionner des candidats. Ici encore, le champ des possibles est très large.

• Pourquoi avoir voulu qu’Emmanuelle Duez, la fondatrice de The Boson Project, conclue vos journées ?

En raison de ce qu’elle professe au sein des entreprises où elle intervient en faisant de chaque collaborateur, l’acteur de la transformation. De plus, son discours sur l’obsolescence des compétences repousse les lignes.
Selon Emmanuelle Duez, 50% des compétences présentes aujourd’hui dans l’entreprise seront obsolètes dans les deux ans et à l’horizon 2030, 60% des métiers qui vont embaucher n’existent pas encore.

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