Dans ses laboratoires de Daix, près de Dijon, Inventiva cherche les médicaments du futur, et espère mettre sur le marché son candidat-médicament phare, le Lanifibranor, qui lutte contre le « foie gras ». La prometteuse biotech est engagée dans une passionnante course, sur le fil du rasoir. Elle vient de lever avec succès 8,8 millions d'€.


La recherche de médicaments fait partie de ces aventures des temps modernes, passionnantes, stimulantes mais également risquées. Les entreprises, dans ce secteur, affrontent de permanentes montagnes russes, surtout quand elles ne dépendent pas d’un « Big Pharma » (un gros industriel de la pharmacie), et sont indépendantes.  C’est le cas d’Inventiva née en 2012, à partir de l’unité de recherche des défunts Laboratoires Fournier de Dijon et avec un financement de 100 millions d’€ sur 5 ans assuré par l’Américain Abbott, qui en était le propriétaire.
Cette Société Anonyme à Conseil d’administration développe des médicaments potentiels dans le domaine des fibroses et de l’oncologie. L’affaire a tout d’une course de lenteur : il faut 10 années au minimum pour développer un médicament et le mettre sur le marché. Les besoins financiers, le temps d’espérer un retour sur investissement, sont considérables.

 

LCRDijon


À preuve, en septembre, Inventiva a clos une levée de fonds de 8,8 millions d’€, en deux tours de table.
New Enterprise Associates (NEA), un investisseur américain de premier plan dans le secteur des biotechnologies, est entré au capital à hauteur de 11,7%. Les actionnaires antérieurs, BVF Partners L.P., Novo Holdings A/S et Sofinnova ont suivi cette augmentation de capital. Les fondateurs Frédéric Cren et Pierre Broqua demeurent, ensemble, les premiers actionnaires et détiennent la majorité des droits de vote.
Dans son secteur ô combien concurrentiel, Inventiva dispose de solides atouts  : des équipes d’expérience, des programmes de recherche sur des maladies « porteuses », une formidable chimiothèque forte de 240.000 composants, un beau portefeuille de brevets internationaux, avec 3 à 4 dépôts annuels, et pléthore d’équipements.


La frilosité des investisseurs français et européens

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Inventiva développe un programme, encore précoce, en oncologie, et deux autres, très avancés, dans le domaine de la fibrose. © Arnaud Morel

Lent, le développement d’un médicament est également très incertain. Une molécule jugée prometteuse peut à tout moment faire long feu, et plonger la société dans le rouge. Ainsi, quand Inventiva annonce, en février dernier, l’échec d’une étude clinique, dans la journée, son cours Euronext s’effondre de 45 % ! Il peut remonter presque aussi vite quand les nouvelles sont positives.
Inventiva « brûle » 3 à 3,5 millions d’€ par mois, environ 40 millions à l’année. Elle a en permanence besoin de capitaux, son chiffre d’affaires restant largement anecdotique (3,3 millions d’€ en 2018, 1,3 million au premier semestre 2019). « Je passe une bonne moitié de mon temps à chercher et convaincre des investisseurs, c’est un des aspects de mon métier auquel j’étais le moins préparé. Il a fallu apprendre, et découvrir comment marche ce monde des fonds d’investissement », décrit Frédéric Cren, le PDG et co-fondateur d’Inventiva, avec Pierre Broqua, son directeur scientifique. L’homme regrette d’ailleurs de devoir chercher ses partenaires outre-Atlantique, et se plaint de la frilosité des investisseurs français et européens. « Il n’y en a que pour les start-up, on ne s’intéresse pas assez aux biotech », lâche-t-il.
Aujourd’hui, l’entreprise compte 90 salariés, dont 50 chercheurs, et 20 personnes en charge des essais cliniques, qui interviennent dans les dernières phases du développement du candidat-médicament. L’essentiel de l’effectif provient des anciens Laboratoires Fournier, avec quelques recrutements plus récents.

 

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Inventiva développe un programme, encore précoce, en oncologie, et deux autres, très avancés, dans le domaine de la fibrose : « Lanifibranor », contre la cirrhose non alcoolique du foie, alias stéatohépatite non alcoolique (NASH), et « Odiparcil » pour la mucopolysaccharidose de type 6 (MPS 6), une maladie de surcharge lysosomale (une maladie génétique dégénérative).
Le Lanifibranor est le plus avancé, avec une étude en phase IIB  (la phase de démonstration de l’efficacité du traitement) appuyée sur des études cliniques dans 70 établissements de santé de 17 pays, dont les USA. Au premier semestre 2020, Inventiva annoncera les résultats de cette étude, lesquels seront déterminants.
La molécule est très prometteuse, et vient de bénéficier du statut privilégié dit « Fast Track » auprès de la Food and Drug Administration (FDA) américaine. « C’est un grand signe d’intérêt de leur part, qui consiste essentiellement en un accès aisé à leurs services, pour accélérer une éventuelle mise sur le marché », décrypte Frédéric Cren.

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Frédéric Cren, PDG et cofondateur d'Inventiva. © Arnaud Morel

Cependant, pour prometteuse qu’elle soit, la molécule arrivera peut-être un peu plus tard que ses concurrentes... « Actuellement, il n’existe aucun traitement pour la NASH. Mais deux molécules pourraient être mise sur le marché avant la nôtre. La demande est énorme, il y a de la place pour plusieurs acteurs, et nous avons un vrai argument différenciant : notre molécule augmente la sensibilité à l’insuline », analyse le PDG.

Naissance d’un médicament

Il serait évidemment illusoire de tenter d’expliquer en détail la magie de la chimie et de la biochimie qui s’opère en ces lieux. Tout juste osera-t-on évoquer les grandes lignes d’un processus long, risqué et hautement technique qui aboutit, parfois, à la création d’un médicament. 
D’abord, l’équipe s’intéresse à une ou des pathologies, tentant d’en comprendre les mécanismes d’action et de propagation, et d’en identifier les acteurs cellulaires.

Ensuite, les 50 chercheurs de l’entreprise puisent, dans l’immense chimiothèque que possède Inventiva, des molécules potentiellement actives dans la pathologie, qu’ils testent, comme un serrurier essaierait des milliers de clefs pour une serrure. 

S’en suit une phase de plusieurs années de dialogue permanent entre les équipes de chimistes et de biologistes, autour de la molécule, pour en améliorer les propriétés, comprendre son action au niveau cellulaire et dans le corps. Il faut aussi démontrer son efficacité sur la maladie visée et son innocuité pour l’homme.  


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Le laboratoire de purification, méthode qui consiste à isoler des molécules. © Arnaud Morel
À l’image d’un sculpteur qui façonne une matière brute, les chercheurs modèlent, ajustent, scindent le composant au niveau moléculaire pour créer un assemblage stable et admissible, dont on suppose qu’il pourra avoir une action sur l’une ou l’autre des pathologies humaines. Celui-ci est testé sur des cultures de cellules, puis, plus tard, sur des modèles animaux représentatifs de la maladie. 

À ce stade, après des études poussées de toxicologie, la molécule devient candidat médicament et est testée sur les humains.
D’abord sur des sujets sains, et à faible dose, pour en vérifier l’innocuité, puis, lors des essais cliniques de phase II, sur des patients, pour en mesurer l’effet thérapeutique. Si ces essais sont concluants, le candidat médicament entre dans son ultime phase de validation - la phase III - qui précède sa commercialisation.
Et là, c’est potentiellement le jackpot, financier pour la société, et médical pour les malades.

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2 commentaire(s) pour cet article
  1. Arnaud Moreldit :

    Bonjour Monsieur Dupont, je suis l'auteur de l'article ; merci de votre commentaire. Vous avez raison de signaler ces licenciements, intervenus au second trimestre dernier. Cependant, 17 personnes ont été licenciées, 10 autres étaient en CDD, non renouvelés. Quant au pourquoi, il est à chercher du côté de l'échec de l'étude FASST évaluant Lanifibranor dans la sclérodermie systémique.

  2. Jean Dupontdit :

    Pour être complet, il serait bien de rappeler qu'Inventiva a licencié cet été 27 personnes, sans doute en pré-requis à la levée de fond.

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