Confrontée à la crise du secteur du pétrole et du gaz, la PME basée à Munster en Alsace a évité licenciements et chômage technique en diversifiant ses activités. À la production de centrales de lubrification, Oeltechnik a ajouté la fabrication de panneaux gaz et de skids, en attendant les stations à hydrogène. La récente hausse du prix du baril de pétrole est un bon signe pour l’industriel, mais rien n’indique s’il s’agit d’une bulle ou d’une tendance à long terme.

Depuis 2014, le prix du baril de pétrole a été divisé par quatre. Certes il a augmenté ces derniers mois, mais à un niveau sans aucune comparaison avec la période précédente. En cinq ans, toute la filière pétrolière et gazière s’est engluée dans une crise sans précédent entraînant des restructurations à la fois dans les grosses compagnies industrielles et dans les sociétés d’ingénierie. 

Oeltechnik à Munster (Haut-Rhin) y a échappé. La PME de 45 salariés a évité les licenciements et le chômage technique. Son chiffre d’affaires a reculé de 10,7 millions d’€ en 2014, à 8 millions l’an dernier, mais Oeltechnik est resté bénéficiaire et aujourd’hui, elle repart à la hausse. « Car nous sommes plus petits, plus flexibles et nous respectons mieux les délais de livraison », affirme Isabelle Holub-Becker, la dirigeante.


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Historiquement spécialisée dans la fabrication de centrales de lubrification, Oeltechnik doit aussi son salut à une diversification entamée il y a plus de 10 ans. Elle fabrique aussi des panneaux gaz d’étanchéité et des skids de traitement du gaz, – des unités intégrées incluant équipements et tuyauterie –. « Ces cinq dernières années, nous avons sorti le même nombre de machines, environ 50 centrales de lubrification et skids par an », assure la dirigeante.
Isabelle Holub-Becker continue d’explorer de nouveaux horizons, celui du marché des énergies renouvelables, notamment les stations à hydrogène. Elle s’intéresse aussi aux innovations proposées par les jeunes entreprises. Depuis le début de l’année, elle en a rencontré trois et se dit même prête à investir dans une co-entreprise avec une start-up prometteuse. « Nous cherchons toujours à nous diversifier, mais tout en restant dans notre domaine de connaissance », prévient Isabelle Holub-Becker. 


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Oeltechnik fabrique depuis plus de 10 ans des skids pour le traitement du gaz – unités intégrées incluant équipements et tuyauterie –. © Julie Giorgi.

Depuis janvier 2018, la dirigeante a créé une « commission avenir » au sein de son entreprise, qui se réunit tous les mois. Le groupe formé avec les salariés a donné naissance à une plaque à orifice. Un produit que l’entreprise devait auparavant acheter pour fabriquer certaines machines et dont les délais de livraison s’étalaient jusqu’à cinq mois. « Cela nous tire une épine du pied au niveau des délais et cela nous permet de communiquer à nos clients que nous savons aussi fabriquer cette pièce », indique la dirigeante. 

La fabrication de tels sous-composants fait d’ailleurs partie intégrante de sa stratégie, engendrant des commandes de pièces de rechange et soutenant l’activité en période creuse. « Cela apporte des heures de production et permet d’éviter le chômage technique. En France, il difficile d’adapter son équipe à son chiffre d’affaires », déplore Isabelle Holub-Becker.



Une hausse du chiffre d’affaires en 2019

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Cette année, les voyants reviennent tout doucement au vert. Oeltechnik prévoit d’embaucher au moins deux personnes. © Julie Giorgi.

La PME alsacienne, qui n’a plus de concurrents en France, se bat avec les acteurs européens, surtout Italiens et Polonais aux coûts horaires de main-d’œuvre bien moins élevés. Pourtant cette année, les voyants reviennent tout doucement au vert. La société prévoit d’embaucher au moins deux personnes car le début de 2019 a été prometteur.
Le chiffre d’affaires devrait croître à 9 millions cette année grâce à la signature d’un contrat sur les panneaux gaz avec un nouveau client. Une affaire apportée par la maison-mère d’Oeltechnik en Allemagne, qui ne produit pas ce type de machines.

La hausse du prix du baril de Brent est un bon indicateur, mais qui demeure incertain. « Les prix du marché restent très bas. On ne sait pas encore s’il s’agit d’une bulle ou d’une tendance à long terme. » Isabelle Holub-Becker reste prudente…

Qui est Isabelle Holub-Becker ?

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© Julie Giorgi.
Isabelle Holub-Becker, 49 ans, est diplômée de l’École Nationale Supérieure des Arts et Industries Textiles (ENSAIT) de Roubaix. Elle entre chez Oeltechnik en 1994 comme ingénieure chargée d’affaires, puis responsable financière.
En 2009, elle devient gérante à la suite de son père, Bernard Becker, qui était le dirigeant depuis la création de l’entreprise en 1977.

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