Depuis son arrivée en 2017 à la tête de l'entreprise à Talant (Côte-d'Or), le dirigeant au parcours éclectique en a dépoussiéré le fonctionnement. Il s’efforce de respecter deux priorités hors la performance économique : anticiper les évolutions écologiques de son métier et favoriser le bien-être des salariés.


Fabien Verstraeten est un touche-à-tout polyvalent. Le directeur de la blanchisserie Lavande de Talant (Côte-d’Or) a démarré sa vie professionnelle au Mac Do avant de travailler dans la transaction immobilière orientée vers un public britannique, à la tête d'une société qu’il a revendue en 2013.

Son aventure dans le domaine du lavage démarre lorsqu’il rachète un pressing de campagne situé à Pouilly-en-Auxois en Côte-d’Or. Son idée à l’époque : reprendre des petits commerces en difficulté dans le but de les « remettre sur pied » et de les faire prospérer jusqu'à leur revente. Après un gros travail de prospection de clientèle auprès de gîtes autour de Pouilly-en-Auxois, il fait évoluer sa structure jusqu’à en tripler le chiffre d’affaires à 120.000 € au moment de sa cession.

Il rachète les parts sociales de la blanchisserie Lavande en 2017 pour 156.000 €. L'entreprise fondée 14 ans plus tôt (elle a fêté ses 20 ans ce 6 juin 2023) fonctionnait « à l’ancienne » selon son regard, avec « des factures sur papier » et de « vieilles machines qui n’étaient plus adaptées voire même dangereuses. »

 

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Fabien Verstraeten rachète les murs en 2021 puis réalise une extension, investit dans des équipements plus modernes (machines d’emballage pneumatiques, trains de repassage…) et remet l’entreprise aux normes de sécurité. Lavande compte aujourd’hui 9 salariés auxquels s’ajoutent trois saisonniers durant la période touristique. Son chiffre d’affaires est passé de 246.000 € au moment de l’achat en 2017 à 716.000 € en 2022, pour un bénéfice net de 60.000 €.

Elle travaille avec des établissements prestigieux comme le Grand Hotel La Cloche à Dijon, des péniches de luxe (Elegant Waterways, European Waterways), des chefs restaurateurs comme Guillaume Royer meilleur ouvrier de France et l’étoilé Michelin dijonnais Angelo Ferrigno. La PME est également référencée par les assurances dans les situations de sinistre et intervient auprès des traiteurs sur de grands événements comme les Coupes Moto Légende au circuit automobile de Dijon-Prenois.

 

Du rab au déjeuner

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La blanchisserie assure une fonction de pressing pour les clients du Grand Hôtel de la Cloche à Dijon. © Sabrina Dolidze


Fabien Verstraeten ne tient pas en place. À la blanchisserie, vous le croiserez en train de mettre des draps dans une machine, sortir du linge sale… Quand il a repris l’entreprise, après une phase d’observation, il s’est rendu compte de besoins de changement. Les salariés n’avaient alors pas vraiment d’espace pour leur pause déjeuner, si ce n’est dans un petit local attenant aux toilettes. Alors, il n’a pas hésité à transformer ce qui était le bureau du directeur en salle de pause et à faire muter son modeste bureau dans les combles d’une mezzanine actuellement en travaux. 

À son arrivée, les salariés étaient un peu circonspects devant ce directeur qui leur demandait si la pause déjeuner n’était pas trop courte : « vous êtes sûrs que 20 minutes suffisent ? Une demi-heure, cela ne serait pas mieux ? » leur lança-t-il. Du coup, la pause repas a été prolongée. Les salariés n’étaient pas habitués non plus à ce qu’on leur laisse de l’autonomie.

 

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Fabien Verstraeten a revu complètement l’organisation du travail, en intégrant de la souplesse pour les salariés, tout en effectuant une opération économiquement rentable. « Aujourd’hui, on est capable d’en faire plus, en moins de temps. Les salariés travaillent du lundi matin au vendredi après-midi. Auparavant ils revenaient le samedi matin jusqu’à 13 h », compare-t-il. Et dans l'intervalle du rachat à l'année 2022, Lavande est passée de 87 tonnes traitées à environ 200 tonnes, correspondant à  640.000 pièces l'an dernier.

Le personnel pointe, mais il dispose d'une marge d’action pour gérer ses horaires d’arrivée et de sortie sur la base d’un planning préétabli. Comme l’entreprise fonctionne bien, le directeur a décidé de mettre en place des primes de Noël et des primes de fin d’année, jusqu’à 1.200 € pour la dernière.

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Dans la partie pressing, une salariée trie des vêtements confiés à l'entreprise suite à un sinistre. © Sabrina Dolidze


Il y a quelques années, la blanchisserie faisait appel à des travailleurs en ESAT (établissement et service d’aide par le travail). Satisfait par la qualité de leur prestation, Fabien Verstraeten a décidé de les recruter et de donner une chance à ces personnes désormais complètement intégrées dans le milieu ordinaire. Il a adapté la programmation des séchoirs avec des notices simplifiées, et a notamment mis en place un système de couleurs pour insérer les draps plus facilement sur le train de repassage, un « pense-bête » qui permet d’ailleurs d’augmenter la rapidité d'exécution à ce poste de travail pour tous les salariés. Conscient de la pénibilité que représentent les tâches dans une blanchisserie, Fabien Verstraeten a décidé de faire intervenir une fois par mois une masseuse. Avec sa chaise ergonomique, elle intervient tour à tour auprès des salariés de la blanchisserie.

 

Anticiper les normes écologiques et sanitaires 

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Le train de repassage acquis l'été dernier pour 160.000 € permet de repasser et plier automatiquement
des grandes nappes avec précision. © Sabrina Dolidze


Le dirigeant veille à développer son activité en anticipant les normes écologiques.
Les pressings ont été fortement impactés en France par l’interdiction de l’usage du perchloroéthylène. Dès 2013, ils ne pouvaient plus acheter de machines utilisant ce composant. Cette substance à l’odeur très caractéristique dans les pressings était jusqu’alors incontournable pour le nettoyage à sec des tissus. Le solvant très volatile a été interdit car susceptible de provoquer des cancers au contact de matière ou à son voisinage. En investissant dans de nouvelles machines, Fabien Verstraeten a fait le choix de se séparer plus tôt du perchloroéthylène et d’aller vers des solutions alternatives, accompagnés par les aides de l’Etat et de l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse.

La blanchisserie Lavande s’est penchée sur des solutions combinant exigence environnementale et intérêts économiques. La javel a été remplacée par des produits plus écologiques de la société espagnole Proquimia, et de nouveaux programmes ont été intégrés pour travailler en basse température. L’usage de l’eau a été complètement repensé, avec un circuit qui réalimente toutes les machines par le biais d’un surpresseur. Ce geste a permis une économie de 120 % de la ressource.

 

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Conforté par les bonnes performances, Fabien Verstraeten a même imaginé la construction d’une blanchisserie idéale où tout était pensé en mode économie d’énergie : l’orientation des surfaces en étoile pour que certains bâtiments en protègent d’autres, une toiture permettant de récupérer les eaux de pluie, des panneaux photovoltaïques sur le toit… Mais le Covid est passé par là. Souffrant en outre d’un surmenage, l’entrepreneur a décidé de prendre un peu de temps avant de déployer de nouveaux projets. C’est la première fois qu’il avoue prendre des vacances en juillet depuis son arrivée. On les lui souhaite ressourçantes.

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