MÉCANIQUE. Sauvée fin 2009 d’une disparition pure et simple par Éric Michoux, le créateur du groupe Galilé, Escofier reprend du poil de la bête.

Le dernier fabricant français de machines-outils de formation à froid du métal par roulage investit, recrute, innove et s’implante à l’international : Allemagne, Inde et bientôt aux États-Unis.

L’entreprise de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) se bat pour décrocher d’importants contrats, dont un avec Renault qui implante une usine pour voitures à bas coût en Inde.

Jean-Claude Boyer, directeur général délégué de Galilé et vice-président d’Escofier, évoque quelques solutions simples pour relancer l’industrie française.

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La visite commentée d’Escofier (5,5 millions d’€ de chiffre d’affaires, 6,1 millions prévus cette année, une quarantaine de personnes) par Éric Michoux laisse pantois.

Le dirigeant du groupe Galilé (*), qui contrôle également les entreprises industrielles côte-d’oriennes CLM Industrie (Dijon) et Provéa (Venarey-Les Laumes), préserve une technologie nationale unique.

Reprise en novembre 2009 à la barre du tribunal, l’entreprise est un des très rares fabricants mondiaux de machines-outils de formation à froid de métal par roulage. Le dernier des Mohicans nationaux, comme dans son domaine le Dijonnais Vernet-Behringer pour les machines-outils à destination des charpentiers métalliques.

Ses équipements produisent des pièces en grande série par pression à froid sur le métal donc, sans enlèvement de matière. «Nous fabriquons également les gammes d’outils adaptées», précise Éric Michoux.

Le marché de l’industriel est à 80% international. Sa clientèle est composée de grands équipementiers de l’aéronautique, de l’automobile et de fabricants de tubes.

Pour relancer la mécanique d’Escofier (**), 650 000 € ont été injectés mi-2010 afin de renforcer un parc machine rendu petit à petit obsolète, indépendamment de la centaine de milliers d’euros dépensés chaque année en investissement courant.

Pas moins de 500 000 € serviront cette année à acquérir une nouvelle rectifieuse qui divisera pas six les temps d’usinage et par deux les temps d’opérateur.

Les grands groupes invités à mieux jouer le jeu

Dans sa stratégie des trois I, l’innovation tient une place importante.

«Nous nous positionnons sur le haut de gamme avec un avantage concurrentiel qu’il nous faut à tout prix préserver», indique Stéphane Vandenabeele, directeur général chez Escofier.

Mais, confidentialité oblige, on n’en saura guère plus sur les derniers développements.

Si ce n’est toutefois que la co-entreprise montée en Inde avec l’entreprise locale MTE Industrie (2,5 millions d’€ de chiffre d’affaires, 150 salariés) caresse d’importants projets avec Renault.

Le constructeur automobile va implanter une seconde usine pour fabriquer à destination du marché indien une voiture à bas coût (37% inférieur à l’actuel Logan).

«Nous travaillons à convaincre que nos équipements sont les meilleurs pour fabriquer les pignons des boîtes de vitesse», souligne Jean-Claude Boyer, directeur général délégué de Galilé et vice-président d’Escofier.

Cet ingénieur mécanicien n’a pas sa langue dans sa poche et milite pour une vraie politique nationale de renouveau industriel.

«J’ai mis plus d’une année à faire reconnaître en France notre co-entreprise indienne, alors qu’il n’a fallu que quatre jours pour créer notre filiale en Allemagne et, je passerai sans doute seulement quatre heures à monter notre future société aux États-Unis. Les aides à l’export sont une véritable jungle où une chatte perdrait ses petits et il conviendrait, comme le fait l’Italie, qu’on offre aux industriels la location de stands, trop coûteuse sur les grands salons internationaux», argumente le dirigeant.

Il invite aussi les grands groupes nationaux à imiter leurs homologues allemands qui emmènent leurs fournisseurs prospecter avec eux à l’étranger.

Enfin, cet homme charmant, mais au caractère bien trempé, invite les dirigeants de PME à humer l’air du grand large, en évitant l’arrogance de celui qui impose ses choix pour préférer l’attitude de celui qui suggère un besoin.

«On conçoit et on réalise très bien en France mais, on ne sait pas vendre», glisse t-il.

(*) Galilé réalise 30 millions d’€ de chiffre d’affaires et emploie plus de 210 salariés.

Outre ses trois entreprises bourguignonnes, le groupe exploite cinq sociétés spécialisées sur le couloir rhodanien dans la location et la maintenance de chariots élévateurs.

(**) Créée en 1924 par Louis Escofier, l’entreprise est passée dans le giron de Vallourec en 1978 pour être rachetée par huit cadres en 2006 et péricliter définitivement faute de moyens et d'avoir pu bénéficier d'une amélioration continue de sa productivité.

Crédit photo : Michel Sarrazin

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