L’édition 2026 du salon Euro Supply Chain au Parc Expo de Mulhouse, le 9 juin prochain, offrira une photographie des évolutions de la logistique et de la supply chain régionale. A l'approche du rendez-vous, nous vous proposons un dernier focus sur des entreprises qui pratiquent concrètement ces mutations. Il en est ainsi du groupe bourguignon Rousseau. Tout juste lauréat national des Victoires des Autodidactes 2026, son président Eric Rousseau a construit en trente ans un groupe de transport et de logistique dont le chiffre d’affaires dépasse désormais les 100 millions d’euros, depuis Clamecy dans la Nièvre. Entre développement de la supply chain, montée en puissance dans l’agroalimentaire, décarbonation accélérée de la flotte et préparation de la transmission à sa fille Jade, le dirigeant orchestre une nouvelle phase de transformation pour son entreprise familiale.
Son parcours professionnel vient d’être récompensé au niveau national. Candidat de la Place Financière Bourgogne-Franche-Comté à la Victoire des Autodidactes, Eric Rousseau a remporté, le 5 mai dernier, le trophée national de cette compétition, face à six autres entrepreneurs venus de toute la France. Il avait décroché, le 23 mars dernier, le titre régional. Le groupe Rousseau, qu’il a créé en 1994, emploie aujourd’hui plus de 1.000 collaborateurs, dont 691 conducteurs, et il exploite une flotte de 700 véhicules-moteurs. Chaque année, ses camions parcourent plus de 50 millions de kilomètres en France et ailleurs en Europe.
Le groupe est implanté dans six départements : la Nièvre son fief dont le siège social à Clamecy, l’Yonne, le Cher, le Puy-de-Dôme, la Gironde et le Nord. Sa croissance s’est construite sur ce positionnement atypique de déploiement dans des territoires ruraux. « Dans de telles zones, on subit moins de turnover des collaborateurs », justifie Eric Rousseau. Même les implantations situées près des grandes métropoles, comme celle au nord de Bordeaux, restent volontairement localisées hors des centres urbains.
Si le groupe Rousseau demeure historiquement identifié au transport routier, son activité s’est fortement diversifiée. Il dispose aujourd’hui de plus de 110.000 m² d’entrepôts logistiques, où ses équipes assurent stockage, préparation de commandes, picking et gestion des flux pour les clients industriels et distributeurs. « Nous essayons de faire du transport sur-mesure, mais aussi du stockage à la demande, avec une vraie valeur ajoutée et un service premium », explique Eric Rousseau. Certains stocks sont statiques, d’autres tournants, l’entreprise s’adapte en fait aux cahiers des charges de sa clientèle.

Selon les lieux, Rousseau peut stocker jusqu’à 20.000 palettes simultanément, dont 5.000 par exemple à Corvol-l’Orgueilleux, près de Clamecy. La stratégie actuelle vise à renforcer les positions dans l’agroalimentaire. Dans ce but, plusieurs sites sont engagés dans une certification IFS, référentiel qui certifie les fournisseurs d'aliments des marques de distributeurs, telles les plateformes de Monéteau (Yonne) et Saint-Florent-sur-Cher (Cher). « Cette procédure tire l’entreprise vers le haut. Elle permet de démontrer à nos clients que nous sommes vertueux dans la gestion et la traçabilité des produits alimentaires », explique le dirigeant.
La montée en gamme doit permettre au groupe de conquérir de nouveaux marchés auprès de l’agroalimentaire et de la grande distribution, sans remettre en cause son modèle fondé sur la proximité client. Le portefeuille reste d’ailleurs très varié par précaution : le plus gros client ne pèse que 7,5 millions d’euros sur un total de chiffre d’affaires de quelque 100 millions d’euros qui doit solder l’exercice 2025/26 en cours de clôture.
La décarbonation, à piloter avec les impératifs économiques
L’autre transformation majeure engagée par le groupe concerne la décarbonation de la flotte. Dans un secteur du transport soumis à une pression environnementale croissante, Rousseau a fixé un cap ambitieux : « verdir » 30 % de son parc moteur d’ici 2030. Le groupe expérimente différentes technologies depuis plusieurs années : véhicules électriques, biocarburants B100 et HVO (biocarburants renouvelables fabriqués à base de déchets et d'huiles végétales).
Aujourd’hui, la stratégie se concentre principalement sur deux axes : l’électrique et le B100 au fur et à mesure des renouvellements. C'est ainsi que la flotte comprend déjà six camions électriques, une vingtaine de véhicules au gaz et une quinzaine roulant au B100. Les autres poids lourds roulent en diesel B7, faute d’alternative techniquement viable sur certaines longues distances. « L’écologie sans l’économique, ça ne marche pas », insiste le dirigeant. « Nous avons un métier à faible marge. Il faut que l’équilibre financier soit au rendez-vous. »
Le défi est aussi d'ordre industriel et énergétique. Le développement de l’électrique suppose d'importants investissements en infrastructures. « Une borne d’un mégawatt coûte environ 400.000 euros », rappelle Eric Rousseau. Pour maximiser ces engagements coûteux, le dirigeant raisonne par secteur : « J'ai un site dans le Pas-de-Calais il a 25 camions. Au fur et à mesure je vais renouveler ma flotte en installant 25 camions électriques là-bas », illustre-t-il.

Au-delà du développement économique, Eric Rousseau prépare désormais l’avenir de son entreprise familiale. Sa fille Jade, 27 ans, travaille dans le groupe depuis quatre ans et en est devenue directrice générale adjointe l’an dernier. « Elle a un leadership naturel », estime son père. « Quand l’élève aura dépassé le maître, il faudra se mettre sur le côté. » La transmission est déjà engagée, même si le fondateur ne cache pas son envie de rester encore longtemps aux commandes. Le groupe conserve d’ailleurs une forte dimension familiale. Beau-frère, neveux, belle-fille : plusieurs membres de la famille Rousseau occupent des fonctions opérationnelles dans l’entreprise.













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