TOURISME/MOSELLE. Le succès du Centre Pompidou installé il y a près de 10 ans et la folie constructive qui s’en est suivie sur les anciennes friches militaires voisines, ferait presque oublier que Metz est depuis longtemps un livre d’architecture à ciel ouvert.
Des époques antique et médiévale, discrètes, au classique en passant par la Renaissance qu’éclaire une exposition sur l’architecte Blondel pendant quelques semaines encore, les styles foisonnent dans la cité lorraine, bousculés par une occupation germanique en plusieurs épisodes.
Découverte.

 

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La cathédrale Saint-Etienne depuis le porche de l'Hôtel de Ville. © Traces Ecrites.


L’actualité de Metz se situe encore dans le quartier de l’Amphithéâtre, derrière la gare ou plutôt dans le périmètre du Centre Pompidou-Metz, implanté en 2010 qui contribue pour plus de la moitié aux 600.000 contacts annuels qu’enregistre l’office de tourisme, dont 55% d’étrangers. Il compte parmi les musées les plus fréquentés de France.


En septembre ouvrira le centre de congrès Robert Schumann, 15.300 m2 d’espaces d’exposition et de salles de congrès. L’an dernier, c’était le centre commercial Muse qui tenait la vedette avec ses 37.000 m2 de surfaces commerciales. L’an prochain, ce sera certainement « l’hôtel Starck » surmonté d’une inspiration de la villa Salomon implantée dans le quartier impérial en 1904.


Le quartier de l’Amphithéâtre, ainsi baptisé car avant les casernes avait été implanté un amphithéâtre romain de 25.000 places, n’aura pas mis 10 ans pour sortir de terre.

 

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Le centre Pompidou-Metz et au fond, le centre commercial Muse. © Traces Ecrites.

 

Comme au centre-ville, c’est un concentré de gestes architecturaux qui resteront dans l’histoire : Shigeru Ban (Centre Pompidou), Nicolas Michelin (Muse), Jean-Michel Wilmotte (centre de congrès), Jean-Paul Viguier, Philippe Starck (l’hôtel), Christian De Portzemparc (des logements). Rien d’étonnant alors que la capitale de la Moselle postule au classement au patrimoine mondial de l’Unesco en faisant valoir sa diversité architecturale, même si le dossier n’a pas encore abouti.

 

C’est la cathédrale Saint-Etienne qui donne le LA de cette symphonie. Son profil imposant, du haut de ses 42 mètres, en fait l’une des plus hautes cathédrales de France après Amiens et Beauvais.

 

Et pour rester dans les superlatifs, elle affiche l’une des plus vastes surfaces de vitraux avec près de 6.500 m2. La flèche de la tour de la Mutte, à 88 mètres de hauteur, renforce son rôle de signal. Une incongruité historique : c’était le clocher de l'ancien beffroi communal, inséré dans un édifice religieux.

 

L’architecte des Lumières pour la première fois présenté

 

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La cathédrale a été remaniée dans un style gothique du 19ème siècle.© Traces Ecrites.

 

Toujours en travaux – un programme de plus de 5 millions d’€ de nettoyage des façades vient de s’achever – la cathédrale Saint-Etienne doit beaucoup de son panache à Jacques-François Blondel. Il a donné au quartier, son visage actuel.

 

A son arrivée à Metz en 1761, c’était un enchevêtrement de bâtiments iconoclastes qui le rendait inaccessibles en carrosse. L’architecte qui avait ouvert la première école privée d’architecture d’Europe, rue de la Harpe à Paris, allait rédiger un Cours d’architecture en six volumes de textes et planches et contribuer à l’Encyclopédie de Diderot avec pas moins de 500 articles, se révèle un urbaniste visionnaire.

 

En même temps qu’il donne à la cathédrale une entrée sur sa façade principale retransformée au 19ème siècle dans un style néogothique, il aménage à ses pieds la place d’Armes pour l’organisation de foires et comme son nom l’indique, de parades militaires. Il l’a clôt de bâtiments à la facture classique sobre dont l’un demeure l’hôtel de ville, un autre – l’ancien corps de garde – abrite l’agence Inspire Metz qui joue à la fois le rôle d’agence de développement économique de la métropole et d’office de tourisme, et un troisième héberge des logements privés.

 

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La maquette du projet de Blondel à l'exposition qui lui est dédiée à L'Arsenal jusqu'au 13 juillet. © Traces Ecrites.

 

Metz rend pour la première fois hommage à l’architecte des Lumières dans une exposition qui se tient jusqu’au 13 juillet à la galerie de l’Arsenal, ancien bâtiment de stockage des munitions transformé en centre culturel dans les années 1990 par Ricardo Bofill – déjà une signature –. L’exposition montre les plans de reconstruction du quartier de la cathédrale, de nombreuses planches de croquis détaillés et une presque complète collection de l’Encyclopédie de Diderot, propriété de la bibliothèque municipale.

 

A l’époque de Blondel, Metz faisait partie du royaume de France (Louis XV). Alors sous l'emprise du Saint-Empire romain germanique, l’Alsace-Lorraine qui comprenait à quelques communes près, les départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin avait été annexée par la France en 1552. Le conflit de 1870 allait de nouveau en faire une ville allemande jusqu’à la fin de la première guerre mondiale (puis de 1940 à 1945).

 

 

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Cette longue page de son histoire (49 ans) a laissé des empreintes dans la ville. La première saute aux yeux des voyageurs qui arrivent par le train. La gare inscrite au titre des monuments historiques en 1975 et qui, pour l’anecdote, fut déclarée plus belle gare de France dans un concours de la SNCF en 2017, impose sa taille monumentale à l’extérieur comme à l’intérieur : une façade de 300 mètres de longueur, les 40 mètres de hauteur de la tour de l’horloge, des quais larges qui devaient permettre à l’armée de l’empereur, hommes et chevaux, de se déplacer aisément. Elle fut érigée par l’architecte berlinois Jürgen Kröger, en grès rose qui s’oppose au jaune de la Pierre de Jaumont (une carrière située à une dizaine de kilomètres de Metz) du siècle des Lumières, au centre-ville.

 

Les villas Jugendstill de l'avenue Foch

 

De ce passé germanique, Metz conserve aussi l’avenue Foch, dans le quartier de la gare et au-delà, dans le quartier impérial. Baptisée Kaiser Wilheim Ring, elle fut construite pendant l’annexion à la suite du remplissage des fossés de la Seille, affluent de la Moselle, et poursuivie à l’emplacement des anciens remparts.

 

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La villa Salomon à gauche et la maison Wildenberger. ©Traces Ecrites.

 

S’y succèdent le long d’une allée cavalière, un patchwork de styles architecturaux, d’inspiration allemande et française. A l’opposé du style strict de l’actuelle chambre de commerce (au n° 10), l’art nouveau version allemande appelé le Jugenstil, s’exprime dans la maison Wildenberger (au 16).

 

En réaction à cette domination, l’école de Nancy, la voisine restée française, et où s’étaient exilés massivement bourgeois et artistes, a inspiré des constructions art nouveau reconnaissables par les courbes des décors et des volumes (immeuble du 9) voire des styles éclectiques comme la villa Salomon (au n°22) que Philippe Starck va reproduire sur l’hôtel du quartier de l’Amphithéâtre.

 

 

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Les autres incontournables


• Le Musée d’art et d’histoire de la Cour d’Or, dans le quartier de la cathédrale, emprunte son nom au palais des rois d’Austrasie. Il vient d’inaugurer un nouvel accueil plus ample. Une souscription publique a permis de restaurer La Chapelle des Petits Carmes en récoltant près de 200.000 €. L’exposition « Le musée invisible » est accessible gratuitement.

 

 

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• Le marché couvert, à côté de la cathédrale, rappelle un autre illustre messin de courte adoption, François Rabelais tant et si bien qu’il inspire une signature de grandes tables de la ville, Les Tables de Rabelais.

Dans l’ancien palais épiscopal laissé inachevé par la Révolution française, une halle marchande abrite des commerces de produits frais et des petits lieux conviviaux de restauration, comme Chez Mauricette où l’on sert des assiettes de spécialités, dont l’incontournable quiche lorraine et la mirabelle pour digérer.

Marché ouvert tous les jours, toute la journée, sauf dimanche et lundi.

 

 

 

 

 



 

 

 

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• Les vitraux contemporains de la cathédrale et de l’église Saint-Maximum.

 

Gaston Villon, pseudonyme de Gaston Duchamp, frère aîné de Marcel Duchamp, plus connu, a refait une grande partie des verrières et des vitraux mis à mal pendant les deux guerres mondiales. Le 1% artistique mis en place en 1951 lui a permis de revisiter les scènes de la Bible avec les codes du cubisme et une dizaine d’années plus tard, l’un des vitraux fut confié à Chagall.

Dans la petite église paroissiale Saint-Maximum, Jean Cocteau a créé une ambiance toute particulière, de douceur et sérénité, en habillant de couleurs pastels les 24 vitraux. A voir absolument.

 

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Les vitraux de Jean Villon dans la cathédrale. © Traces Ecrites.

 

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Les vitraux de Cocteau dans l'église Saint-Maximum. © Traces Ecrites.


• Les berges de la Moselle jusqu’à Blida.

 

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C’est un lieu improbable, qu’on appelle un tiers-lieu. Les poules picorent dans le jardin pendant que ses résidents se balancent dans des hamacs, l’ordinateur sur les genoux.
On y accède à pied par une agréable promenade sur les berges de la Moselle (accès par le pont au pied de la cathédrale) jusqu’à une zone d’activités banale. Initiative du réseau LORnTECH labellisé French Tech, TCRM-Bilda rassemble dans les anciens entrepôts des bus urbains, une éclectique population d’entrepreneurs et d’artistes. On y conçoit des jeux vidéos, recycle des matériaux en objets de décoration, fabrique des décors de spectacles, planche sur des algorythmes… L’installation de deux banques régionales, la Banque Populaire et la Caisse d’Epargne n’est pas innocente : elles accompagnent les startuppers.
Le portail du lieu est bien verrouillé, il faut montrer patte blanche : « Secret de la création », mais on vous invite à revenir un vendredi quand le public peut s’emparer des lieux, une fois par mois. Ce sera donc le 6 juillet.

 

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• Visites guides de la ville et festival Constellations.


- Un grand nombre de visites thématiques sont organisées par l’office de tourisme www.tourisme-metz.com

 

- Dés maintenant et jusqu’au 16 septembre, le festival Constellations propose dans une soixantaine de lieux patrimoniaux, spectacles son et lumière, et classiques, installations artistiques, concerts. Programme sur le site de Constellations.

 

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Le Centre Pompidou-Metz a invité l’artiste vénézuélien Carlos Cruz-Diez à réaliser une oeuvre chromatique de 500 m2 sur le Parvis des Droits de l’Homme. © Ville de Metz.

 

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