Le fabricant de mobilier haut de gamme Collinet boucle cette année l’investissement qu’il a consacré au réaménagement et à l’équipement de ses locaux de Baudignécourt (Meuse). En croissance constante, l’entreprise familiale prospère sur l’indication géographique « Siège de Liffol », une première en France pour un produit manufacturé. Elle incarne la résistance réussie à la délocalisation des meubles de grande consommation.


Quoi de plus naturel pour un fabricant de sièges haut de gamme que d’être lui-même bien installé ? A Baudignécourt (Meuse), le réaménagement des bureaux et du show-room de la manufacture Collinet devrait être achevé au début de l’été. « Nous sommes en chantier depuis un an et demi », s’impatiente Stéphane Davoli, le co-gérant de l’entreprise qui rapelle la construction parallèle d’un bâtiment de stockage des produits finis.

Au total, en ajoutant l’acquisition d’un nouveau tour à commande numérique à six axes, la mise aux normes des systèmes d’aspiration et l’installation d’une nouvelle chaudière biomasse, l’entreprise aura déboursé 1,6 million d’euros en 2024-2025. Ces investissements confirment la bonne santé de cette société familiale qui emploie 100 salariés, soit davantage que la population du hameau meusien où se trouvent ses ateliers ! Son chiffre d’affaires, situé à 14 millions d’euros en 2024, connaît une croissance régulière depuis une décennie.

 

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Pourtant, rien n’était écrit à l’avance pour l’entreprise reprise il y a un peu plus de vingt ans par la cinquième génération de dirigeants familiaux. Dans ce bassin d’emploi rural, aux confins de la Meuse, des Vosges et de la Haute-Marne, peu de sociétés peuvent se targuer d’avoir résisté à la délocalisation massive de la production de meubles de grande consommation dans les années 1970.

Seules quelques manufactures locales comme Collinet, mais aussi Henryot et Laval à Liffol-le-Grand (Vosges), ont su négocier le virage vers le haut de gamme et pousser leur créativité au-delà des classiques assises de style « Directoire » ou « Restauration. » Le savoir-faire de tels acteurs leur a valu une belle reconnaissance en 2016 : l’attribution d’une indication géographique protégée (IGP) « Siège de Liffol », une première en France pour un produit manufacturé.  

 

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Les achats de bois de l’entreprise sont toujours assurés par José Collinet, 79 ans, le représentant de la précédente génération. © Jérôme Baudoin


Dans les ateliers Collinet, les tapissiers, tourneurs et menuisiers ont produit dernièrement du mobilier pour des suites du Negresco à Nice, l’un des hôtels les plus célèbres de la Côte d’Azur. Ils s’affairent actuellement sur celui de l’hôtel Rochester Champs-Elysées, une des meilleures adresses de la capitale. Les carnets de commande pour l’hôtellerie sont garnis de 200 dossiers en cours, pour des budgets unitaires allant de 500 euros à 300.000 euros.

Juste avant la pandémie de Covid, la société a ouvert un atelier de tapisserie à Toul (Meurthe-et-Moselle), comme réponse aux difficultés de recrutement de la profession, accrues par la situation géographique de la manufacture, en zone rurale. En rapprochant son atelier de l’agglomération nancéienne dont ses ateliers meusiens sont éloignés d'une heure de route, Collinet a augmenté ses chances d’attirer ces artisans aux mains d’or. Parallèlement, Stéphane Davoli travaille à développer la formation : il a pris, cette année, la présidence du pôle de formation de l’ameublement de Liffol-le-Grand, l’AFPIA Nord-Est, qui qualifie des tapissiers, mais aussi des créateurs, des restaurateurs de meubles, etc.

 

Fournisseur de Roche Bobois

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De gauche à droite, le quatuor dirigeant : Sylvie Collinet, Stéphane Davoli, Virginie et Ophélie Collinet. Il mise sur la "force du collectif" tout en veillant à bien séparer les rôles entre chacun. © Jérôme Baudoin


Pour ce fournisseur privilégié des décorateurs d’intérieurs et du groupe de mobilier haut de gamme Roche Bobois (celui-ci apportant 15 % du chiffre d’affaires), la bataille se joue au niveau des ressources humaines, mais aussi du commerce. « Auparavant, les commandes arrivaient quasiment toutes seules. Aujourd’hui, nous devons démarcher des prospects, collaborer avec des décorateurs, etc. Nous avons par exemple été associés à la réalisation d’une chambre témoin dans le cadre d’un projet de rénovation d’un hôtel en Allemagne », détaille le dirigeant de 55 ans.

Le changement de cap qui a permis la survie de l’entreprise fondée en 1887 s’est aussi accompagné d’une contrepartie : une plus grande diversité dans les produits (tables, banquettes, tables de chevet, bureaux, têtes de lits, etc.). Le dirigeant évoque par conséquent « un considérable travail de chiffrage en bureau d’études », que ce soit pour la fourniture de tables et banquettes sur mesure, l’équipement complet d’hôtels ou celui de bateaux-mouches parisiens.

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Les artisans ont produit du mobilier pour le Negresco à Nice, l'un des hôtels les plus célèbres de la Côte d’Azur. © Jérôme Baudoin


Face à cette hétérogénéité de la demande, la force du collectif familial représente un atout indéniable. Stéphane Davoli pilote la partie commerce, à l’exception de l’export, avec Virginie et Ophélie Collinet, les deux sœurs de son épouse Sylvie, elle-même chargée des affaires financières. « En tant que dirigeants, nous sommes davantage en mesure de nous engager vis-à-vis d’un client », explique le responsable. Mais le quatuor à la tête de l’affaire familiale, légitimement labellisée « Entreprise du patrimoine vivant », garde conscience de l’importance de bien séparer les rôles, tout en prenant les décisions stratégiques en commun, un gage de succès de cette saga séculaire.

Il profite d’ailleurs toujours de l’appui de José Collinet, le père de Sylvie, Virginie et Ophélie : à 79 ans, celui-ci se charge toujours de la mission stratégique d’achat de bois !

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