Lauréate de l’appel à projets « Manufactures de proximité », la Cité du faire à Jarville-la-Malgrange (Meurthe-et-Moselle) met en avant les savoir-faire manuels. Ses murs abritent 23 artisans d’art aux doigts de fée ainsi que la recyclerie créative de La Benne idée, un chantier d’insertion qui mobilise 18 personnes.

 
A Jarville-la-Malgrange (Meurthe-et-Moselle), dans l’agglomération de Nancy, la Cité du faire invite à porter un regard neuf sur les métiers manuels. Cet espace où se côtoient artisans d’art et personnes en réinsertion est ce qu’on appelle dans le jargon un « tiers-lieu d’artisans », autrement un espace de partage des compétences, de production locale, de mutualisation des moyens, etc.

Porté sur les fonts baptismaux en 2022 par la municipalité dans d’anciens ateliers industriels, le projet - clin d'oeil par un jeu de mots au glorieux passé minier de la Lorraine - a été lauréat de l’appel à manifestation d’intérêt national « Manufactures de proximité », qui porte la vocation de relocaliser la production manuelle.

Il a ainsi séduit Giuseppe Degennaro, un restaurateur de mobilier en bois originaire de Lorraine qui s’était établi à Milan. « La Drac (direction régionale des affaires culturelles) manque de restaurateurs accrédités et nous voulions, avec ma compagne, nous rapprocher de nos familles », témoigne-t-il. Dans les murs de la Cité du faire, l’artisan d’art apprécie de pouvoir mutualiser des machines avec d’autres orfèvres du bois. Il a notamment restauré un meuble néo-gothique de la basilique de Saint-Nicolas-de-Port (Meurthe-et-Moselle) illustrant des scènes de la vie de Saint-Nicolas, le saint-patron des Lorrains. « Des collaborations pourraient voir le jour avec d’autres professionnels », estime-t-il.

 

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Peintre, tapissier, menuisier, marqueteur ou encore relieur : 23 artisans d’art ont en effet posé leurs valises à Jarville-la-Malgrange. Une vingtaine d’autres pourrait les rejoindre dans les deux à trois ans. « Le Grand Est est un territoire qui forme beaucoup d’artisans d’art : une soixantaine de métiers différents y sont enseignés. Mais comparativement, les conditions d’installation de ces professionnels dans la région restent peu favorables », regrette Vincent Matheron, le maire de la ville. C’est pourquoi la commune a mis à disposition de la Cité du faire un bâtiment de 4.000 m², ainsi qu’un agent territorial.

 

Tirer parti des obligations de la loi anti-gaspillage

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Giuseppe Degennaro, un restaurateur de mobilier en bois originaire de Lorraine, s’était établi à Milan avant de revenir pour installer son atelier dans la Cité du faire. © Philippe Bohlinger


Le projet a bénéficié du soutien de la Banque des territoires pour les études et il a reçu de l’Etat un financement de 324.000 euros, notamment pour l’acquisition d’un parc de machines. Concrètement, le tiers-lieu est divisé en deux parties, d’un côté le pôle métiers d’art et de l’autre celui de recyclerie créative, un chantier d’insertion porté par l’association La Benne idée.

Au-delà du fait que ces deux activités relèvent du même champ de l’économie sociale et solidaire (ESS), des synergies pourraient émerger à terme, avec pourquoi pas des créations intégrant des matériaux recyclés ? En effet, La Benne idée surfe sur les objectifs fixés par la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire dite « loi Agec » de février 2020. Ses décrets d’application imposent aux organismes publics (universités, collectivités, etc.) d’intégrer dans leurs acquisitions de biens un pourcentage de produits issus du réemploi ou intégrant des matières recyclées. S'agissant du mobilier et l’aménagement d’intérieur, ces seuils sont fixés respectivement à 20 et 15% pour 2024.

 

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« Dans ce domaine, nous sommes la seule structure référencée dans le Grand Est capable de répondre à ce type de commandes publiques », insiste Antoine Plantier, cofondateur de La Benne idée. Les 18 salariés de l'association, dont 14 en insertion, ont par exemple fabriqué dans leur menuiserie une table de réunion pour seize personnes pour le bâtiment de la Région Grand Est à Metz.

 

Revêtement de sol en textiles recyclés

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La Benne idée a reproduit le design d’un plancher « pont de bateau » sur du mobilier de cafétéria. © Philippe Bohlinger


« Faire du beau avec d’anciens matériaux ne coule pas de source », admet le cofondateur de l’association. Mais celle-ci a plus d’un tour dans son sac. Elle collabore avec des designers nancéiens et compte dans ses effectifs un menuisier qui a travaillé à Liffol-le-Grand (Vosges) la capitale du siège de style. En se creusant les méninges, La Benne idée a obtenu le design d’un plancher « pont de bateau » sur l’assise de tabourets et les plateaux de tables hautes. Le bois est issu du recyclage de palettes usagées, tandis que d’anciens joints de fenêtres préalablement chauffés ont été badigeonnés afin de réaliser les jointements.

D’autres initiatives sont dans les cartons. La Benne idée planche par exemple sur un pôle textile en partenariat avec le centre d’essai lorrain du secteur, Cétélor (relevant de l'Université de Lorraine), et la communauté de communes de Sarrebourg Moselle Sud. « Un industriel envoie ses chutes de production textile à l’enfouissement. A partir de ces résidus, nous avons imaginé un procédé sans liant permettant de fabriquer un revêtement de sol ultra-résistant », relate Antoine Plantier. Le produit pourrait intéresser en particulier La Maison des canaux, l’association qui a géré les commandes issues de l’économie sociale et solidaire dans le cadre des Jeux olympiques de Paris 2024.

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