FERROVIAIRE/CHAMPAGNE-ARDENNE. Avec ses deux sous-traitants Trace et CJ Travaux, GeoWaste a investi la rotonde SNCF de Chalindrey pour y déconstruire le matériel roulant obsolète.

Quatre mille “caisses” (voitures et wagons) en fin de vie seront ainsi désossées en vingt ans, avant d’alimenter les différentes filières de recyclage.

 

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Consciencieusement taguées durant leur séjour sur une voie de garage, les voitures Corail en fin de vie vont connaître une résurrection sous d’autres formes. ©Frédéric Marais/Agence Info

 

Avec ses faux airs d’amphithéâtre romain, la rotonde SNCF de Chalindrey est la curiosité de ce bourg haut-marnais célèbre pour son nœud ferroviaire et son activité cheminote. Reconstruit après la guerre, l’immense bâtiment circulaire en béton armé n’abrite plus aucune locomotive à vapeur, mais des rames déclassées en attente de leur destruction.

 

L’activité de démantèlement a débuté en juillet 2014. C’était une promesse de Guillaume Pepy, le président de la SNCF, pour revitaliser un Technicentre passé en quelques années de 800 agents à seulement 250.

 

« Cela répond aussi à un besoin important de la SNCF, qui possède un stock de 16 000 caisses à démanteler », souligne Guillaume Delassus, le directeur général de GeoWaste, la filiale à 100 % de la SNCF qui pilote les opérations.

 

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Ce sont en particulier les 8 000 véhicules fabriqués jusqu’en 1995 avec de l’amiante qui posent problème. La réglementation française s’étant durcie, plus question d’envoyer le matériel à l’étranger pour en retirer la fibre cancérigène présente dans les isolants, les joints de moteur ou même la peinture, à raison d’une tonne/une tonne et demie par voiture !

 

Retirer l’amiante, c’est le job de CJ Travaux, l’un des deux sous-traitants de GeoWaste, qui dispose sous la rotonde de quatre salles blanches où il a fallu adapter les techniques utilisées jusqu’alors dans le secteur du bâtiment.

 

L’autre sous-traitant, la société Trace, s’occupe du curage, du dégarnissage et du découpage des voitures ou des wagons (rappelons au passage que les voitures transportent des passagers, et les wagons, des marchandises).

 

Presque entièrement recyclable

 

Les opérations de curage et de dégarnissage consistent à éviscérer la voiture, en retirant tous les éléments qu’elle contient, en particulier les fluides polluants. La carcasse métallique ainsi vidée est appelée par les spécialistes un “chaudron”.

 

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Un “chaudron”, autrement dit une carcasse de voiture entièrement vidée. ©Frédéric Marais/Agence Info

 

« Une caisse pèse en moyenne 32 tonnes, dont 27 de ferraille, indique Guillaume Delassus. Le reste se compose de métaux non ferreux (de l’aluminium par exemple), d’inox, de verre, de D3E, de plastique, de textile, de laine de verre… »

 

Une voiture est recyclable à hauteur de « 95 à 98 % », précise le directeur général de GeoWaste. Non réutilisable, l’amiante est enfouie en décharge dans des big-bags. Les sièges sont déposés tels quels et envoyés à un recycleur spécialisé qui en séparera les différents éléments. Le reste suit les filières classiques de recyclage chez les grands du secteur : les Sita, Veolia ou Derichebourg.

 

Préalablement découpée à la cisaille ou oxycoupée (pour les boggies) en extérieur, à ciel ouvert, la ferraille est également valorisée dans les fonderies locales. « Le site de Chalindrey n’a pas vocation à faire lui-même du recyclage », rappelle Guillaume Delassus.

 

Corail et “petit gris”

 

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Le site a la capacité de produire 30/35 tonnes de ferraille par jour et 10 tonnes de matériaux divers. ©Frédéric Marais/Agence Info

La rotonde haut-marnaise a la capacité de démanteler l’équivalent d’une voiture par jour. Il s’agit essentiellement pour l’instant de voitures Corail, mais les deux premiers “petits gris” (surnom donné aux trains de banlieue en inox) sont arrivés en gare de Chalindrey, avant leur prise en charge par GeoWaste. Viendront plus tard les premiers TGV mis en circulation sur la ligne Sud-Est, « radiés depuis six ou sept ans déjà », et contenant eux aussi de l’amiante.

 

Les rames proviennent pour l’instant en majorité de Villeneuve-Saint-Georges, dans le Val-de-Marne, mais une centaine de caisses Corail attendent leur tour sur une voie de garage à Jorquenay, en Haute-Marne, et autant de caisses de “petits gris” à Vesoul, en Haute-Saône.

 

Chalindrey est apte également à traiter des locotracteurs et tous types de wagons : plat, trémie, citerne. Si 77 % de l’activité du site est contractuellement réservée à la SNCF pour une durée de 20 ans, les 23 % restants sont ouverts à n’importe quel autre client.

 

Le ministère de la Défense a par exemple confié du matériel militaire à GeoWaste, « mais cela pourrait être aussi le cas d’Ermewa, une filiale privée de la SNCF, de la RATP ou d’une collectivité locale s’agissant des transports urbains », indique Guillaume Delassus, un ancien officier reconverti dans le civil, mais toujours dans le domaine du transport et de la logistique.

 

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Le directeur général de GeoWaste, Guillaume Delassus (à gauche), et le directeur du site de Chalindrey, Frédéric Bonin. ©Frédéric Marais/Agence Info

50 emplois à terme

 

En attendant, la rotonde a déjà rempli l’une de ses missions : redynamiser le site de Chalindrey et créer de l’emploi, une cinquantaine d’ici à fin 2015, auxquels il faut ajouter 250 emplois indirects.

 

L’investissement total pour la remise en état, l’aménagement et l’équipement du centre de démantèlement s’élève à 8,5 millions d’€, dont 6,5 millions mis sur la table par la SNCF ; l’Etat, le conseil régional, le conseil général et le GIP Haute-Marne apportant la différence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Une voiture est recyclable à 95 à 98 %. ©Frédéric Marais/Agence Info

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