Cette Entreprise du Patrimoine Vivant, située dans le Parc national de Forêts, entre Bourgogne et Champagne, partage son activité entre la fabrication de fleurs artificielles pour la haute couture, les cabarets, les bijoutiers et la visite au public de ses ateliers centenaires.

 
C’est un endroit étonnant, dans un cadre de premier abord banal en pleine campagne, à 22 km de Colombey-les-deux Eglises (Haute-Marne) : un moulin tout près de la résurgence de la Dhuys, une rivière qui prend sa source à l'entrée du village d’Orges et qui alimente depuis 1321 un moulin à huile, devenu plus tard moulin à farine, puis foulon à draps avant d'abriter un haut-fourneau. La porte du Moulin de la Fleuristerie franchie, une autre surprise attend le visiteur. Ici depuis plus de 100 ans, on fabrique des fleurs artificielles pour les vêtements de haute couture, les cabarets, les bijoutiers, les loisirs créatifs.

 

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L’origine remonte à une délocalisation de la région parisienne, en 1903. L’atelier Briançon quitte Levallois-Perret pour s’installer dans ce village entre Champagne et Bourgogne, afin de profiter de l'énergie gratuite du moulin à aube. C’était la belle époque de l’industrie de la fleur qui ornait les chapeaux des élégantes. Quarante ouvrières y travaillaient avant-guerre, raconte Emmanuel Geoffroy, qui est tombé sous le charme de l’endroit fin 1994 ; il avait trente ans.

Avec son épouse Annette, de nationalité suédoise, il rachète un atelier de feuillagiste (qui fabrique des feuilles artificielles) et tous les deux font revivre le savoir-faire de la création florale traditionnelle. Les machines de l’époque fonctionnent encore bien avec l’énergie de la roue à aubes qui produit par ailleurs de l’électricité en partie pour éclairer l’atelier (à 110 Volts), pour l’autre revendue à EDF grâce à l’installation d’un générateur.

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Les pistils des fleurs. ©Traces Ecrites


Mais au début des années 2000, l’Inspection du Travail ne voient pas ces vieilles machines d’un si bon oeil. Les deux propriétaires restent alors seuls aux manettes, un effectif de toute façon suffisant car l’industrie de la fleur artificielle a déjà quitté l’Europe pour l’Asie. Si bien qu’on a guère de doute lorsque le couple franco-suédois assure que ARTamin' (c’est le nom de leur société) est le dernier centre en France de production de pistils, pétales, feuilles et fruits pour fabrication de fleurs et créations florales.


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L’idée d’ouvrir au public – reconnue par l’attribution du label Entreprise du Patrimoine Vivant en 2008 –, fut judicieuse. Entre 400 et 500 personnes par an se déplacent pour la visite commentée (*). Le plus parlant est de la suivre en images.

(*) Visites guidées et horaires de la fleuristerie sur http://www.artamin.fr

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Découpage des fleurs dans un tissu (photo du dessus). Elles sont ensuite pressées dans un moule en métal pour en imprégner les reliefs. © Traces Ecrites

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Les tiges de fleurs sont montées sur une barre en bois qui les maintient droites pour être trempées dans une pâte à base de colle qu’Annette Geoffroy (photo ci-dessus) fabrique comme une sorte de pâte à crêpe. © Traces Ecrites

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La production est également vendue dans la boutique du moulin. © Traces Ecrites
L'attrait du parc national de Forêts


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Annette et Emmanuel Geoffroy derrière le métier à guiper : il entoure de fil de coton le fil de fer qui forme les tiges des fleurs. © Traces Ecrites

Le Parc National de Forêts créé en 2019 est une opportunité qu'Annette et Emmanuel Geoffroy veulent exploiter sans retenue. Très tôt, les gérants du Moulin de la Fleuristerie ont fait partie des acteurs économiques engagés dans un travail collectif pour élaborer une offre locale attractive pour des séjours tourisitques. Dans la région de Châteauvillain, dans le sud de la Haute-Marne, le catalogue réunit sur le site disonsparcnational.fr diverses propositions de loisirs que l’on peut réserver directement par Internet : promenade en calèche, visite de la miellerie de la Dhuy, visite guidée d'une zone humide remarquable – la gravière et le marais des Prés Bazire gérés par le Conservatoire des espaces naturels de Champagne-Ardenne, découverte de la biodiversité de la forêt dans le petit village de Dancevoir, etc.

« Avec le parc, on devient une destination », se réjouit Emmanuel Geoffroy. Lui-même organise des activités, en dehors de la visite guidée de la fabrique de fleurs, des stages de création florale, de fabrication de pain cuit au four à bois et propose même des circuits en vélo à assistance électrique. « Pour pouvoir vivre des métiers d’art, affirme Emmanuel Geoffroy, il faut diversifier son activité. » Il semble que le parc National de Forêts le conforte dans ce choix fait dès 1997 avec l’ouverture au public de l’atelier de création de fleurs, puis d’une chambre d’hôte 3 épis et d’une salle de réception dans l'ancienne halle à charbon où se déroulent régulièrement mariages et spectacles.

Relire sur le sujet : Les retombées économiques attendues du Parc national de Forêts

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La roue à aube a été rénovée pour les 100 ans du moulin ; elle permet de faire fonctionner les machines et de fabriquer de l’électricité. © Traces Ecrites

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