La PME de polissage et d’ajustage de précision basée à Sarrey se remet progressivement de la vague du Covid qui n’a pas été loin de l’emporter. Repartie sur une trajectoire de croissance interne, elle a doublé celle-ci d’une croissance externe dans le sud-est de la France, qui lui permet d’accélérer sa diversification vis-à-vis du secteur aéronautique.

 
L’aéronautique n’est plus l’unique horizon de Chesneau. L’entreprise de polissage, d’ajustage de précision et de contrôle/métrologie basée à Sarrey (Haute-Marne) continue de faire de ce secteur le pilier de son activité qui s’est développée grâce à lui depuis plus de trente ans. Mais consciente à la fois de la fragilité d’une telle situation…et du potentiel que renferment ses expertises multiples, elle se met à prospecter d’autres filières, en premier lieu l’énergie et le médical.

« Par exemple, les disques de turbines et les aubes que nous polissons et ajustons pour les turboréacteurs, on les retrouve aussi dans l’énergie, sur des turbines terrestres », signale David Rémongin, le directeur général. De même, on conçoit facilement que la confection de prothèses et autres implants puisse requérir le travail de précision sur des alliages métalliques spéciaux dont font montre les salariés de Chesneau.

 

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L’obtention de la certification Iso 13485 spécifique aux dispositifs médicaux dote la PME du socle pour se développer sur ce terrain, à l’instar du tremplin qu’a représenté pour elle sa certification EN-9100 dans l’aéronautique.

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Les salariés manient le stylo manuel ou électrique pour donner leur forme requise à des disques de turbine ou des aubes de turboréacteurs. © Mathieu Noyer


De façon indirecte, la société haut-marnaise est déjà entrée dans de nouveaux univers, depuis bientôt deux ans. En juillet 2021, elle a acquis sa consœur Serret à Bourg-de-Péage (Drôme), « dont l’activité se répartit en trois tiers équivalents : aéronautique, médical et industrie de pointe », expose Amélie Pichol, directrice administrative et financière de l’entreprise ainsi rebaptisée Chesneau-Serret. La PME du sud-est apporte d’autres complémentarités : « l’usinage de précision que nous ne pratiquons pas nous-mêmes à Sarrey et la production en propre de pièces alors que Chesneau a un profil de prestataire sur biens confiés », décrit David Rémongin.

De plus, Serret présente une taille analogue : 40 salariés et un chiffre d’affaires de 5,5 millions d'€ en 2022, à comparer aux 46 collaborateurs actuels de Chesneau « ancien périmètre » ayant réalisé 4,4 millions d'€ l’an dernier. Elle remplit ainsi un critère majeur dans la cible de croissance externe que la PME de Haute-Marne avait définie.

 

Plus d'1 million d'€ d'investissements en 18 mois

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Le personnel travaille au moyen de loupes binoculaires dans un environnement qui rappelle celui de l'horlogerie et des microtechniques. © Mathieu Noyer


Ou plutôt, redéfinie… Ses dirigeants le reconnaissent, ils nourrissaient l’ambition d’une acquisition plus conséquente en 2019, sans encore avoir engagé de pourparlers précis. Mais la crise sanitaire est passée par là et a tout chamboulé. Ayant perdu 70 % d’activité en 2020, « malgré un bon premier trimestre », Chesneau a dû restructurer à tour de bras (vente de bâtiments, PSE avec 26 licenciements et au total 30 départs) « pour ne pas disparaître et tenir le choc d’un exercice 2021 encore compliqué », rappelle Amélie Pichol. En deux ans, son chiffre d’affaires est tombé de 10 millions à 2,9 millions d'€. Il n’était plus question alors de s’endetter fortement pour viser une croissance externe d’envergure, mais l’objectif de grandir par rachat a été maintenu et s’est donc concrétisé.

L’année dernière a marqué un début de rebond sur tous les plans : effectifs (six embauches depuis l’automne dernier), activité, et profitabilité retrouvée. La restructuration a permis à Chesneau de se remettre en position d’investir à partir de l’an dernier, de façon conséquente : plus d’1 million d'€ sur 18 mois, pour acquérir une machine d’ébavurage et de brossage automatique, des moyens de mesure sans contact, un tour à commande numérique de grosse capacité, etc.

 

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Ces équipements permettent d’effectuer des prestations très pointues : ajustage au stylo électrique ou manuel de pièces de précision issues de procédés de fonderie, façonnage de bords d’attaque, finition d’alvéoles de disques de turbines, ajustage de corps hydrauliques… pour, in fine, rejoindre des moteurs, des turbines terrestres, etc. Elles s’opèrent dans une ambiance très studieuse, au moyen d’outils de précision sophistiqués comme des endoscopes pour la réalisation et le contrôle de rayonnages ou des machines spécifiques à l’entreprise pour la réparation des aubes.

 

Faire grandir la libellule

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Chesneau-Serret s'est dotée de nouveaux moyens de mesure qui doivent contribuer à sa diversification, dans l'énergie et le médical, ci-dessus dans l'espace dédié à ce second secteur. © Mathieu Noyer


L’opérateur ou l’opératrice suivent le déroulé du process à la loupe, au sens figuré et au sens propre : ils utilisent des lentilles individuelles ou binoculaires. Cet environnement de travail n’est pas sans rappeler celui de l’horlogerie et des microtechniques en général.

Le nouvel ensemble formé avec Serret vise ainsi un cumul de 10 à 12 millions d'€ dès cette année. De quoi « peser » mieux vis-à-vis des donneurs d’ordre dont la liste s’est donc allongée, y compris dans la filière principale de l’aéronautique. Safran demeure le premier client du site de Sarrey. A l’intérieur du groupe aéronautique, le portefeuille de clientèle s’est diversifié au fur et à mesure de la croissance de celui-ci, les nouvelles divisions l’ayant rejoint ont fait confiance à leur tour à la PME haut-marnaise.

Chesneau-Serret développe aussi un courant d’affaires avec plusieurs sites de Lisi Aeropsace, à commencer par celui des Forges de Bologne toutes proches qui ont compté parmi ses premiers clients dans un autre contexte par le passé. A l’aviation civile, s’ajoute aussi le développement de l’aéronautique militaire.

L’entreprise entend ainsi concrétiser sa volonté, affichée avec détermination de « rebondir plus fort ». Pour faire prendre son envol à la « libellule », sa nouvelle signature visuelle pleine de significations induites selon Amélie Pichol : « Elle symbolise à la fois l’agilité, la précision, la capacité à se transformer, les ailes de l’aéronautique et la matière du vivant que manipule le secteur médical. »

 

Qui sont David Rémongin et Amélie Pichol ?

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Amélie Pichol et son mari David Rémongin ont rejoint l'entreprise respectivement en 2017 et en 2014. © Mathieu Noyer

Le couple dans la vie formé par Amélie Pichol et David Rémongin est aussi le binôme qui pilote la destinée de Chesneau désormais liée à celle de sa consœur Serret. Ils ont intégré à trois ans d’intervalle l’entreprise fondée en 1965 par Christian Chesneau pour lancer une activité artisanale pour la coutellerie qui s'est redéployée vers l’industrie sous l'impulsion de son fils Frédéric à partir du début des années 1990. Entré en 2014, directeur général depuis 2019, David Rémongin est le « technicien » selon son auto-qualification, assurant la direction du développement et de la production, à partir de son expérience dans l’industrie dans la région. Amélie Pichol l’a rejoint en 2017, en venant d’horizons plus lointains : géographique (la Haute-Savoie) et sectoriel. Elle est passée par l’informatique/numérique et l’agro-alimentaire notamment au sein de la direction des ressources humaines du groupe Danone. Chez Chesneau-Serret, elle conduit les multiples fonctions support : finances, achats, ressources humaines…

 

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