Transmise en 2021 par son fondateur au fonds d’investissement chinois Huaxing Healthcare Fund, le spécialiste des ligaments artificiels travaille à l’industrialisation de sa production et à une nouvelle génération, biorésorbable.


C’est un double anniversaire que fête la société Movmedix, spécialiste des ligaments artificiels, installée à Arc-Sur-Tille, près de Dijon (Côte-d’Or) : ses trente années d’existence, et la première année d’une nouvelle direction, arrivée lors du rachat de la société en 2021 par le fonds d’investissement chinois Huaxing Healthcare Fund à l’ancien propriétaire, Bernard Brulez, qui désirait prendre sa retraite.

L’investisseur qui détient 100% du capital, a décidé de changer le nom de Lars (Laboratoire d’application et de recherche scientifique, ou Ligament Advanced Reinforcement System), en Movmedix pour refléter plus justement sa nature et ses ambitions internationales. Il a recruté un nouveau PDG, Hervé Legrand (voir encadré), chargé de restructurer et développer l’entreprise spécialisée dans la fabrication de ligaments artificiels.


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Sa première année s’achève en fanfare, avec un chiffre d’affaires qui bondit de 60 %, pour s’établir à 8,5 millions d’€ en 2021 et avec plusieurs recrutements. L’effectif est passé de 7 à 17 personnes sur le site d’Arc-Sur-Tille, et à 11 personnes pour son antenne chinoise, installée à Shanghai. « Nous avons recruté un responsable de production à Arc-sur-Tille, un ingénieur R&D, créé un service marketing et renforcé nos fonctions support. À Shanghai, nous avons mis en place une équipe de vente, qui doit soutenir notre forte croissance dans ce pays », détaille par le menu Hervé Legrand.


Un processus de nettoyage des ligaments plus écologique et plus rapide

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Movmedix emploie 17 personnes sur son site d'origine près de Dijon, et 11 dans son antenne en Chine. © Arnaud Morel


Les bouleversements ne s’arrêtent pas là : Movmedix travaille à l’industrialisation de sa production, ce qui passe par une extension des locaux et par l’optimisation de sa fabrication. Une phase mobilise l’attention de l’encadrement, celle du nettoyage des ligaments artificiels. Aujourd’hui réalisé à l’aide d’un processus chimique long et complexe (12 h), le nettoyage sera réalisé prochainement à l’aide de dioxyde de carbone supercritique.

« Ce processus permet de réduire la phase de nettoyage à une heure, en plus d’être nettement plus écologique. Cette bascule représente un investissement en machines de plusieurs centaines de milliers d’euros » détaille le PDG. Les objectifs de croissance pour les prochaines années de 40 à 50 % sont ambitieux, mais réalistes, estime le directeur général : « Nous sommes présents dans 25 pays et nous nous renforçons en Chine, mais nous n’avons pas encore pénétré deux des plus gros marchés mondiaux, les USA et le Japon, auxquels nous nous attaquons aujourd’hui ».



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Movmedix vend autour de 10.000 ligaments artificiels chaque année - majoritairement des ligaments pour les genoux, mais également pour les épaules et les chevilles. Le recours à ces ligaments en médecine du sport - un marché estimé mondialement à 6 milliards d’€ - reste encore très marginal, l’essentiel des interventions se réalisant avec les techniques de l’autogreffe ou de l'allogreffe, selon que le ligament greffé provienne du receveur ou d’un donneur.

Les produits de Movmedix qui se déclare leader mondial de sa spécialité, sont majoritairement vendus à l’export qui représente 95 % du chiffre d’affaires, dont 60 % en Chine. De quoi comprendre l’appétence du fonds d’investissement chinois, pourtant plutôt spécialisé dans la technologie. « La ligamentoplastie avec des ligaments artificiels a connu un développement chaotique en Europe et aux USA, avec une première génération de ligaments en Goretex, carbone ou Teflon qui n’a pas donné satisfaction et a débouché sur de nombreux accidents, et le relargage dans l’organisme de particules », explique Hervé Legrand. 

C'est Jacques-Philippe Laboureau, chirurgien orthopédique dijonnais aujourd’hui à la retraite, poursuit-il, qui a eu l’idée d’utiliser le polyéthylène téréphtalate (PET), dont on fait les bouteilles, qui est à la fois souple et relativement neutre biologiquement. « Cette troisième génération de ligaments artificiels a connu un vrai succès en Chine, qui n’avait pas le passif occidental face à cette technologie », analyse t-il.



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Movmedix travaille d’arrache-pied à la quatrième génération de ligaments artificiels, qui sera revêtue d’une couche censée réduire la réponse immunitaire de l’organisme face à un corps étranger. Actuellement en phase d’étude clinique, cette nouvelle génération devrait être disponible d’ici 3 ans. Elle sera suivie de près d’une cinquième, présentée comme le Saint Graal en la matière.

« Nous sommes dans un consortium regroupant notre fournisseur de tissus techniques, MDB Texinov (La Tour du Pin, en région Rhône-Alpes) et le Laboratoire de Biomatériaux et Polymères de Spécialité de l’Université Paris XIII. Nous bénéficions de 6,5 millions d’€ au titre d’un Programme Investissement d’Avenir (PIA) pour développer des ligaments artificiels biorésorbables sur lesquels de nouvelles fibres ligamentaires vont pousser, comme une plante sur un tuteur. Le ligament artificiel disparaît totalement de l’organisme », note le PDG. La technologie n’est pas encore mature, et est pour l’heure expérimentée sur l’animal.

Hervé Legrand, biologiste PDG

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Hervé Legrand, directeur général de Movmedix. © Arnaud Morel
 
Biologiste de formation, Hervé Legrand, 55 ans, est né à Lyon et a fait une bonne partie de sa carrière dans l’orthopédie, travaillant pour plusieurs « petites et moyennes entreprises ». Après 5 années passées à Boston, à développer l’antenne américaine d’une start-up française, il a eu l’envie de diriger, à part entière, une entreprise. « J’ai la création et le développement d’entreprises dans mon ADN », assure-t-il.
C’est un ami qui l’a mis en relation avec le fonds d’investissement Huaxing Healthcare Fund, alors que celui-ci commençait à envisager le rachat de Lars. « Quand j’ai découvert cette pépite, une peu endormie, j’ai été immédiatement séduit. Nous avons travaillé un an en amont du rachat, pour préparer celui-ci et le redémarrage de l’entreprise », précise-t-il.


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