L’entreprise familiale est l’une des dernières fabriques artisanales de tuiles plates vernissées en Côte-d’Or. Son dirigeant actuel, Éric Laurent, cède sa place à son fils, Colin, qui affiche de nouvelles ambitions. La Tuilerie Laurent est ouverte ces 18 et 19 septembre à l'occasion des Journées européennes du patrimoine (*).


À la Tuilerie Laurent, à Nan-sous-Thil (Côte-d’Or), l’heure est à la transmission : Éric Laurent, sexagénaire, prend sa retraite et transmet le flambeau à son fils Colin, 30 ans. Comme souvent dans les petites entreprises familiales, la question de la transmission générationnelle pose quelques difficultés. En son temps déjà, Éric avait hésité à reprendre l’entreprise à son père, Henri.
Aussi, a t-il eu à cœur de ne pas « mettre la pression » à Colin pour qu’il fasse la même chose. Et le jeune homme a voulu faire ses propres expériences, avant de se frotter à ce qu’il faut bien appeler, un héritage dynastique. Car chez les Laurent, on fabrique des tuiles plates, des tomettes et des briques d’argile depuis 1862. Colin représente la 5e génération des Laurent à s’affairer dans l’argile.

 

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« J’ai grandi à Précy-sous-Thil, j’ai joué gamin dans la tuilerie, je faisais le militaire sur le tas de terre », sourit-il. « Arrivé à l’âge adulte, j’ai eu envie de voir autre chose. » Il a déménagé à Montpellier à 23 ans, travaillé dans l’événementiel puis comme paysagiste. « J’ai rompu mon contrat pour reprendre la tuilerie, mon père approchant de la retraite », poursuit Colin.


Sa décision n’avait rien d’évident. « Travailler avec son père, c’est quand même assez difficile, surtout quand on est têtu, ce qui est son cas et le mien. Mais je n’avais pas envie de rentrer dans l’histoire familiale comme celui qui a tout fichu en l’air. » Affairé à la ligne de production, son père opine du chef en signe d’approbation. Le sexagénaire cache mal sa fierté de transmettre le flambeau même s’il estime que son fils a encore beaucoup à apprendre pour maîtriser les cuissons… comme lui.


En projet, un show-room de toutes les fabrications

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Colin Laurent est en train de prendre la succession de son père Éric, à la tête de la tuilerie artisanale. © Arnaud Morel


De l’obstination, Éric Laurent en a eu bien besoin pour poursuivre son activité alors que la plupart des autres tuileries artisanales fermaient dans les années 1970. « Le choc pétrolier a renchéri les coûts de production, et favorisé l’émergence de matériaux alternatifs, comme le ciment, ou le placoplâtre qui ont remplacé les briques. J’ai pu sauver la tuilerie grâce aux marchés de niche, comme les beaux-arts et les monuments historiques », précise t-il.
La Tuilerie Laurent n’en sort cependant pas indemne : durant la décennie 1960-70, elle employait 60 personnes sur trois sites différents. Quand Éric reprend, en 1990, elle ne compte plus que deux employés. Il est seul aujourd’hui, au moment de passer le témoin à son fils.

Le repreneur ne manque pas d’idées pour renouer avec la croissance et dépasser les 70.000 à 80.000 € de chiffre d’affaires annuel actuel que réalise la SARL Tuilerie Laurent assuré auprès de chantiers de particuliers principalement. « Mon père a modernisé l’outil de production, et acheté deux fours à gaz pour les cuissons, en 1999 et 2008. Mais il a délaissé l’aspect commercial. Je vais travailler ce sujet, démarcher les architectes des Monuments Historiques, faire un vrai showroom où l’on pourra voir tous nos produits, et un espace pour accueillir les clients. J’espère faire croître le chiffre d’affaires, voire le doubler », décrit-il.

(*) Ouverture au public pour les Journées européennes du patrimoine, samedi 18 septembre, 14h à 16h et le dimanche à 11h, puis  de 14h à 17h. Visites accompagnées. 

 

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Le process de fabrication des tuiles vernissées


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Le processus de fabrication des pièces en argile n’a guère changé depuis 1862, quand l’ancêtre de l’actuel gérant, François Laurent repère un bon filon d’argile à Nan-sous-Thil, entre Dijon et Sens, et décide de fonder sa tuilerie. Le gisement  – une argile très souple qui prend une belle teinte rouge à la cuisson -– se situe à 500 mètres de la tuilerie. L’extraction se fait une fois par an, la matière première étant ensuite stockée dans des entrepôts.
Mélangée à un peu de sable et de sciure de bois, la pâte passe par un broyeur à meules métalliques, qui l’écrase finement. Le mélange repose ensuite au moins une nuit, avant d’être passé au malaxeur mélangeur, où elle est humidifiée. Un ultime passage entre deux cylindres broyeurs assure l’élimination des grains. L’argile est ensuite poussée vers l’extrudeuse, qui lui donne son épaisseur et sa longueur. Les briques, ou les tuiles, sont ensuite séchées à l’air libre pendant au moins une semaine, avant leur cuisson dans l’un des deux fours à gaz pendant 15 à 18 heures. Le refroidissement très progressif assure la solidité des pièces.
Les tuiles plates émaillées, spécialité de la maison, subissent une étape supplémentaire : « sur la tuile cuite, on applique, par vaporisation ou trempage, un fond blanc, l’engobe [NDLR : de l’argile blanche associée à de l’émail]. Une fois sec, on ajoute un mélange de pâte de verre associée à différents oxydes qui donnent les couleurs. Le tout est cuit à plat pendant 12 à 15 heures », décrit Éric Laurent. Cela donne, entre autres, les fameux toits polychromes à la bourguignonne pour des chantiers de restauration.

 

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