Avis d'expert. Philippe Tintignac, P-DG d’Afrique Télécom, spécialiste en fourniture d’accès Internet et de téléphonie mobile grâce au satellite, implanté à Auxerre (Yonne), se désole que si peu de PME, voire de TPE françaises, osent travailler sur le continent africain. Sa société y prospère avec 926% de croissance en cinq ans. Les besoins locaux sont énormes.

À l’aune de son expérience, il livre à Traces Écrites News dix bonnes raisons de choisir l’Afrique pour se développer et donne quelques tuyaux à toute démarche préalable.

Pourquoi conseillez-vous d’investir sur le marché africain, considéré comme très risqué pour ne pas dire plus ?

Tout simplement parce que j’ai appris à connaître, puis à aimer ce vaste continent où je travaille depuis maintenant sept ans et qu’il y a encore tout à faire pour des entreprises françaises, quelle que soit leur taille. Certains pays, l’actualité en témoigne, vivent des événements dramatiques : assassinat de deux de nos compatriotes au Niger, émeutes sanglantes en Tunisie, manifestations en Algérie, prise d’otages ailleurs. Les risques et notamment le risque économique existent donc.

Mais parle t-on dans les média de manière aussi continuelle du risque qu’il y a à investir en Hongrie. Je vous rappelle que ce pays, qui assume la présidence de l’Union Européenne, vient d’imposer des taxes prohibitives, et c’est un euphémisme, aux entreprises étrangères qui travaillent dans les secteurs de l’énergie, de la grande distribution et de l’assurance.

Son gouvernement muselle la presse et met au pas une partie du monde judiciaire. Fort heureusement, l’Afrique, constituée d’une mosaïque de peuples et d’États, offre bien d’autres facettes plus agréables et moins terrifiantes, tout comme elle défend de vraies valeurs qui me séduisent.

Lesquelles ?

L’Afrique a bousculé mes réflexions les plus profondes, à tel point que j’ai dû me remettre en question.

Inutile de vous rappeler qu’en France les valeurs de la famille se sont quelque peu dégradées pour laisser place à l’individualisme. En Afrique, la famille est au centre de tout. Les anciens sont respectés et considérés comme des sages et, pauvreté oblige, si un membre de la famille gagne bien sa vie et réussit, il partage pour que tout le monde survive.

Au fil de mes rencontres, je me suis lié avec des Africains, et nous gardons le contact, nous sommes heureux de nous parler, de savoir ce que devient l’autre, sans pour autant attendre quoi que ce soit en retour.

Ne faites jamais à un Africain l’affront de lui refuser une invitation à dîner dans sa famille. C’est pour lui un très grand honneur que de vous recevoir, de vous présenter sa femme, ses enfants et de vous préparer le meilleur des repas, quitte à ce que celui-ci lui coûte, sans que vous n’en sachiez jamais rien, une semaine de nourriture.

Les gens sont d’une gentillesse extrême. Ils rient facilement et la bonne humeur est quasi-perpétuelle. C’en est d’ailleurs déconcertant, un peu comme si la misère, qui est absolument visible partout, était gommée par l’envie de vous être agréable.

Ces valeurs ne constituent toutefois pas des critères d’investissement, alors sur quoi repose votre conviction de marchés prometteurs pour les PME ?

Je vais donner à vos lecteurs dix bonnes raisons de se rendre sur place et d’étudier la possibilité d’y faire des affaires :

- La langue. L’Afrique du nord, l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique Centrale et l’Afrique Australe sont en grande partie francophones, ce qui facilite allègrement le dialogue et les relations commerciales.

- La monnaie. En zone CFA, la stabilité de la parité euro/franc CFA, nous évite d’avoir à gérer des risques de change.

- Le fuseau horaire. Il n’y a au maximum que 3 heures de décalage horaire avec la France. C’est quand même plus pratique que de travailler avec la Chine ou les US, surtout pour une petite structure.

- L’histoire. Dans les anciennes colonies françaises, la France, les Français, et les produits français jouissent d’une excellente réputation de sérieux et de fiabilité, même s’il subsiste parfois quelques réminiscences d’un passé douloureux.

- La législation. Dans la plupart des pays francophones d’Afrique la législation est calquée sur la législation française à laquelle nous sommes habitués. L’harmonisation du droit des affaires en Afrique, mise en œuvre au sein de l’ OHADA (www.ohada.com), facilite grandement les relations commerciales.

- La croissance. Le sous-sol regorge de minerais divers et de pétrole. La terre y est particulièrement féconde, en dehors des zones désertiques bien sûr. La croissance annuelle, de 5% en moyenne 2009, et une volonté globale de modernité et de développement sont autant de facteurs de succès pour les entreprises qui y investissent.

- Le peu de concurrence. Je ne développe pas ce point évident, sauf à préciser que les Chinois accroissent leur présence et risquent à terme d’occuper tous les secteurs d’activité.

- Les besoins basiques. Suivant votre secteur d’activité, il n’est pas forcément nécessaire d’être au top de la technologie, tant les besoins basiques sont importants. Des produits simples, efficaces et peu chers, auront parfois plus de succès en Afrique que les mêmes plus sophistiqués et beaucoup plus chers.

- La présence de donneurs d’ordre français. De très grands groupes français (Total, Areva, Vinci, Bolloré, pour n’en citer que quelques-uns) sont bien implantés en Afrique et ont besoin de compétences externes. Ces groupes seront sensibles à un dialogue avec une entreprise française installée sur place à leur côtés, et peuvent générer des marchés très importants.

La facilité d’appréhension des marchés. Il est extrêmement facile de rencontrer les personnages clés d’un pays africain. Voir un Ministre, par exemple, est beaucoup plus simple que vous ne pouvez l’imaginer.

Je suis maintenant un chef d’entreprise convaincu, que dois-je faire au préalable à un voyage d’exploration ?

Avant de partir, il est primordial de se documenter sur le pays où vous allez vous rendre. Sur Internet, en cherchant un peu vous trouverez déjà pléthore d’informations sur la destination que vous ciblez.

La librairie d’UBIFRANCE regorge d’ouvrages très bien faits sur de nombreux pays dans la collection «S’implanter en..» ou «L’essentiel d’un marché». UBIFRANCE est par ailleurs le portail de l’administration française pour l’aide aux entreprises vers l’export, vous y trouverez une mine d’informations. www.ubifrance.fr

La Maison de l’Afrique publie également des ouvrages sur un certain nombre de pays africains francophones : www.lamaisondelafrique.com

Une fois sur place, il s’agit de procéder de manière très classique :

- Evaluer ses chances de succès sur un marché cible.

- Cerner les attentes des distributeurs ou des consommateurs.

- Positionner son offre par rapport à la concurrence.

- Identifier les circuits d’importation et de distribution les mieux adaptés à ses produits.

Sur le sujet, Ubifrance conçoit et réalise des études personnalisées qui permettent de décider de nouvelles orientations stratégiques.

Avant de conclure, laissez-moi vous raconter cette anecdote :

Un fabricant de chaussettes décide un jour de s’intéresser au marché africain. Il envoie sur place deux jeunes tout frais moulus sortis d’une école de commerce pour un voyage d’étude. À leur retour, chacun présente son rapport dont voici les conclusions :

Pour le premier, le marché est phénoménal, «il n’y pas un seul concurrent sur place».

Quant au second, il affirme : «il n’y pas de marché, la plupart n’ont même pas de chaussures».

Vous le voyez, selon la manière dont on observe les choses, on peut en tirer des conclusions fondamentalement opposées.

www.exportafrique.wordpress.com

1 commentaire(s) pour cet article
  1. Emmanuel Picdit :

    Merci pour ces quelques lignes d'espérance. Qui nous rappellent que l'humanisme n'est pas contradictoire avec la performance économique.

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