Le pari de devenir le « Windows des microscopes » est sur le point d’être gagné. À trente ans, l’entreprise de Besançon spécialisée dans l’analyse des surfaces microscopiques équipe les quatre plus gros fabricants de microscopes mondiaux et sort une nouvelle version de Mountains, son logiciel. Digital Surf fêtera son 30ème anniversaire le 21 novembre à l’Ensmm - l’école des microtechniques à Besançon - , avec Imasonic et AR électronique.


Tout en haut de la rue Lavoisier, dans la zone industrielle Les Tilleroyes à Besançon (Doubs), les locaux rachetés en 2000 par Digital Surf poursuivent lentement leur mue. Clin d’œil au logiciel maison, baptisé Mountains, qui permet d’analyser des reliefs microscopiques – ceux de la tôle des voitures, de la coque des smartphones, des cosmétiques, billets de banque, timbres, montres, stylos, etc. –, les références à l’univers alpin se sont multipliées depuis notre dernier passage, en mars 2015. Beaucoup de bois, une table luge, des « œufs » et autres télécabines récupérées dans des stations de ski françaises et posées là, à l’angle d’un large couloir… et même de confortables chaussures de marche pour Christophe Mignot, dirigeant fondateur de cette pépite, le jour où il nous reçoit, sur les bancs de bois d’un vieux téléphérique qui fait office de salle de réunion.

 

Batifrancdeux


L’entreprise compte aujourd’hui 42 salariés et recrute toujours, même si c’est « au compte-gouttes », admet Christophe Mignot. « Il y a une pénurie de 10.000 postes de développeurs dans l’édition logicielle en France, qui s’ajoute à la difficulté d’attirer des doubles-compétences dans une ville en perte d’influence… Du coup, on est en recrutement quasi-permanent, et quand on trouve un bon développeur, on le prend », explique-t-il. Alors, pour accueillir tout ce monde et créer bientôt son centre de recherche sur l’analyse chimique ou l’analyse de surfaces plus complexes, comme celles issues de la fabrication additive, Digital Surf continue à pousser les murs.


Un logiciel d’analyse pour chaque famille de microscopes

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Benoît Zupancic (à gauche) et Julien Dhenin, ingénieurs, transforment deux images plates de microscopie électronique (écran de droite) en relief en 3D.© Laurent Cheviet

Plus rapide et plus précise que la précédente, la version 8 de Mountains a été lancée début octobre (voir ci-dessous). Un nouveau sommet et un joli cadeau d’anniversaire, trente ans après la naissance de l’entreprise qui se porte comme un charme : elle devrait atteindre 5 millions d’€ de chiffre d’affaires en 2019 et exporte 94% de sa production, auprès des géants du numérique et autres grandes entreprises mondiales. Elle équipe aussi les plus grands fabricants de microscopes et matériels de laboratoires, les japonais Hitachi et Jeol, l’allemand Zeiss, l’américain Thermofisher Scientific.
Digital Surf est en effet la seule entreprise au monde à proposer un logiciel d’analyse pour chaque famille de microscopes :  profilomètres (optiques et à contact), microscopes électroniques à balayage, et désormais aussi en champ proche (à effet tunnel ou à force atomique), confie son dirigeant.
Pourtant, il y a trente ans, l’entreprise était née comme fabricant de profilomètres (instruments utilisés pour mesurer le relief d'une surface), « le logiciel n’était qu’un composant de nos solutions globales », raconte Christophe Mignot. Pour lancer l’aventure, il s’était associé à Bertrand Bellaton – qui quelques années plus tard a revendu ses parts à François Blateyron, lequel a démarré les travaux sur l’analyse des surfaces.

 
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« Mais petit à petit, les autres fabricants ont voulu notre logiciel et nous sommes devenus équipementiers. Et après la crise de 2008, nous nous sommes recentrés sur le seul logiciel, en laissant le pilotage des instruments aux fabricants. Nous, nous intervenons quand la mesure est faite, quand l’image est produite, nous reconstruisons l’image en 3D. »
L’aventure de Digital Surf n’avait pas démarré dans un garage, comme tant d’autres, mais… dans la salle à manger de la grand-mère du fondateur. Ingénieur diplômé de l’ICPI de Lyon, Christophe Mignot reprenait alors les travaux de son père sur le passage de la 2D à la 3D.
Mais au fur et à mesure que l’activité grandissait, elle déborda dans la chambre, la cuisine et jusqu’à la salle de bains. Le fondateur se rappelle, amusé, avoir développé un instrument pour Renault au-dessus du bidet. « C’était du camping, il n’y avait pas encore toutes les aides à la création », se souvient-il. Plus tard, le chef d’entreprise a participé à la mise sur pied du réseau Entreprendre en Franche-Comté. Pour éviter aux petits nouveaux d’avoir à accueillir leurs premiers clients au-dessus du bidet, sans doute…


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La version 8 du logiciel, encore plus précise et plus rapide
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La dernière version du logiciel d’analyse des surfaces microscopiques avec en arrière plan floutées Isabelle Cauwet, responsable du service Applications et Méthodes (à gauche) et Sonja Braun, responsable de la rédaction technique. © Laurent Cheviet.
Présentée en avant-première, en mai, au salon Control de Stuttgart, la version 8 de Mountains est commercialisée depuis début octobre. Née six ans après la version 7, elle est le joli bébé de Digital Surf et de la société danoise Image Metrology, que l’entreprise de Besançon avait rachetée en 2014. « Nous avons pris le meilleur des deux logiciels, Mountains 7 et SPIPTM », assure Christophe Mignot. La version 7 avait permis l’entrée sur le marché du microscope électronique, la version 8, plus rapide, cible cette fois les microscopes en champ proche, encore plus précis. Mountains équipe déjà 50 fabricants de microscopes dans le monde.
Avec l’absorption d’Image Metrology, la petite entreprise bisontine dispose d’une base installée de plus de 20.000 utilisateurs dans les laboratoires privés et publics du globe. Autant de clients potentiels de cette nouvelle version équipée d’un gros bouton qui permet d’afficher ou de masquer les macros d’interface, ce que Digital Surf sait si bien faire.

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