Le spécialiste des enduits de plâtre Semin engage un virage majeur en mettant sur le marché un isolant pour le bâtiment conçu à partir de matière recyclée. L’entreprise familiale de Kédange-sur-Canner (Moselle) poursuit ainsi sa stratégie d’innovation. Couplée à une forte croissance interne et externe encore renforcée par la construction d'une nouvelle usine en Pologne, cette approche a permis de constituer un groupe de désormais 900 salariés.
L'importance apportée par Semin à l’innovation s’incarne dans le réagencement de son laboratoire de recherche-et-développement. Une quinzaine de techniciens et ingénieurs y prendront leurs quartiers en ce début d’année, à l’issue d’un chantier qui triplera la surface de bureaux au siège de Kédange-sur-Canner (Moselle), au nord de Metz. Fondé en 1938, le fabricant d’enduits plâtre pour le bâtiment consacre 2% de son chiffre d’affaires annuel à la recherche sur ses produits.
Cette stratégie, associée à une croissance interne et externe dynamique, s’est avérée jusqu’à présent payante. En 1982, à l’arrivée de Philippe Semin, l’entreprise familiale comptait 12 salariés pour un chiffre d’affaires de 4 millions d’€. Le président du groupe, rejoint depuis 2018 par sa fille Caroline, a porté ce montant à 250 millions d’€ en 2023 pour un effectif de 900 personnes.
En ce début 2024, le tandem dessine les grandes lignes qui prolongeront cette impressionnante dynamique dans la prochaine décennie et au-delà. L’entreprise qui compte des sites de production en Espagne (bandes à joints pour plaques de plâtre), Allemagne (trappes de visite) et République tchèque (suspentes pour la pose de faux-plafonds), va construire une usine en Pologne moyennant un investissement de 6 millions d’€. A sa mise en service, au premier trimestre 2025, cette unité emploiera une cinquantaine de personnes.
« Notre approche consiste à implanter des petites usines au plus près de nos clients et des carrières de nos matières premières, le gypse et le carbonate de calcium. La Pologne constitue l’une des premières destinations des produits Semin à l’export. Y disposer d’'un site de production sur place doit nous rendre plus performants sur ce marché et ceux des pays limitrophes, parmi lesquels l’Ukraine », détaille Caroline Semin, directrice générale.
En matière de R&D, l’entreprise s’est illustrée ces dernières années par le lancement d’une gamme d’enduits composés à plus de 99% de substances d’origine naturelle : plâtre naturel, poudre de marbre, amidon, cellulose et argile. Elle a également imaginé alléger le poids des sacs de 25 à 15 kg pour la prévention des troubles musculosquelettiques ou encore développé un enduit de rebouchage en spray-aérosols, parmi diverses trouvailles.
Diversification appuyée sur une nouvelle filiale en Rhône-Alpes
L’entreprise de taille intermédiaire va encore plus loin à présent : elle lance son premier isolant pour le bâtiment, une gamme conçue à partir de bouteilles plastiques recyclées. Les rouleaux et panneaux pionniers vont être posés en ce début d’année sur des chantiers, dans le Nord et à Lons-le-Saunier (Jura), ce dernier étant mis en oeuvre par l'entreprise Bonglet. L’isolation thermique d’une maison individuelle permettrait ainsi de recycler 22.000 bouteilles : une manière de répondre aux enjeux de décarbonation du bâtiment gravés dans le marbre de la règlementation environnementale RE 2020.
Caroline Semin explique en quoi les qualités de cet isolant éco-responsable baptisé « Bref » correspond aux attentes des entreprises du second œuvre : « Notre produit a été pensé, développé et fabriqué pour le plaquiste, car il est extrêmement simple et rapide à mettre en œuvre : son utilisation ne génère pas de poussières, il n’est pas irritant et sa découpe est facile. Il apporte un complément de gamme idéal. »
Bref bénéficie d’un « avis technique », un agrément national du CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment) pour une pose en mur et sous-rampant de toiture. Ses performances thermiques (lambda de 0,034) certifiées par l’Acermi (Association pour la certification des matériaux isolants) sont supérieures à celles de la laine de bois (lambda de 0,036 à 0,038) : un résultat logique selon la dirigeante qui rappelle que « la fibre de polyester obtenue à partir des bouteilles en plastique est la même que celle employée pour les vêtements techniques de protection contre le froid. »
C’est l’opportunité du rachat de Buitex, dans le Rhône, début 2023, qui a ouvert à Semin la voie de cette diversification. Cette PME de 40 personnes adopte en effet un positionnement inédit. Son cœur de métier réside dans la valorisation de produits issus du recyclage dans l’industrie automobile, la literie et le bâtiment. A ce titre, elle a notamment développé un savoir-faire dans la fabrication d’isolants à partir de fibres végétales et de textiles recyclés, mais aussi de bouteilles de plastiques recyclées.
Les équipes de recherche-et-développement de Semin se sont ainsi appuyées sur le savoir-faire de la nouvelle filiale rhodanienne pour élaborer le nouvel isolant. Buitex conçoit également aussi des matelas et des couettes à partir de fibre de polyester. Celles-ci sont fournies par des partenaires industriels qui les fabriquent à partir de paillettes de PET recyclé (polyéthylène téréphtalate).
Semin fonde aujourd’hui de très solides espoirs dans son nouvel isolant. Bref pourrait, à terme, générer jusqu’à la moitié du chiffre d’affaires du groupe.















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